Ps. IX, 84. — 2. Luc. xxui, 40. — 3. Ibid
vant Dieu, et crions de tout notre cœur : « Si nous sommes punis rigoureusement, nos crimes l'ont bien mérité : » « Et nos quidem digna a factis recipimus. » 0 Dieu, nous le méritons, et vous nous frappez justement : « Justus es, Domino'. Mais nous passons encore plus loin: jetons les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi; imitons notre heureux voleur, qui s'étant considéré comme criminel, tourne ensuite un pieux regard sur l'innocent qui souffre avec lui : a Et celui-ci , dit-il, qu'a-t-il fait? » « Hic vero nihil mali gessit'. « Cette pensée adoucit ses maux : car pendant que le juste endure, le coupable se doit-il plaindre? C'est, mes Frères, de ces deux objets que nous devons nous occuper parmi les douleurs : j'entends Jésus-Christ et nousmêmes; notre crime et son innocence. Il a souffert comme nous souffrons: mais il s'est soumis à souffrir par un sentiment de miséricorde, au lieu que nous y sommes obligés par une loi indispensable de la justice. Pécheurs, souffrons pour l'amour du juste, pour l'amour de la miséricorde infinie qui nous sauve, qui expose son innocence à tant de rigueurs; souffrons les corrections salutaires de la jostice qui nous châtie, qui nous ménage, et qui nous épargne. 0 le sacrifice agréable ! ô l'hostie de bonne senteur! ces sentiments forceront le ciel, et les portes du paradis nous seront ouvertes : « Hodie mecum eris in para- « diso. »
Mais, mes Frères, les afflictions ne nous servent pas seulement pour nous faire connoître nos crimes; elles sont un feu spirituel où la vertu chrétienne est mise à l'épreuve, où elle est rendue digne des yeux de Dieu même et de la perfection du siècle futur. Que la vertu doive être éprouvée comme l'or dans la fournaise, c'est une vérité connue, et très-souvent répétée dans les saintes Lettres; mais afin d'en entendre toute l'étendue, il faut ici observer que le feu opère deux choses à l'égard de l'or ; il l'éprouve et le fait connoître; s'il est véritable, il le purifie et le raffine; et c'est ce que font bien mieux les afflictions à l'égard de la vertu chrétienne. Je ne craindrai point de le dire : jusqu'à ce que la vertu se soit éprouvée dans l'exercice des afflictions, elle n'est jamais assurée : car comme on ne connolt point un soldat jusqu'à ce qu'il ait été dans le combat, ainsi la vertu chrétienne n'étant pas pour la montre ni pour l'apparence, mais pour l'usage et pour le combat, tant qu'elle n'a pas combattu elle ne se connolt pas elle-même. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul ne lui permet pas d'espérer, jusqu'à ce qu'elle ait passé par l'épreuve : a La patience produit répreuve, et l'épreuve, dit-iP, produit l'espérance; » et voici la raison' solide de cette sentence apostolique. C'est que la vertu véritable attend' tout de Dieu; mais elle ne peut rien attendre de Dieu, jusqu'à ce" qu'elle soit telle qu'il la juge digne de lui : or elle ne peut jamais reconnolire si elle est digne de Dieu, si ce n'est par l'épreuve que Dieu nous p-opose; cette épreuve ce sont les souffrances : par conséquent, Chrétiens, jusqu'à ce qu'elle soit éprouvée par laffliction, son espérance est toujours douteuse; et son fondement le plus ferme, aussi