Joaa, VIII. 37. — a. Ps. xxxvi, iti. —3. Malach, m
gile : a Jésus Christus heri et hodie, ipse et in saecula^ : » « Jésus-Christ étoithier, il est aujourd'hui, et il sera le même dans tous les siècles:» il ne faut donc pas espérer que la loi de Dieu se puisse détruire. Que feront ici les pécheurs toujours poussés secrètement de cette haine secrète de la vérité qui les condamne? Ce qu'ils ne peuvent corrompre, :51s l'altèrent; ce qu'ils ne peuvent abolir, ils le détournent, ils le mènent, ils le falsifient, ils tâchent de l'éluder par de vaines subtilités. Et de quelle sorte, Messieurs? en formant des doutes et des incidents, en réduisant l'Évangile à des questions artificieuses qui ne servent qu'à faire perdre, parmi des détours infinis, la trace toute droite de la vérité. Car ces pécheurs subtils et ingénieux, qui tournent de tous côtés l'Évangile, qui trouvent des raisons de douter sur l'exécution de tousses préceptes, qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies, ne travaillent qu'à envelopper la règle des mœurs. Ce sont des hommes, dit saint Augustin, « qui se tourmentent beaucoup pour ne trouver pas ce qu'ils cherchent : » « nihil laborant nisi non inve- « nire quod quaerunt* : » ou plutôt ce sont ceux dont parle l'Apôtre, qui n'ont jamais de maximes fixes ni de conduite certaine, « qui apprennent toujours, et qui n'arrivent jamais à la science de la vérité, » « semper discentes, et nunquam ad scientiam veritatis perve- « nientes ^. »
Ce n'est pas ainsi, Chrétiens, que doivent être les enfants de Dieu. A Dieu ne plaise que nous croyions que la doctrine chrétienne soit toute en doutes et en questions ! L'Évangile nous a donné quelques principes, Jésus-Christ nous a appris quelque chose : qu'il puisse se rencontrer quelquefois des difficultés extraordinaires, je ne m'y veux pas opposer; mais je ne crains point d'assurer que, pour bien régler notre conscience sur la plupart des devoirs du christianisme, la simplicité et la bonne foi sont de grands docteurs : ils laissent peu de choses indécises. Par la grâce de Dieu, Messieurs, la vie pieuse et chrétienne ne dépend pas des subtilités, ni des belles inventions de l'esprit humain * pour savoir vivre selon Dieu en simplicité, le chrétien n'a pas besoin d'une grande étude, ni d'un grand appareil de littérature : a Peu de choses lui suffisent, dit Tertullien, pour connoltre de la vérité autant qu'il lui en faut pour se conduire : » « Christiano « paucis ad scientiam veritatis opus est *. »
Qui nous a donc produit tant de doutes, tant de fausses subtilités, tant de dangereux adoucissements sur la doctrine des mœurs, si ce n'est que nous voulons tromper ou être trompés? Ces deux excellents docteurs auxquels je vous renvois , la simplicité et la bonne foi, donnent des décisions trop formelles pour notre conduite. Ainsi nous pouvons dire avec certitude que la vérité est en nous; mais si nous ne l'avons pas épargnée en Dieu qui en est l'original, il ne faut pas s'étonner que nous la violions en nos cœurs, ni que nous tâchions d'effacer les extraits que Dieu même a imprimés au fond de nos consciences.
1. Heb. xm, 8. — 2. De Gen. cont. Manich., lib. II, cap. n, 1. 1, col. 665. 3. // Tim. m, 7. — 4. De anim., n. 2.
DÛ A LA VÉRITé. 385
Or il faut ici remarquer qu'il y a cette différence entre ces deux attentats : que dans l'effort que nous faisons contre Dieu et contre sa vérité considérée en elle-même, nous nous perdons tout seuls; et que cette vérité primitive et originale demeure toujours ce qu'elle est, toujours entière et inviolable. Mais il n'en est pas de la sorte de la vérité qui est inhérente en nous; laquelle étant à notre portée, et pour ainsi dire sous nos mains, nous pouvons aussi pour notre malheur la corrompre et l'obscurcir, et même l'éteindre tout à fait. Alors qui pourroit penser dans quelles ténèbres et dans quelle horreur nous vivons! Non, le soleil éteint tout à coup ne jetteroit pas la nature étonnée dans un état plus horrible qu'est celui d'une malheureuse âme où la vérité est éteinte. Mais, mes Frères, il nous faut entendre par quels degrés nous tombons dans cet abîme, et quel est le progrès d'un si grand mal.
DEUXIÈME POINT
La première atteinte que nous donnons à la vérité résidante en nous, c'est que nous ne rentrons point en nous-mêmes pour faire réflexioL sur la connoissance qu'elle nous inspire; d'où s''ensuit ce malheur extrême, qu'elle n'éclaire non plus notre esprit que si nous l'ignorions tout à fait : « Et non rogavimus faciem tuam, Domine Deus noster, « ut reverteremur ab iniquitatibus nostris et cogitaremus veritatem a tuam > : » a Et nous ne nous sommes point présentés devant votre face pour vous prier, ô Seigneur notre Dieu, nous retirant de nos iniquités et nous appliquant à la connaissance de votre vérité. » Nous plaignons, et avec raison, tant de peuples infidèles qui ne connoissent pas la vérité ; mais je ne crains point de vous soutenir que nous n'en sommes pas plus [avancés], pour en avoir la connoissance : car il est très-indubitable que notre âme n'est illuminée que par la réflexion; nous i'épiouvons tous les jours. Ce n'est pas assez de savoir les choses et de les avoir cachées dans la mémoire; si elles ne sont pas présentes à l'esprit, nous n'en demeurons pas moins dans les ténèbres, et cette connoissance ne les dissipe point. Si les vérités de pratique ne sont souvent remuées, souvent amenées à notre vue, elles perdent l'habitude de se présenter, et cessent par conséquent d'éclairer : nous marchons également dans l'obscurité, soit que la lumière disparoisse, soit que nous fermions les yeux. Ainsi comme enchantés par nos plaisirs, ou détournés par nos affaires, nous négligeons de rappeler en en notre mémoire les vérités du salut, et la fo: est en nous ii. utilement; toutes ses lumières se perdent, parce qu'elles ne trouvent pas les yeux ouverts ni les esprits attentifs : a Nescierunt neque intellexerunt; « obliti sunt ne videant oculi eorum, et ne intelligant corde suo : non a recogitant in mente suâ, neque cognoscunt, neque seniiunt ' : * a Ils ne connoissent rien, ils ne comprennent rien ; ils sont tellement couverts de boue, que leurs yeux lie voient point et que leur coeur n'entend point : nul d'entre eux ne rentre en soi-même, nul n'a ni con-