‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 13 sur 221 · PANÉGYRIQUE DE SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE SAINT JOSEPH

PRÊCHÉ DEVANT LA REINE MÈRE, EN 1660, DANS L'ÉOUSK DES RR. PP. FEUILLANTS.

Trois dépôts confiés à saint Joseph par la Providence divine, la virginité de Marie, la personne de Jésus-Christ, le secret du Père éternel dans l'incarnation de son Fils. Pureté angélique, fidélité persévérante de ses soins, amour de la vie cachée, trois vertus en saint Joseph qui répondent aux trois dépôts qui lui sont commis, et qui les lui font garder inviolablement.

Depositum custodi.

Gardez le dépôt. I Timoth. \i, 20.

C'est une opinion reçue et un sentiment commun parmi tous les hommes, que le dépôt a quelque chose de saint, et que nous le devons conserver à celui qui nous le confie, non-seulement par fidélité, mais encore par une espèce de religion. Aussi apprenons-nous du grand saint Ambroise, au second livre de ses Offices ', que c'étoit une pieuse coutume établie parmi les fidèles, d'apporter aux évèques et à leur clergé ce qu'ils vouloient garder avec plus de soin, pour le mettre auprès des autels; par une sainte persuasion, qu'ils avoient, qu'ils ne pouvoient mieux placer leurs trésors qu'où Dieu même confie les siens, c'est-à-dire, ses sacrés mystères. Cette coutume s'étoit introduite dans l'Église par l'exemple de la synagoge ancienne. Nous lisons dans l'Histoire sainte, que le temple auguste de Jérusalem étoit le lieu du dépôt des Juifs; et nous apprenons des auteurs profanes 2, que les païens faisoient cet honneur à leurs fausses divinités, de mettre leurs dépôts dans leurs temples, et de les confier à leurs prêtres : comme si la nature leur enseignoit que l'obligation du dépôt ayant quelque chose de religieux, il ne pouvoit être mieux placé que dans les lieux où l'on révère la Divinité, et entre les mains de ceux que la religion consacre.

Mais s'il y eut jamais un dépôt qui méritât d'être appelé saint, et d'être ensuite gardé saintement, c'est celui dont je dois parler, et que la providence du Père éternel commet à la foi du juste Joseph : si bien que sa maison me parolt un temple , puisqu'un Dieu y daigne habiter , et s'y est mis lui-même en dépôt; et Joseph a dû être consacré pour garder ce sacré trésor. En effet il l'a été. Chrétiens: son corps l'a été par la continence, et son âme par tous les dons de la grâce.

Madame, comme les vertus sont modestes et élevées dans la retenue, elles ont honte de se montrer elles-mêmes; et elles savent que ce qui les rend plus recommandables, c'est le soin qu'elles prennent de se cacher, de peur de ternir, par l'ostentation et par une lumière emprunt

i. Cap. XXIX, t. Il, coi. 105 — 2. Herod., Hist., iib. 1.

tée, l'éclat naturel et solide que leur donne la pudeur qui les accompagne. Il n'y a que l'obéissance dont on se peut glorifier sans crainte : elle est la seule entre las vertus , que l'on ne blâme point de se produire, et dont on se peut vanter hardiment, sans que la modestie en soit offensée. C'est pour cette raison, Madame, que je supplie Votre Majesté de permettre que je publie hautement les soumissions que je rends aux commandements que j'ai reçus d'elle. Il lui plaît d'ouïr de ma bouche ce panégyrique du grand saint Joseph : elle m'ordonne de rappeler en mon souvenir des idées que le temps avoit effacées. J'y aurois de la répugnance, si je ne croyois manquer de respect, en rougissant de ^ dire ce que Votre Majesté veut entendre. Il ne faut donc point étudiei d'excuses; il ne faut point se plaindre de peu de loisir, ni peser soigneusement les motifs pour lesquels Votre Majesté me donne cet ordre. L'obéissance est trop curieuse, qui cherche les causes du commandement. Il ne lui appartient pas d'avoir des yeux, si ce n'est pour considérer son devoir : ^le doit chérir sou aveuglement, qui la fait marcher avec sûreté. Votre Majesté verra donc Joseph dépositaire du Père éternel : il est digne de ce titre auguste, auquel il s'est préparé par tant de vertus. Mais n'est -il pas juste, Madame, qu'après vous avoir témoigné mes soumissions, je demande à Dieu cette fermeté qu'il promet aux prédicateurs de son Évangile, et qui, bien loin de se rabaisser devant les monarques du monde, y doit paroître avec plus de force?

Je m'adresse à vous, divine Marie, pour m'obtenir de Dieu cette grâce : j'espère tout de votre assistance, lorsque je dois célébrer la gloire de votre Époux. 0 Marie, vous avez vu les effets de la grâce qui l'a rempli, et j'ai besoin de votre secours pour les faire entendre â ce peuple. Quand est-ce qu'on peut espérer de vous des intercessions plus puissantes, que où il s'agit du pudique Époux que le Père vous a choisi, pour conserver cette pureté qui vous est si chère et si précieuse ? Nous recourons donc à vous, ô Marie, en vous saluant avec l'ange, et disant : a Ave, Maria. »

Dans le dessein que je me propose d'appuyer les louanges de saint Joseph, non point sur des conjectures douteuses; mais sur une doctrine solide tirée des Écritures divines et des Pères leurs interprètes fidèles, je ne puis rien faire de plus convenable à la solennité de cette journée, que de vous représenter ce grand saint comme un homme que Dieu choisit parmi tous les autres, pour lui mettre en main son trésor, et le rendre ici-bas son dépositaire. Je prétends vous faire voir aujourd'hui que, comme rien ne lui convient mieux, il n'est rien aussi qui soit plus illustre; et que ce beau titre de dépositaire, nous découvrant les conseils de Dieu sur ce bienheureux patriarche, nous montre la source de toutes ses grâces, et le fondement assuré des tous ses éloges.

Et premièrement. Chrétiens, il m'est aisé de vous faire voir combien cette qualité lui est honorable. Car si le nom de dépositaire emporte une marque d'estime, et rend témoignage à la probité; si, pour coufier un dépôt, nous choisissons ceux de nos .^Ui' «-'jh: la vertu est

plus reconnue, dont la fidélité est plus éprouvée, enfin les plus intimes, les plus confidents : quelle est la gloire de saint Joseph, que Dieu fait dépositaire, non-seulement de la bienheureuse Marie, que sa pureté angélique rend si agréable à ses yeux ; mais encore de son propre Fils, qui est l'unique objet de ses complaisances et l'unique espérance de notre salut : de sorte qu'en la personne de Jésus-Christ, saint Joseph est établi le dépositaire du trésor commun de Dieu et des hommes. Quelle éloquence peut égaler la grandeur et la beauté de ce titre ?

Si donc, Fidèles, ce titre est si glorieux et si avantageux à celui dont je dois faire aujourd'hui le panégyrique, il faut que je pénètre un si grand mystère avec le secours de la grâce; et que, recherchant dans nos Écritures ce que nous y lisons de Joseph , je fasse voir que tout se rapporte à cette belle qualité de dépositaire. En effet, je trouve dans Ips Évangiles trois dépôts confiés au juste Joseph par la Providence divine, et j'y trouve aussi trois vertus qui éclatent entre les autres, et qui répondent à ces trois dépôts; c'est ce qu'il nous faut expliquer par ordre : suivez, s'il vous plaît, attentivement.

Le premier de tous les dépôts qui a été commis à sa foi (j'entends le premier dans l'ordre des temps), c'est la sainte virginité de Marie, qu'il lui doit conserver entière sous le voile sacré de son mariage, et qu'il a toujours saintement gardée, ainsi qu'un dépôt sacré qu'il ne lui étoitpas permis de toucher. Voilà quel est le premier dépôt. Le second et le plus auguste, c'est la personne de Jésus-Christ que le Père céleste dépose en ses mains, afin qu'il serve de père à ce saint Enfant, qui n'en peut avoir sur la terre. Vous voyez déjà, Chrétiens, deux grands et deux illustres dépôts confiés aux soins de Joseph; mais j'en remarque encore un troisième, que vous trouverez admirable, si je puis vous l'expliquer clairement. Pour l'entendre, il faut remarquer que le secretest comme un dépôt. C'est violerla sainteté du dépôt, que de trahir je secret d'un ami ; et nous apprenons par les lois, que si vous divulguez le secret du testament que je vous confie, je puis ensuite agir contre vous comme ayant manqué au dépôt : « Depositi actione tecum a agi posse. » comme parlent les jurisconsultes. Et la raison en est évidente, parce que le secret est comme un dépôt. Par où vous pouvez comprendre aisément que Joseph est dépositaire du Père éternel, parce qu'il lui a dit son secret. Quel secret? Secret admirable, c'est l'incarnation de son Fils. Car, Fidèles, vous n'ignorez pasquec'étoit un conseil de Dieu, de ne pas montrer Jésus-Christ au monde, jusqu'à ce que l'heure en fût arrivée; et saint Joseph a été choisi, non-seulement pour le conserver, mais encore pour le cacher. Aussi lisons-nous dans l'évangéliste \ qu'il admiroit avec Marie tout ce qu'on disoit du Sauveur : mais nous ne lisons pas qu'il parlât ; parce que le Père éternel, en lui découvrant le mystère, lui découvre le tout en secret et sous l'obligation du silence ; et ce secret, c'est un troisième dépôt que le Père ajoute aux deux autres, selon ce que dit le grand saint

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