‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 120 sur 221 · Luc. IX, 3li. — 2. Matth. XVII, 5. — 3. Joan. i · texte numérisé non relu

Luc. IX, 3li. — 2. Matth. XVII, 5. — 3. Joan. i

4. In Ps. XXXVI, Serm. ii, n. 2, tom. IV, col. 266. — 5. Joan, :ii, U.

fi, Ubi supra.

tout le fruit qu'elle doit produire : mais parmi une infinité de grandes choses qui se présentent de toutes parts, voici une vérité que je vous choisis; et je me tiendrai bienheureux, si je la puis aujourd'hui graver dans vos cœurs.

Puisqu'il est ainsi, Chrétiens, que nous sommes obligés de nous rapporter à ce que nous dit le Sauveur Jésus, résolvons, et résolvons immuablement, de former tous nos jugements , non sur les apparences des sens, ni sur les opinions anticipées dont la raison humaine nous préoccupe, mais sur la parole de Jésus-Christ, sur la doctrine de ?on Évangile. M'entendez-vous, mes Frères, comprenez-vous ce que je veux dire? « Quis est vir sapiens qui intelligat hoc'? t> Qui de nous juge selon Jésus-Christ, et selon les règles qu'il nous a données? Ah ! si nous jugions des choses selon ses maximes, que d'illusions seroient dissipées! que de folles pensées s'évanouiroient! que de vaines opinions tomberoient par terre ! Quand on voit les fortunés de ce monde au milieu de la troupe qui leur applaudit, tous les sens disent : Voilà les heureux; Jésus-Christ nous dit au contraire : Ce ne sont pas là les heureux; «c heureux ceux dont le Seigneur est le Dieu ! •» «. Beatus populus cujus « Dominus Deus ejus^! » C'est ce que vous dites, ô Maître céleste; mais que cette parole est peu écoutée 1 Nous nous laissons étourdir par le bruit de ceux qui nous crient perpétuellement qu'ils sont heureux, qu'ils sont fortunés dans leur vie molle et délicieuse ; et parmi ce bruit importun la voix du Sauveur demeure étouffée, et n'arrive pas jusqu'à nos oreilles.

Chrétiens , venez au Thabor ; apprenez du Père céleste à écouter humblement son Fils : a ipsum audite. » Qui pourroit vous faire comprendre toute la force de cette parole? Cette parole du Père céleste sacrifie tous vos sentiments, et abat toutes vos raisons aux pieds de son Fils. Mais qu'il a raison de nous reprocher que nous no recevons pas son témoignage! « Tesiiraonium nostrum non accipitis^. » Si vous le recevez, vous êtes obligés de désavouer tout ce qui s'oppose à ce qu'il témoigne; par exemple, pour vous en convaincre, regardez ce que vous faites dans l'eucharistie : tout est mort, il n'y a que l'ouïe qui vive; et elle ne vit que pour Jésus-Christ, et ne connoît plus que sa voix. Dans cet adorable mystère, tous vos sens vous trompent, excepté l'ouïe. La vue et le goîit disent : C'est du pain; le toucher et l'odorat se joignent à eux : il n'y a que l'ouïe qui rapporte bien , parce qu'elle vous annonce en simplicité le témoignage de Jésus-Christ ; et pour bien recevoir ce grand témoignage, vous démentez votre propre vue, vous désavouez votre goût, vous résistez à votre raison, pour abandonner tous vos sentiments à Jésus qui vous instruit par la seule ouïe. Éveillezvous, mes Frères, et rendez partout le même respect à celui qui est toujours infaillible. Que ce mystère que vous fréquentez tous les jours vous accoutume à juger des choses, non selon la prudence humaine, mais selon le témoignage qu'en rend le Sauveur. Imaginez-vous, Chrétiens, mais que dis-je, im;iginoz-vous, croyez que vous avez toujours

*. Jpreiv. IX, 12. — 2. I*s cxun. 15. — 3. Joan. m. 11-

Jésus près de vous, qui vous dit à l'oreille tout ce qu'il faut croire da ce qui se présente à vos yeux. C'est l'Écriture qui vous l'enseigne, qu'il marche après vous comme un précepteur qui suit et qui conduit ses disciples, et qui ne cesse de les avertir de la voie qu'ils doivent suivre: « Et aures tuae audient verbum post tergummomentis : Haec est via '. » Soyez donc attentifs, mes Frères, à ce précepteur qui vous parle, et réglez vos jugements sur les siens. Vos sens vous disent : Ce plaisir est doux ; écoutez, Jésus dit qu'il est très-amer : « Amarum est reli- « quisse te Dominum Deum tuum '. » Vos sens disent : Courons aux délices; et Jésus : a Malheur à vous qui riez, parce que vos ris produiront des pleurs^! » Vos sens disent : Ahl qu'il est pénible de marcher dans la voie de Dieu! et Jésus au contraire, que son joug est doux et que son fardeau est léger : a Jugum meum suave est et onus meum «c levé*. » Croyez ces témoignages, Fidèles, et, persuadés de leur vérité, formez- vous des maximes invariables, qui, fixant fortement à jamais votre esprit sur des jugements arrêtés, puissent aussi diriger vos mœurs par une conduite certaine. C'est ma deuxième partie.

DEUXIÈME POINT

a Ipsum audite : r a Écoutez Jésus; » écoutez ses commandements. Je vous ai dit. Messieurs, Écoutez et croyez tout ce qu'il enseigne; je vous parle maintenant d'une autre manière, et je vous dis, Écoutez et faites. Si vous avez créance à sa. doctrine, venez à l'épreuve des œuvres, et montrez votre foi par vos actions : a Ostende ex operibus fi- K dem tuam *. » Et certainement, Clirétiens, si nous en croyons sa parole; de quelque science que soit éclairé celui qui ne garde point ses préceptes, il ne doit pas se vanter de le connoître. Le disciple bienaimé le dit nettement en sa première épître : a Qui dicit se nosse eum, « et mandata ejus non custodit , mendax est, et in hoc veritas non « est® : » a Celui qui assure qu'il le connoît, et ne garde pas ses commandements, c'est un menteur, et la vérité n'est point en lui. » Non, il ne connoît pas Jésus-Christ, parce qu'il ne le connoît pas comme il le veut être. Il le connoît comme un curieux qui se divertit de sa doctrine et ne songe pas à la pratique, ou qui en fait un sujet de spéculations agréables. Chrétiens, ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ veut être connu : au contraire il nous assure , qu'il ne connoît pas ceux qui le connoissent de la sorte. Il veut des ouvriers fidèles, et non pas des contemplateurs oisifs; et ce n'est rien de la foi, si elle ne fructifie en bonnes œuvres. Mais, afin de vous en convaincre, remarquez, s'il vous plaît. Messieurs, que toute la vie chrétienne nous étant représentée dans les Écritures comme un édifice spirituel, les mêmes Écritures nous disent aussi que la foi en est le fondement. C'est pourquoi saint Paul nous enseigne , que a nous sommes fondés en la foi : » « In fide fundati '. » Or vous savez que le fondement a deux qualités

1. Is. XXX, 21. — 2. Jerem. n, i9. — 3. Luc. vi, 25. — 4. Matth. xi, 30. 5. Jac. II, 18. — 6, / Joan. ii, 4. — 7. Coloss. i, 23.

principales : il est en premier lieu le commencement ; et secondement il est le soutien de l'édifice qui se prépare. Donc pour bien connoître la foi, nous devons juger en premier lieu qu'elle n'est qu'un commencement; et secondement qu'elle est destinée pour être le soutien de quelque chose. L'une et l'autre de ces qualités exige nécessairement la suite des œuvres : parce qu'en qualité de commencement elle nous oblige à continuer, et en qualité de soutien elle nous invite à bâtir dessus ; et l'un et l'autre se fait par les œuvres.

Mais découvrons dans un plus grand jour ces deux importantes raisons. Je conclus la première en peu de paroles; et la seconde, qui sera plus de notre sujet, aura une plus grande étendue. Croire, disons-nous, e'est commencer; et il est aisé de l'entendre. Car tout le dessein du christianisme n'étant que de soumettre notre esprit à Dieu, la foi, dit saint Augustin, commence cette œuvre : « Fides est prima a quae subjugat aniraam Deo ' : » « La foi est la première qui soumet l'âme à Dieu; -o et le concile de Trente a défini que a la foi est le commencement du salut de l'homme : » « Fides est humanae salutis inia. tium 2. V La foi est donc un commencement, c'est la première de ses qualités. Et plût à Dieu, Messieurs, que tous les chrétiens l'eussent bien compris ! car par là ils pourraient connoître que de s'en tenir à la foi sans s'avancer dans les bonnes œuvres, c'est s'arrêter dès le premier pas ; c'est abandonner tout l'ouvrage dès le commencement de l'entreprise , et s'attirer justement ce reproche de l'Évangile : « Hic homo cœpit aedificare, et non potuit consummare^» a Voilà ce fou et cet insensé qui avoit commencé un beau bâtiment, et qui ne* l'a pas achevé; » il a fait grand amas de matériaux, il a posé tous les fondements d'un grand et superbe édifice, et, le fondement étant mis, tout d'un coup il quitte l'ouvrage. 0 le fou! ô l'extravagant! a Hic « homo cœpit aedificare. »

Mais éveillez-vous, chrétien : c'est vous-même qui êtes cet homme insensé. Vous avez commencé un grand bâtiment; vous avez déjà établi la foi qui en est le fondement immuable. Pour poser ce fondement de la foi , quels efforts a-t-il fallu faire ! La place destinée pour le bâtiment étoit plus mouvante que le sable : Chrétiens, c'est l'esprit humain, toujours chancelant dans ses pensées; il a fallu l'affermir. Que de miracles, que de prophéties, que d'écritures, que d'enseignements ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avait d'un côté des précipices, précipices terribles et dangereux de l'erreur et de l'ignorance; il a fallu les combler : et de l'autre, « des hauteurs superbes qui s'élevaient, dit le saint apôtre*, contre la science de Dieu;» il a fallu les abattre et les aplanir. Parlons en termes plus intelligibles : il a fallu s'aveugler soi-même, démentir et désavouer tous ses sens, renoncer à son jugement, se soumettre et se captiver dans la partie la plus libre, qui est la raison. Enfin que n'a-t-il pas fallu entreprendre pour poser ce fondement de la foi? Et après de si grands efforts et tant de

1. De Agon. Christ., n. 14, tom. VI, col. 252. - 2. Srs. Vî, c. VUI. 3. Luc. xrv, 30. — 4. // Cor. x, 5.

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