I. Deuxième Sermon pour le dimaDche de la PasiioD
a. Jac II, 19. — 3. Pj. LXXMV, 12
mais comme le Fils de Dieu nous le reproche, que la malice deshompes lui refuse son obéissance, lors même qu'elle leur est le mieux annoncée; c'est véritablement ce qui m'étonne, et jeprétends aujourd'hui rechercher la cause d'un dérèglement si étrange. Il est bien aisé de comprendre que c'est une haine secrète que nous avons pour la vérité, qui nous fait secouer le joug d'une puissance si légitime. Mait d'où nous vient cette haine, et quels en sont les motifs? c'est ce qui mérite une grande considération, et ce que je tâcherai de vous expliquer par les principes, suivant la doctrine de saint Thomas, qui traite eX' pressément cette question *.
Pour cela il faut entendre avant toutes choses que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance; et en ce regard, Chrétiens, il ne tombe pas sous le sens qu'on puisse haïr la vérité prise en ellemême et dans cette idée générale; « parce que, dit très-bien le grand saint Thomas, ce qui est vague de cette sorte et universel ne répugne jamais à personne, et ne peut être par conséquent un objet de haine. » Ainsi les hommes ne sont pas capables d'avoir de l'aversion pour la vérité: sinon autant qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier où elle combat leurs inclinations, où elle contredit leurs sentiments: et en cette vue. Chrétiens, il me sera facile de vous convaincre que nous pouvons haïr la vérité en trois sortes, par rapport à trois sujets où elle se trouve, et dans lesquels elle contrarie nos mauvais désirs. Car nous la pouvons regarder, ou en tant qu'elle réside en Dieu, ou en tant qu'elle nous paroît dans les autres hommes, ou en tant que nous la sentons en nous-mêmes : et il est certain qu'en ces trois états toujours elle contrarie les mauvais désirs, et toujours elle donne aussi un sujet de haine aux hommes déréglés et mal vivants.
Et en effet, âmes saintes, ces lois immuables de la vérité, sur lesquelles notre conduite doit être réglée, soit que nous les regardions en leur source, c'est-à-dire en Dieu, soit qu'elles nous soient montrées dans les autres hommes, soit que nous les écoutions parler en nousmêmes, crient toujours contre les pécheurs, quoiqu'en des manières différentes. En Dieu qui est le juge suprême, elles les condamnent; dans les hommes qui sont des témoins présents, elles les reprennent et les convainquent; en eux-mêmes et dans le secret de leur conscience, elles les troublent et les inquiètent : et c'est pourquoi partout elles leur déplaisent. Car ni l'orgueil de l'esprit humain ne peut permettre qu'on le condamne, ni l'opiniâtreté des pécheurs ne peut souffrir qu'on la convainque; et l'amour aveugle qu'ils ont pour leurs vices peut encore moins consentir qu'on l'inquiète. C'est pourquoi ils haïssent la vérité; d'où vous pouvez comprendre combien ils sont éloignés de lui obéir. Mais si vous ne l'avez pas encore entendu, la conduite des Juifs envers Jésus-Christ vous le fera aisément connoltre. Il leur prêche les vérités qu'il dit avoir vues dans le sein du Père; ces vérités les condamnent; et ils haïssent son père, où elles résident : « Oderunt et a me, et patrem meum '. »