SERMON SUR LE RESPECT DÛ A LA VÉRITÉ
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA PASSION *
Si veritatem dico vobis, quare non creditis mihi?
Si je dis la vérité, pourquoi refusez-vous de me croire ? Joan. , vin, 46.
On a dit. il y a longtemps, qu'il n'y a rien de plus fort que la vérité; et cela se doit entendre particulièrement de la vérité de l'Évan* gile. Cette vérité. Chrétiens, que la foi nous propose en énigme, comme parle l'apôtre saint Paul, paroît dans le ciel à découvert, révérée de tous les esprits bienheureux : elle étend son empire jusqu'aux enfers; et quoiqu'elle n'y trouve que ses ennemis , elle les force néanmoins de la reconnoître. « Les démons la croient, dit saint Jacques ^■, et non-seulement ils croient, mais ils tremblent. » Ainsi la vérité e?>t respectée dans le ciel comme dans les enfers. La terre est au milieu , et c'est-là seulement qu'elle est méprisée. Les anges la voient, et ils l'adorent; les démons la haïssent, mais ils ne la méprisent pas, puisqu'ils tremblent sous sa puissance. C'est nous seuls, ô mortels, qui la méprisons, lorsque nous l'écoutons froidement, et comme une chose indifférente que nous voulons bien avoir dans l'esprit, mais à laquelle il ne nous plaît pas de donner aucune place dans notre vie. Et ce qui rend notre audace plus inexcusable, c'est que cette vérité éternelle n'a pas fait comme le soleil, qui, demeurant toujours dans sa sphère, se contente d'envoyer ses rayons aux hommes : elle dont le ciel est le lieu natal, a voulu aussi naître sur la terre: « Veritas de terra orta est ». » Eli n'a pa- envoyé de loin ses lumières, elle-même est venue nous les apporter, et les hommes toujours obstinés ont fermé les yeux; ils ont haï sa clarté à cause que leurs œuvres étoient mauvaises, et ont contraint le Fils de Dieu de leur faire aujourd'hui ce juste reproche : a Si « veritatem dico vobis, quare non creditis mihi? » a Si je vous dis la vérité, pourquoi refusez-vous de me croire? » Puisqu'il nous ordonne, Messieurs, de vous faire aujourd'hui ses plaintes touchant cette haine de la vérité, qu'il nous accorde aussi son secours pour plaider fortement sa cause la plus juste qui fut jamais. C'est ce que nous lui demandons par les prières de la sainte Vierge. Ave, etc.
La vérité est une reine qui a dans le ciel son trône éternel, et le siège de son empire dans le sein de Dieu; il n'y rien de plus noble que son domaine, puisque tout ce qui est capable d'entendre en relève, et qu'elle doit régner sur la raison même, qui a été destinée pour régir et ^'ouverner toutes choses. Il pourroit sembler, Chrétiens, qu'une reine si adorable ne pourroit perdre son autorité que par l'ignorance :