Ps. xLv, 5. — 2. Ibid,, L, 13. -* 3. De Snectac., n.a
bERMON SUR l'amour DES PLAISIRS. 345
résoudre; mais il n'y a rien qui aigrisse tant les regrets d'un homme que lorsque son malheur lui vient par sa faute. Jamais il ne faudroit se consoler des fautes que l'on a commises, n'étoit qu'en les déplorant on les répare et on les efface. Vous avez perdu une personne chère, pleurez jusqu'à la fin du monde-, vous ne la ferez pas sortir du tomîaeau, et vos douleurs ne ranimeront pas ces cendres éteintes.
Par conséquent, Chrétiens, abandonnons notre cœur à cette douleur salutaire, et si nous nous sentons tant soit peu touchés et attristés de nos désordres, réjouissons-nous de ces regrets, en disant avec le Psalmiste : « Tribul^tionem et dolorem inveni, et nomen Domini invoucavi' : » « J'ai trouvé la douleur et l'affliction, et j'ai invoqué le nom de Dieu. » Remarquez cette façon de parler : j'ai trouvé l'affliction et la douleur; enfin je l'ai trouvée cette affliction fructueuse, cette douleur médicinale de la pénitence. Le même Psalmiste a dit en un autre psaume, que « les peines et les angoisses l'ont bien n trouver : » « Tribulatio et angustia in^enerunt me ^ » En effet, mille douleurs, mille afflictions nous persécutent sans cesse; et comme dit le môme Psalmiste. les angoisses nous trouvent toujours trop facilement : « Ad- « jutor in tribulaiionibus quae invenerunt nos nimis^. » Mais maintenant, dit ce saint prophète, j'ai enfin trouvé une douleur, qui méntoit bien que je la cherchasse; c'est la douleur d'un cœur contrit et d'une âme affligée de ses péchés; je l'ai trouvée, cette douleur, et j'ai invoqué le nom de Dieu. Je me suis affligé de mes crimes, et je me suis converti à celui qui les efi'ace; mes regrets ont fait mon bonheur, et les remords de ma conscience m'ont donné la paix : « Tribuiationem « et dolorem inveni, et nomen Domini invocavi. »
Mais le temps où l'homme de bien goûtera plus utilement les fruits de cette douleur salutaire, ce sera celui de la mort; et il faut qu'en finissant ce discours, je tâche d'imprimer cette vérité dans vos cœurs. Pour cela, considérons un moment les dispositions d'un homme qui meurt après avoir vécu parmi les plaisirs. Alors s'il lui reste quelque sentiment, il ne peut éviter des regrets extrêmes; car ou il regrettera de s'y être abandonné, ou il déplorera la nécessité de les perdre et de les quitter pour toujours. 0 douleur et douleur I l'une est le fondement de la pénitence, et l'autre est le renouvellement de tous les crimes. On ne peut éviter, mes Frères, l'une ou l'autre de ces deux douleurs : laquelle l'emportera dans ce dernier juur? c'est ce que l'on ne peut savoir; et pour vous dire mon sentiment, ce sera plutôt la seconde.
Vous pensez peut être, mes Frères, que pendant que la mort nous enlève tout, on se résout assez aisément à tout quitter, et qu'il n'est pas difficile de se détacher de ce qu'on va perdre. Mais si vous entrez dans le fond des cœurs, vous verrez qu'il faut craindre un efl'et contraire. En effet, il est naturel à l'homme de redoubler ses efl"orts pour retenir le bien qu'on lui Ole. Oui, mes Frères, quand on nous arrache ce que nous aimons, on ressent tous les jours que cette violence irrite nos désirs; et l'âme faisant alors un dernier effort pour courir après