Dan. IX, 13. — 2. Is. XLiv
RoSJiUKT. — «• ii
noissance ni intelligence. » « Lumen oculorum meorum, et ipsum non est mecum ' : » « La lumière même de mes yeux n'est plus avec moi [dit David]; » ce n'est pas une lumière étrangère, c'est la lumière de ses yeux qui l'a tout à fait abandonné , parce qu'il n'y faisoit pas de réflexion, parce qu'il ne sait pas même ce qu'il doit penser, parce que, faute de penser à ce qu'il sait, il est dans le même état que s'il ne le savoit pas. Le prophète Jérémie a raison de dire que «toute la terre est désolée à cause qu'il n'y a personne qui pense ni qui réfléchisse. » «Desolatione desolata est omnis terra, quia nullus est qui recogitet corde 2. »
En effet. Chrétiens, que peut-on jamais penser de plus funeste! Les gentils, qui ne connoissent pas Dieu, périssent dans leur ignorance; les chrétiens, qui le connoissent, périssent faute d'y penser : les uns n'ont pas la lumière; ceux qui l'ont, détournent les yeux, et se perdent d'autant plus misérablement, qu'ils s'enveloppent eux-mêmes dans des ténèbres volontaires. Mais de là il arrive un second malheur : que pendant que nous tournons le dos à la vérité, et que nous tâchons, dit saint Augustin 3, de nous cacher dans notre ombre en éloignant de notre vue les maximes de la foi, peu à peu nous nous accoutumons à les méconnoître. Ces saintes vérités du ciel sont trop graves et trop sérieuses pour ceux « qui estiment, com.me dit le Sage, que toute notre vie n'est qu'un jeu : » a iEstimaverunt lusum esse vitam nostram^; » elles se présentent importunément et mal à propos parmi nos plaisirs, elles sont trop incompatibles, et condamnent trop sévèrement ce que nous aimons : c'est pourquoi nous en éloignons la triste et importune pensée. Mais comme, quelque effort que nous fassions pour détourner nos visages de peur que la vérité ne nous éclaire de front, elle nous environne par trop d'endroits pour nous permettre d'éviter tous ces rayons incommodes qui nous troublent, à moins que nous ne l'éteignions entièrement, nous en venons ordinairement, par nos passions msensées, à l'un de ces deux excès, ou de supprimer tout à fait en nous les vérités de la foi , ou bien de les falsifier et de les corrompre par des maximes erronées.
Je n'entreprends pas, Chrétiens, de réfuter en ce lieu ceux qui détruisent la foi dans leurs cœurs : et je leur dirai seulement que si leur esprit emporté refuse de céder humblement à l'autorité de Jésus-Christ et de son Église, ils doivent craindre enfin la dernière preuve que Die'i .eserve aux incrédules. Ceux qui ne veulent pas déférer à Jésus- Cïirist et à son Église, qui sont les maîtres des sages, par un juste jugement de Dien sont envoyés à l'expérience qui est appelée si élégamment par saint Grégoire de Nazianze * a la maîtresse des téméraires et des insensés : » c'est le dernier argument sur lequel Dieu les convaincra. Car écoutez comme Dieu parle à ceux qui ne vouloient passe persuader de la rigueur de ses jugements, ni de la vérité de ses menaces, a Et moi , répond le Seigneur, j'épancherai sur vous ma colère, et