‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 15 sur 221 · Hist. Franc., lib. I, n. 42, pag. 31 et seq · texte numérisé non relu

Hist. Franc., lib. I, n. 42, pag. 31 et seq

permettez-moi de les animer, et de leur prêter une voix, puisque Dieu leur donne le mouvement; ne vous semble-t-il pas qu'ils vous disent : Et pourquoi a-t-on voulu nous séparer? Nous avons été si longtemps ensemble, etnousy avons toujours été comme des morts, parce que nous avons éteint tout le sentiment des plaisirs mortels; et étant accoutumés depuis tant d'années à être ensemble comme des morts . la mort ne nous doit pas désunir. Aussi Dieu permit qu'ils se rapprochèrent, pour nous montrer, par cette merveille, que ce ne sont pas les plus belles flammes que celles où la convoitise se mêle; mais que deux virginités, bien unies par un mariage spirituel, en produisent de bien plus fortes, et qui peuvent, ce semble, se conserver sous les cendres même de la mort. C'est pourquoi saint Grégoire de Tours, qui nous a décrit cette histoire, ajoute que les peuples de cette contrée appeloient ordinairement ces sépulcres, les sépulcres des deux amants; comme si ces peuples eussent voulu dire que c'étoient de véritables amants, parce qu'ils s'aimoient par l'esprit.

Mais où est-ce que cet amour si spirituel s'est jamais trouvé aussi parfait que dans le mariage de saint Joseph? C'est là que l'amour étoit tout céleste, puisque toutes ses flammes et tous ses désirs ne tendoient qu'à conserver la virginité; et il est aisé de l'entendre. Car dites-nous, ô divin Joseph, qu'est-ce que vous aimez en Marie? Ah! sans doute, ce n'étoit pas la beauté mortelle, mais cette beauté cachée et intérieure, dont la sainte virginité faisoit le principal ornement. C'étoit donc la pureté de Marie qui faisoit le chaste objet de ses feux; et plus il aimoit cette pureté, plus il la voulolt conserver, premièrement en sa sainte Épouse, et secondement en lui-même, par une entière unité de cœur : si bien que son amour conjugal, se détournant du cours ordinaire, se donnoit et s'appliquoit tout entier à garder la virginité de Marie. 0 amour divin et spirituel! Chrétiens, n'admirez-vous pas comme tout concourt dans ce mariage à conserver ce sacré dépôt? Leurs promesses sont toutes pures, leur amour est tout virginal : il reste maintenant à considérer ce qu'il y a de plus admirable; c'est le fruit sacré de ce mariage, je veux dire le Sauveur Jésus.

Mais il me semble vous voir étonnés, de m'entendre prêcher si assurément que Jésus est le fruit de ce mariage. Nous comprenons bien, direz-vous, que l'incomparable Joseph est père de Jésus-Christ par ses soins; mais nous savons qu'il n'a point de part à sa bienhaureuse naissance. Comment donc nous assurez-vous que Jésus est le îruit de ce mariage ? Cela peut-être paroît impossible : toutefois, si vous rappelez à votre mémoire tant de vérités importantes, que nous avons, ce me semble, si bien établies, j'espère que vous m'accorderez aisément que Jésus, ce bénit Enfant, est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux. Car, Fidèles, n'avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel? Jésus n'est-il pas cette fleur sacrée que la virginité a poussée? n'est-il pas le fruit bienheureux que la virginité a produit? Oui, certainement, nous dit saint Fulgence, ail est le fruit, il est roroeECent, il

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est le prix et la récompense de la sainte virginité : » «Sanctae virgi- « nitatis fructus, decus et munus'. » C'est à cause de sa pureté que Marie a plu au Père éternel; et c'est à cause de sa pureté que le Saint- Esprit se répand sur elle , recherche ses embrassements , pour la remplir d'un germe céleste. Et par conséquent, ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la féconde? Que si c'est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d'assurer que Joseph a part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph.

Mais je passe encore plus loin, Chrétiens; permettez-moi de quitter mon texte et d'enchérir sur mes premières pensées, pour vous dire que la pureté de Marie n'est pas seulement le dépôt, mais encore le bien de son chaste époux. Elle est à lui par son mariage, elle est à lui par les chastes soins par lesquels il l'a conservée. 0 féconde virginité I si vous êtes le bien de Marie, vous êtes aussi le bien de Joseph. Marie l'avouée, Joseph la conserve ; et tous deux la présentent au Père éternel, comme un bien gardé par leurs soins communs. Comme donc il a tant de part à la sainte virginité de Marie, il en prend aussi au fruit qu'elle porte : c'est pourquoi Jésus est son fils, non pas à la vérité par la chair; mais il est son fils par l'esprit, à cause de l'alliance Tirginale qui le joint avec sa mère. Et saint Augustin l'a dit en un mot : oc Propter quod fidèle conjugium parentes Christi vocari ambo a meruerunt '. r 0 mystère de pureté! ô paternité bienheureuse! ô lumières incorruptibles qui brillent de toutes parts dans ce mariage !

Chrétiens, méditons ces choses, appliquons-les-nous à nous-mêmes : tout se fait ici pour l'amour de nous; tirons donc notre instruction de ce qui s'opère pour notre salut. Voyez combien chaste, combien innocente est la doctrine du christianisme. Jamais ne comprendrons-nous quels nous sommes? Quelle honte, que nous nous souillions tous les jours par toutes sortes d'impuretés, nous qui avons été élevés parmi des mystères si chastes? Et quand est-ce que nous entendrons quelle est la dignité de nos corps, depuis que le Fils de Dieu en a pris un semblabla? a Que la chair se soit jouée, dit Tertullien -'' , ou plutôt qu'elle se soit corrompue, avant qu'elle eût été recherchée par son maître; elle n'étoit pas digne du don de salut, ni propre à l'office de la sainteté. Elle étoit encore en Adam , tyrannisée par ses convoitises, suivant les beautés apparentes, et attachant toujours ses yeux à la terre. Elle étoit impure et souillée, parce qu'elle n'étoit pas lavée au baptême. Mais depuis qu'un Dieu, en se faisant homme, n'a pas voulu venir en ce monde, si la sainte virginité ne l'y attiroit; depuis que, trouvant au-dessous de lui-même la sainteté nuptiale, il a voulu avoir une mère vierge, et qu'il n'a pas cru que Joseph fût digne de prendre le soin de sa vie, s'il ne s'y préparoit par la continence; depuis que, pour laver notre chair, soii sang a sanctifié une eau salutaire, où elle peut laisser toutes les ordures de sa première nativité;

i. Ad Prob. epist. ni, n. 6, p. i6i.-m-2.DenupL etcoruup., lib. I, ubi supr. 3. De pudicit., n. 6.

nous devons entendre, Fidèles, que depuis ce temps-là la chair est tout autre. Ce n'est plus cette chaire formée de la houe, et engendrée par la convoitise ; c'est une chair refaite et renouvelée par une eau très-pure, et par l'Esprit-Saint. » Donc, mes Frères, respectons nos corps qui sont les membres de Jésus-Christ; gardons-nous de prostituer à l'impureté cette chair que le baptême a fait vierge, a Possédons nos vaisseaux en honneur, et non pas dans ces passions ignominieuses que notre brutalité nous inspire, comnie les gentils qui n'ont pas de Dieu, Car Dieu ne nous appelle pas à l'impureté, mais à la sanctification', » en notre Seigneur Jésus-Christ. Honorons, par la continence, cette sainte virginité qui nous a donné le Sauveur, qui a re ') sa mère féconde, qui a fait que Joseph a part à cette fécondité l, ;- eureuse, et l'élève, si je l'ose dire, jusqu'à, être le père de Jésus-Christ même. Mais, Fidèles, après avoir vu qu'il contribue, en q^ielque façon , à la naissance de Jésus- Christ, en gardant la pureté de sa sainte Mère, voyons maintenant ses soins paternels, et admirons la fidélité par laquelle il conserve ce divin Enfant que le Père céleste lui a confié ; c'est ma seconde partie.

DEUXIÈME POINT

Ce n'est pas assez au Père éternel d'avoir confié à Joseph la virginité de Marie : il lui prépare quelque chose de plus relevé; et après avoir commis à sa foi cette sainte virginité qui doit donner Jésus-Christ au monde, comme s'il avoit dessein d'épuiser sa libéralité infinie en faveur de ce patriarche, il va mettre entre ses mains Jésus-Christ luimême, et il veut le conserver par ses soins. Mais si nous pénétrons le seciet, si nous entrons au fond du mystère, c'est là. Fidèles, que nous trouverons quelque chose de si glorieux au juste Joseph, que nous ne pourrons jamais assez le comprendre. Car Jésus, ce divin Enfant, sur lequel Joseph a toujours les yeux, et qui fait l'admirable sujet de ses saintes inquiétudes, est né sur la terre comme un orphelin, et il n'a point de père en ce monde. C'est pourquoi saint Paul dit qu'il est sans père : a Sine pâtre *. » Il est vrai qu'il en a un dans le ciel; mais à voir comme il l'abandonne, il semble que ce père ne le connolt plus. Il s'en plaindra un jour sur la croix, lorsque l'appelant son Dieu et non pas son père, a Et pourquoi, dira-t-il, m'abandounezvous '? Mais ce qu'il a dit en mourant, il pouvoit le dire dès sa naissance, puisque dès ce premier moment son Père l'expose aux persécutions, et commence à l'abandonner aux injures. Tout ce qu'il fait en faveur de ce Fits unique, pour montrer qu'il ne l'oublie pas, du moins, ce qui paroît à nos yeux, c'est de le mettre en la garde d'un homme mortel, qui conduira sa pénible enfance; et Joseph est choisi pour ce ministère. Que fera ici ce saint homme? Qui pourroit dire avec quelle joie il reçoit cet abandonné, et comme il s'offre de tout son cœur pour être le père de cet orphelin? Depuis ce temps-là, Chrétiens, il ne vit plus que pour Jésus-Christ, il n'a plus de soin que

1. / riu.^s. IV, 4. 5, 7. — 2. Heb. vn, 3. — 3. Mattb. xivn, 46.

pour lui; il prend lui-même pour ce Dieu un cœur et des entrailles de père; et ce qu'il n'est pas par nature, il le devient par affection.

Mais afin que vous soyez convaincus de la vérité d"un si grand mystère, et si glorieux à Joseph, il faut vous le montrer par les Écritures, et pour cela vous exposer une belle réflexion de saint Chrysostome. Il remarque dans l'Évangile que partout Joseph y paroît en père. C'est lui qui donne le nom à Jésus, comme les pères le donnoient alorsj c'est lui seul que l'ange avertit de tous les périls de l'Enfant, et c'est à lui qu'il annonce le temps du retour. Jésus le révère, et lui obéit : c'est lui qui dirige toute sa conduite, comme en ayant le soin principal, et partout il nous est montré comme père. D'où vient cela, dit saint Chrysostome ? en voici la raison véritable. C'est, dit-il ', que c'étoitun conseil de Dieu, de donner au grand saint Joseph tout ce qui peut appartenir à un père, sans blesser la virginité.

Je ne sais si je comprends bien toute la force de cette pensée; mais voici, si je ne me trompe, ce que veut dire ce grand évêque. Et premièrement supposons pour certain que c'est la sainte virginité qui empêche que le Fils de Dieu, en se faisant homme, ne choisisse un père mortel. En effet, Jésus-Christ venant sur la terre pour se rendre semblable aux hommes, comme il vouloit bien avoir une mère, il ne devoit pas refuser, ce semble, d'avoir un père tout ainsi que nous, et de s'unir encore à notre nature par le noeud de cette alliance. Mais la sainte virginité s'y est opposée, parce que les prophètes lui avoient promis qu'un jour le Sauveur la rendroit féconde; et puisqu'il devoit naître d'une vierge mère, il ne pouvoit avoir de père que Dieu. C'est par conséquent la virginité qui empêche la paternité de Joseph. Mais peut-elle l'empêcher jusqu'à ce point, que Joseph n'y ait plus de part, et qu'il n'ait aucune qualité de père ? Nullement, dit saint Chrysostome; car la sainte virginité ne s'oppose qu'aux qualités qui la blessent : et qui ne sait qu'il y en a dans le nom de père qui ne choquent pas la pudeur, et qu'elle peut avouer pour siennes? Ces soins, cette jendresse, cette affection, cela blesse-t-il la virginité? Voyez donc le secret de Dieu, et raccommodement qu'il invente dans ce différend mémorable entre la paternité de Joseph et la pureté virginale. Il partage la paternité, et il veut que la virginité fasse le partage. Sainte pureté, lui dit-il, vos droits vous seront conservés. Il y a quelque chose dans le nom de père, que la virginité ne peut pas souffrir; vous ne l'aurez pas, ô Joseph! Mais tout ce qui appartient à un père, sans que la virginité soit intéressée , voilà, dit-il, ce que je vous donne « Hoc tibi do, quod salva virginitate paternum esse potest. » Et pa-. conséquent. Chrétiens, Marie ne concevra pas de Joseph, parce que la virginité y seroit blessée; mais Joseph partagera avec Marie ces soins, ces veilles, ces inquiétudes, par lesquelles elle élèvera ce divin Enfant; et il ressentira pour Jésus cette inclination naturelle, toutes ces douces émotions, tous ces tendres empressements d'uncœuf paternel.

l. In Matlh., hom. iv, n 6; tom. Vil, p. jS.

Mais peut-être vous me demanderez où il prendra ce copur paternel, si la nature ne le lui donne pas ? Ces inclinations naturelles peuventelles s'acquérir par choix; et l'art peut-il imiter ce que la nature écrit dans les cœurs? Si donc saint Joseph n'est pas père, comment aura-t-il un amour de père? C'est ici qu'il nous faut entendre que la puissance divine agit en cette œuvre. C'est par un effet de cette puissance que saint Joseph a un cœur de père; et si la nature ne le donne pas, Dieu lui en fait un de sa propre main. Car c'est de lui dont il est écrit qu'il tourne où il lui plaît les inclinations. Pour l'entendre, il faut remarquer une belle théologie que le Psalmiste nous a enseignée, lorsqu'il dit que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes : « Qui a finxit singillatim corda eorum '. » Ne vous persuadez pas, Chrétiens, que David regarde le cœur comme un simple organe du corps, que Dieu forme par sa puissance *comme toutes les autres parties qui composent l'homme. Il veut dire quelque chose de singulier : il considère le cœur en ce lieu comme principe de l'inclination : et il le regarde dans les mains de Dieu comme une terre molle et humide, qui cède et qui obéit aux mains du potier, et reçoit de lui sa figure. C'est ainsi, nous dit le Psalmiste, que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes.

Qu'est-ce à dire en particulier? Il fait un cœur de chair dans les uns, quand il les amollit par la charité; un cœur endurci dans les autres, lorsque retirant ses lumières, par une juste punition de leurs crimes, il les abandonne au sens réprouvé. Ne fait-il pas dans tous les fidèles, non un cœur d'esclave, mais un cœur d'enfant, quand il envoie en eux l'esprit de son Fils? les apôtres trembioient au momdre péril; mais Dieu leur fait un cœur tout nouveau, et leur courage devient invincible. Quels étoient les sentiments de Saiil pendant qu'il paissoit ses troupeaux? Ils étoient sans doute bas et populaires. Mais Dieu, en le mettant sur le trône, lui change le cœur par son onction : « Immu- « tavit Dominus cor Saùl '; » et il reconnoît incontinent qu'il est roi. D'autre part, les Israélites considéroient ce nouveau monarque comme un homme de la lie du peuple; mais la main de Dieu leur touchoit le cœur, « quorum Deus letigit corda 3, » aussitôt ils le voient plus grand, et ils se sentent émus, en le regardant, de cette crainte respectueuse que l'on a pour ses souverains : c'est que Dieu faisoit en eux un cœur de sujets.

C'est donc. Fidèles, cette même main qui forme en particulier tous les cœurs des hommes, qui fait un cœur de père en Joseph, et un cœur de fils en Jésus. C'est pourquoi Jésus obéit, et Joseph ne craint pas de lui commander. Et d'où lui vient cette hardiesse de commander à son créateur? C'est que le vrai père de Jésus-Christ, ce Dieu qui l'engendre dans l'éternité, ayant choisi le divin Joseph pour servir de père au milieu des temps à son Fils unique, a fait, en quelque sorte, couler en son sein quelque rayon ou quelque étincelle de cet amour infini qu'il a pour son Fils : c'est ce qui lui change le cœur, c'est ce

i Ps. XXXH, 15 —-2 / R»g. T., 9. — 3. Ibid.. 26.

qui lui donne un amour de père; si bien que le juste Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel, formé tout à coup par la main de Dieu, sent aussi que Dieu lui ordonne d'user d'une autorité paternelle, et il ose bien commander à celui qu'il reconnoît pour son maître.

Et après cela, Chrétiens, qu'est-il nécessaire que je vous explique la fidélité de Joseph à garder ce sacré dépôt? Peut-il manquer de fidélité à celui qu'il reconnoît pour son fils unique ? de sorte qu'il ne seroit pas nécessaire que je vous parlasse de cette vertu, s'il n'étoit important pour votre instruction que vous ne perdissiez pas un si bel exemple. Car c'est ici qu'il nous faut apprendre, par les traverses continuelles qui ont exercé saint Joseph depuis que Jésus-Christ est mis en sa garde, qu'on ne peut conserver ce dépôt sans peine, et que pour être fidèle à sa grâce, il faut se préparer à souffrir. Oui certes, quand Jésus entre quelque part, il y entre avec sa croix, il y porte avec lui toutes ses épines, et il en Mt part à tous ceux qu'il aime. Joseph et Marie étoient pauvres; mais ils n'avoient pas encore été sans maison, ils avoient un lieu pour se retirer. Aussitôt que cet Enfant vient au monde, on ne trouve point de maison pour eux, et leur retraite est dans une étable. Qui leur procure cette disgrâce, sinon celui dont il est écrit ' que a venant en son propre bien, il n'y a pas été reçu par les siens , » et qu'il n'a pas de gîte assuré où il puisse reposer sa tête =*? Mais n'est-ce pas assez de leur indigence? Pourquoi leur attire-t-il des persécutions? Ils vi voient ensemble dans leur ménage, pauvrement, mais avec douceur, surmontant leur pauvreté par leur patience et par leur travail assidu. Mais Jésus ne leur permet pas ce repos : il ne vient au monde que pour les troubler, et il attire tous les malheurs avec lui, Hérode ne peut soufi'rir que oet Enfant vive : la bassesse de sa naissance n'est pas capable de le cacher à la jalousie de ce tyran. Le ciel lui-même trahit le secret : il découvre Jésus-Christ par une étoile; et il semble qu'il ne lui amène de loin des adorateurs que pour lui susciter dans son propre pays un persécuteur impitoy^able.

Que fera ici saint Joseph? Représentez-vous, Chrétiens, ce que c'est qu'un pauvre artisan, qui n'a point d'autre héritage que ses mains, ni d'autre fonds que sa boutique, ni d'autre ressource que son travail. Il est contraint d'aller en Egypte, et de souffrir un exil fâcheux; et cela pour quelle raison? Parce qu'il a Jésus-Christ avec lui. Cependant, croyez-vous, Fidèles, qu'il se plaigne de cet Enfant incommode, qui le tire de sa patrie, et qui lui est donné pour le tourmenter? Au contraire, ne voyez-vous pas qu'il s'estime heureux de souffrir en sa compagnie, et que toute la cause de son déplaisir, c'est le péril du divin Enfant qui lui est plus cher que lui-même? mais peutêtre a- 1- il sujet d'espérer de voir bientôt finir ses disgrâces? Non, Fidèles, il ne l'attend pas, partout on lui prédit des malheurs. Siméon l'a entretenu des étranges contradictions que devoit souffrir ce cher Fils : il en voit déjà le commencement, et il passe sa vie dans de continuelles appréhensions des maux qui lui sont préparés.

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