Apolog. Dav. n, cap. m, tom. I,, col
2. Efiist. lib III, epiat. Lxv, ad Mauric. Aug., tom. II, col. 676. 3 Sap. n, 12.
Bosse hT. — ▼ 29
tice, et nous en» voyons un bel exemple dans l'histoire du roi Salomon. a Ce prince, dit l'Kcriture', s'assit dans le trône de son père, et i). plut à tous : » a Sedit Salomon super solium.... pro pâtre suo, et cunc- « tis placuit. » Voilà un prince aimable, qui gagne les cœurs par sa bonne grâce : il faut quelque chose de plus fort pour établir la majesté, et c'est la justice qui le donne; car, après cejugement mémorable de Salomon, écoutez le texte sacré : «Tout Israël, dit l'Écriture, apprit que le roi avoit jugé, et ils craignirent le roi, voyant que h. sagesse de Dieu étoiten lui : » «c Audivit omnis Israël judicium quod « judicasset rex, et timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse a. in eo '. » Sa mine relevée le faisoit aimer, mais sa justice le fait craindre, de cette crainte de respect qui ne détruit pas l'amour, mais qui le rend plus sérieux et plus circonspect. C'est cet amour mêlé de crainte que la justice fait naître, et avec lui le caractère véritable de la majesté.
Donc, ô rois, dit l'Écriture, «aimez la justice 3,» et sachez que c'est pour cela que vous êtes rois. Mais pour pratiquer la justice, connoissez la vérité; et pour connottre la vérité, mettez-vous en état de l'apprendre. Salomon, possédé d'un désir immense de rendre la justice à son peuple, fait à Dieu cette prière : «Je suis, dit-il, ô Seigneur, un jeune prince, qui n'ai point encore l'expérience qui est la maîtresse des rois : y> •■ Ego autem sum puer parvulus, ignorans « egressum et introitum meum *. » En passant, ne croyez pas qu'il narle ainsi par foiblesse de courage : il paroissoit devant ses juges 9.vec la plus grande fermeté; et il avoit déjà fait sentir aux plus grands «*£ son État qu'il étoit le maître. Mais quand il parle à Dieu, il ne roue\t point de trembler devant une telle majesté, ni de confesser son Ignorance, compagne nécessaire de l'humanité. Après quoi, le désir **« rendre justice lui met cette parole en la bouche : «. Donnez donc à vclre serviteur un cœur docile, afin qu'il puisse juger votre peuple, «•t discerner entre le bien et le mal : 7> « Dabis ergo servo tuo cor do- « cile, ut populum tuum judicare possit, et discernere inter bonum a et malum*. jj Ce cœur docile, qu'il demande, n'est point un cœur rxertain et irrésolu : car la justice est résolutive, et ensuite elle est inflexible; mais elle ne se fixe jamais qu'après qu'elle est informée, et v.est pour l'instruction qu'elle demande un cœur docile. Telle est la orière de Salomon.
Mais voyons ce que Dieu lui donne en exauçant sa prière, a Dieu ttonna, dit l'Écriture, à Salomon une sagesse merveilleuse, et une prudence très-exacte : » a Dédit quoque Deus sapientiam Salomoni, et a prudentiam multam nimis «. » Remarquez la sagesse et la prudence : (a prudence, pour bien pénétrer les faits; la sagesse, pour posséder îfis règles de la justice; et pour obtenir ces deux choses, voici le mot important : « Dieu lui donna, dit l'Histoire sainte, une étendue de cœur comme le sable de la mer, » « latitudinem cordis quasi arenam
1. I Parai, xxix, 23. — 2. /// Reg. m, ;28. — 3. Sap. u i 4 III Reg. m. 7. — 5. Ib., 9. — 6. Ib., iv, 29.
a quae est in littore maris '. » Sans cette merveilleuse étendue de cœur, on ne connoît jamais la vérité; car les hommes, et particulièrement les princes, ne sont pas si heureux que la vérité vienne à eux de droit fil, pour ainsi dire, et d'un seul endroit : chacun la trouve dans son intérêt, dans ses soupçons, dans ses passions, et la porte comme il l'entend, aux oreilles du souverain. Il faut donc un cœur étendu pour recueillir la vérité deçà et delà." partout où l'on en découvre quelque vestige : et c'est pourquoi il ajoute, « un cœur étendu, comme le sable de la mer; » c'est-à-dire capable d'un détail infini, des moindres particularités, de toutes les circonstances les plus menues, pour former un jugement droit et assuré. Tel étoit le roi Salomon. Ne disons pas. Chrétiens, ce que nous pensons de Louis-Auguste : et retenant en nos cœurs les louanges que nous donnons à sa conduite, faisons quelque chose qui soit plus digne de ce lieu ; tournons-nous au Dieu des armées et faisons une prière pour notre roi.
0 Dieu, donnez à ce prince cette sagesse, cette étendue, cette docilité modeste mais pénétrante, que désiroit Salomon. Ce seroit trop vous demander pour un homme, que de vous prier, ô Dieu vivant, que le roi ne fût jamais surpris; c'est le privilège de votre science de n'être pas exposé à la tromperie -.mais faites que la surprise ne l'emporte pas, et que ce grand cœur ne change jamais que pour céder à la vérité. 0 Dieu ! faites qu'il la cherche : ô Dieu 1 faites qu'il la trouve : car, pourvu qu'il sache la vérité, vous lui avez fait le cœur si droit aue nous ne craignons rien pour la justice.
Sire, vous savez les besoins de vos peuples, le fardeau, excédant ses forces dont il est chargé ^ Il se remue pour Votre Majesté queiaue chose d'illustre et de grand, et qui passe la destinée des rois vos orédécesseurs : soyez fidèle à Dieu, et ne mettez point d'obstacie narvos péchés aux chos^^s qui se couvent; portez la gloire de votre mm et celle du nom françois à une telle hauteur, qu'il n'y ait p.us rien aw is souhaiter que la félicité éternelle.
1, /// /%/. IV, 29. — -2. ibid., xn,
SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX *
Exulta satis, filia Sion; jubila, filia Jérusalem : ecce Rex tuus venii ibi justus et salvator.
Réjouissex-vous, ô Jérusalem : votre Roi juste et sauveur vient à T^tts. Zach. , IX. 9.
La prophétie que j'ai récitée se rapporte manifestement à l'entrée que fait aujourd'hui le Sauveur des âmes dans la ville de Jérusalem. Le prophète, pour célébrer dignement le triomphe de ce roi de gloire, lui donne ces deux grands éloges, qu'il est juste, et qu'il est sauveur; c'est-à-dire qu'il unit ensemble, pour l'éternelle félicité du genre humain, ces deux qualités vraiment royales, ou plutôt vraiment divines, la justice et la bonté.
Au bruit des acclamations que fait retentir le peuple juif en l'honneur de ce Roi juste et sauveur, je me sens invité, Messieurs, à vous parler en ce jour de ce puissant appui des choses humaines, je veux dire la justice; et de vous la faire voir comme elle doit être, avec le iiécessaire tempérament de la bonté et de la clémence.
De tous les sujets que j'ai traités, celui-ci me paroît le plus profitafiie-, mais je ne puis vous dissimuler qu'il m'étonne par son importance, et m'accable presque de son poids : car encore que la justice sort nécessaire à tous les hommes, dont elle doit faire la loi immuaùle. il e5it vrai qu'elle enferme en particulier les plus principales obliiïarcyas des personnes les plus importantes. Et, Messieurs, je n'ignore jj/MS avec quelle considération, quel respect et quelle crainte on doit non-seulement traiter, mais encore regarder tout ce qui les touche, même de loin et en général. Mais, Sire, votre présence, qui devroit m'étonner dans ce discours, me rassure et m'encourage. Pendant que toute l'Europe admire votre justice, et qu'elle est le plus ferme fondement sur lequel le monde se repose, vos sujets ne connoîtroient pas le bonheur qu'ils ont d'être nés sous votre empire, s'ils appréhendoient de parler devant leur monarque d'une vertu qu^ fait sa gloire, aussi bien que sa plus puissante inclination. Je confesserai toutefois que si j'étoisdans une place en laquelle ilme fûtpermis de régler mes paroles suivant mes désirs, je me satisferois beaucoup davantage en faisant des panégyriques qu'en proposant des instructions : mais comme le lieu où je suis m'avertit que je dois ma voix toute entière au Saint- Esprit qui m'ouvre la bouche, j'exposerai aujourd'hui non point mes pensées, mais ses préceptes, avec cette secrète satisfaction, qu'en
1. Quatrième Sermon pour le dimanche des Rameaux, prêché devant le roi, îur la justice.
récitant ses divins oracles en qualité de prédicateur, je ne laisserai pas de rendre en mon cœur un hommage profond à votre justice, en qualité de sujet. Mais je m'arrête déjà trop longtemps : affermi par cette pensée, je cours où cet Esprit tout-puissant m'appelle; et je cours premièrement à lui-même, pour lui demander ses lumières par les saintes intercessions de la bienheureuse Vierge, a Ave, Maria. »
Quand je nomme la justice, je nomme en même temps le lien sacré de la société humaine, le frein nécessaire de la licence, l'unique fondement du repos, l'équitable tempérament de l'autorité, et le soutien favorable de la sujétion. Quand la justice règne, la foi se trouve dam les traités, la sûreté dans le commerce, la netteté dans les affaires, l'ordre dans la police; la terre est en repos, et le ciel même, pour ainsi dire, nous luit plus agréablement et nous envoie de plus douces influences. La justice est la vertu principale et le commun ornement des personnes publiques et particulières : elle commande dans les uns, elle obéit dans les autres; elle renferme chacun dans ses limites; elle oppose une barrière invincible aux violences et aux entreprises. Et ce n'est pas sans raison que le Sage lui donne la gloire de soutenir les trônes et d'afTermir les empires; puisque en effet elle affermit nonseulement celui des princes sur les sujets, mais encore celui de la raison sur les passions, et celui de Dieu sur la raison même : « Justitia « firmatur solium '. »
Faisons paroître aujourd'hui cette reine des vertus dans cette chaire royale, ou plutôt dans cette chaire évangélique et divine, où Jésus- Christ, qui est appelé par le prophète Joël a le Docteur de la justice,» en enseigne les maximes à tout le monde : a Dédit vobis Itoctorem « justitiae'. »
Mais si la justice est la reine des vertus morales, elle ne doit point paroître seule : aussi la verrez-vous dans son trône servie et environnée de trois excellentes vertus, que nous pouvons appeler ses principales ministres, la constance, la prudence, et la bonté.
La justice doit être attachée aux règles; autrement elle est inégale dans sa conduite : elle doit connoître le vrai et le faux, dans les faits qu'on lui expose; autrement elle est aveugle dans son application ; enfin elle doit se relâcher quelquefois, et donner quelque lieu à Tmdulgonce; autrement elle est excessive et insupportable dans ses rigueurs. La constance l'affermit dans les règles; la prudence l'écJaire dans les faits; la bonté lui fait supporter les misères et les faiblesses : ainsi la première la soutient, la seconde l'applique, la troisième la tempère; toutes les trois la rendent parfaite et accomplie par leur coticours. C'est ce que j'espère de vous faire voir dans les trois parties de ce discours.