‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 143 sur 221 · tt. CIIV, 4. — 2. Pi. CXVIII, 143. — 3. . P$. XLV · texte numérisé non relu

tt. CIIV, 4. — 2. Pi. CXVIII, 143. — 3. . P$. XLV

son bien qu'on lui ravit, produit en elle-même cette passion que nous appelons le regret et le déplaisir. C'est ce qui fait qu'Agag, ce roi d'Amalec , qui nous est représenté dans les Écritures comme un homme de plaisir et de bonne chère, « Agag pinguissimus , » au moment de perdre ia vie qu'il avoit trouvée si délicieuse, pousse cette plainte du fond de son cœur ; « Siccine séparât amara mors * ? » a Est-ce ainsi que la mort amère sépare de tout ? » Vous voyez comme à la vue de la mort, qui lui arrache de vive force ce qu'il aime, tous ses désirs se réveillent par ses regrets mêmes ; et qu'ainsi la séparation effective augmente dans ce moment l'attache de la volonté.

Qui ne craindra donc, Chrétiens, que notre âme fugitive ne se retourne tout à coup en ce dernier jour à ce qui lui a plu d-ans le monde désordonnément; que notre dernier soupir ne soit un gémissement secret de perdre tant de plaisirs; et que ce regret amer d'abandonner tout, ne confirme, pour ainsi dire, par un dernier acte, tout ce qui s'est passé dans la vie ? G regret funeste et déplorable, qui renouvelle en un moment tous les crimes , qui efface tous les regrets de la pénitence, et qui livre notre âme malheureuse et captive à une suite éterndle de regrets furieux et désespérants, qui ne recevront jamais d'adoucissement ni de remède I Au contraire, un homme de bien, que les douleurs de la pénitence ont détaché de bonne foi des joies sensuelles, n'aura rien à perdre en ce jour; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps; et ayant depub fort longtemps, ou dénoué, ou rompu ces liens délicats qui nous y attachent, il aura peu de peine à s'en séparer. Un tel homme dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni crueDe ni inexorable; au contraire, il lui tend les bras, il lui montre lui-même l'endroit où elle doit frapper son dernier coup. 0 mort, lui dit-il d'un visage ferme, tune me feras aucun mal, tune m'ôteras rien de ce qui m'est cher. Tu me sépareras de ce corps mortel; ô mort, je t'en remercie : j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher. J'ai tâché durant tout son cours de mortifier mes appétits sensuels ; ton secours, ô mort, m'étoit nécessaire pour en arracher jusqu'à la racine : ainsi, bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais que mettre la dernière main à l'ouvrage que j'ai commencé. Tu ne détiuis pas ce que je prétends; mais tu l'achèves. Achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à celui que j'aime !

i. / Reg, XV, 32.

SERMON SUR LA CHARITÉ FRATERNELLEv 347

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