S^, 1, 11. — 2. Terent. Benvtontim., act. IV, scen, iv
SERMON SUR LA JUSTICE. 46b
je supposerai, s'il vous plaît, la vérité assez connue de cette doctrine, et je dirai en peu de paroles à quoi elle doit être appliquée.
Premièrement, Chrétiens, il est manifeste que la justice est établie pour eotretenir la société parmi les hommes : or est-il que la condition la plus nécessaire pour conserver parmi nous la société, c'est de uous supporter mutuellement dans nos d-éfauts; autrement, notre nature ayant tant de foible, si nous entrions dans le commerce de la vie humaine avec cette austérité invincible qui ne veuille jamais rien pardonner aux autres, il faudroit et que tout le monde rompît avec nous, et que nous rompissions avec tout le monde : par conséquent la même justice qui nous fait entrer en société, nous oblige, en faveur de cette union , à nous supporter en beaucoup de choses • . Comme la foiblesse commune de l'humanité ne nous permet pas de nous traiter les uns les autres en toute rigueur, il n'y a rien de plus juste que cette loi de l'apôtre : « Supportez-vous mutuellement en charité', et, Portez le fardeau les uns des autres : » <r Alter alterius « onera portate^ ; » et cette charité et facilité, qui s'appelle condescendance dans les particuliers, c'est ce qui s'appelle clémence dans les grands et dans les princes.
Ceux qui sont dans les hautes places, et qui ont en main quelque partie de l'autorité publique, ne doivent pas se persuader qu'ils soient exempts de cette loi : au contraire, et il faut le dire, leur propre élévation leur impose cette obligation nécessaire de donner bien moins que les autres à leurs ressentiments et à leurs humeurs; et dans ce faite où ils sont, la justice leur ordonne de considérer qu'étant établis de Dieu pour porter ce noble fardeau du genre humain, les foiblesses inséparables de notre nature font une partie de leur charge, et ainsi que rien ne leur est plus nécessaire que d'user quelquefois de condescendance.
L'histoire n'a rien de plus éclatant que les actions de clémence; et je ne vois rien de plus beau que cet éloge que recevoient les rois d'Israël de la bouche de leurs ennemis : a Audivimus quod reges do- « mus Israël clémentes sint ♦ : » « Les rois de la maison d'Israël ont la réputation d'être cléments. » Au seul nom de clémence, le genre humain semble respirer plus à son aise; et je ne puis taire en ce lieu ce qu'en a dit un grand roi : « In hilarilate vultus régis vita, et clea mentia ejus quasi imber serotinus, » dit le sage Salomon*; c'est-àdire : •« La sérénité du visage du prince, c'est la vie de ses sujets, et sa clémence est semblable à la pluie du soir. » A la lettre, il faut entendre que la clémence est autant agréable aux hommes qu'une pluie qui vient sur le soir tempérer la chaleur du jour, et rafraîchir la terre que l'ardeur du soleil avoit desséchée. Mais ne me sera-t-il pas permis d'ajouter que, comme le matin nous désigne la vertu, qui seule peut illuminer la vie humaine, le soir nous représente au contraire l'état où nous tombons par nos fautes; puisque c'est là en effet que le jour
1. Ej>h, IV, 2. — 2. Coloss. m, 13. — 3. Gai. vi, 2. — 4. III Heg. XX, 31. 5. Prov. XVI, is,
décline, et que la raison n*ôclaire plus? Selon cette explication, la -osée du matin, ce seroit la récompense de la vertu, de même que la pluie du soir seroit le pardon accordé aux fautes; et ainsi Salomon nous feroit entendre que, pour réjouir la terre, et pour produire les fruits agréables de la bienveillance publique, le prince doit faire tomber sur le genre humain et l'une et l'autre rosée, en récompensant toujours ceux qui font bien, et pardonnant quelquefois généreusement à ceux qui manquent, pourvu que le bien public et la sainte autorité des lois n'y soient point trop intéressés.
J'ai dit quelquefois. Messieurs, et en certaines rencontres : car qui ne sait qu'il y a des fautes que l'on ne peut pardonner, sans se rendre complice des abus et des scandales publics, et que cette différence doit être réglée par les conséquences et par les circonstances particulières? Ainsi ne nous mêlons point ici de faire des leçons aux princes sur des choses qui ne dépendent que de leur prudence; mais contentons-nous de remarquer, autant que le peut souffrir la modestie de cette chaire, les merveilles de nos jours. S'il s'agit de déraciner une coutume barbare qui prodigue malheureusement le plus beau °-,ang d'un grand royaume, et sacrifie à un faux honneur tant d'âmes que Jésus-Christ a rachetées, peut-on être chrétien et ne pas louer hautement l'invincible fermeté du prince, que la grandeur de l'entreprise, tant de fois vainement tentée, n'a pas arrêté; qu'aucune considération n'a fait fléchir, et dont le temps même, qui change tout, n'est pas capable d'aflfoiblir les résolutions ' ? Je ne puis presque plus retenir mon coeur; et si je ne songeois où je suis, je me laisserois épancher aux plus justes louanges du monde, pour célébrer la gloire d'un règne qui soutient avec tant de force l'autorité des lois divines et humaines, et ne veut ôter aux sujets que la liberté de se perdre. Dieu, qui est le père et le protecteur de la société humaine, comblera de ses célestes bénédictions un roi qui sait si bien ménager les hommes, et qui sait ouvrir à la vertu la véritable carrière en laquelle il est glorieux de ne se plus ménager. En de telles occasions, où il s'agit de réprimer la licence qui entreprend de fouler aux pieds les lois les plus saintes, la pitié est une foiblesse; mais, dans les fautes particulières, le prince fait admirer sa grande sagesse et sa magnanimité, quand quelquefois il oublie, et quelquefois il néglige; quand il se contente de marquer les fautes, et ne pousse pas la rigueur à l'extrémité. C'est en de semblables sujets que Théodose le Grand se tenoit obligé, dit saint Ambroise, quand on le prioit de pardonner : cet empereur, tant de fois victorieux, et illustre par ses conquêtes, non moins que par sa piété, jugeoit avec Salomon, « qu'il étoit plus beau et plus glorieux de surmonter sa colère, que de prendre des villes et de défaire des armées'; et c'est alors, dit le même Père, qu'il étoit plus porté à la clémence, quand il se sentoit ému par un plus vif ressentiment : » a Beneficium
1. Bossttet a ici en vue l'édit de Louis XIV contre les duels, donné au mois d'août 1679. {Eiit de Deforis.) % Prov, XVI, 39,
« se putabat accepisse augustse raeraoriaa Thecdosius, cum rogaretur « ignoscere: et tune proprior erat veniae, cum fuisset commotio major a iracundiae '. »
Que si les personnes publiques, contre lesquelles les moindres injures sont des attentats, doivent néanmoins user de tant de bonté envers les hommes, â plus forte raison les particuliers doivent-ils sacrifier à Dieu leurs ressentiments: la justice chrétienne le demande d'eux, et ne connoît plus de bornes à leur indulgence. « Pardonne, dit le Fils de Dieu% je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois;» c'est-à-dire, pardonne sans fin, et ne donne point de limites à ce que tu dois faire pour l'amour de Dieu. Je sais que ce précepte évangélique n'est guère écouté à la cour : c'est là que les vengeances sont infinies; et quand on ne les pousseroit pas par ressentiment, on se sentiroit obligé de le faire par politique : on croit qu'il est utile de se faire craindre, et on pense qu'on s'expose trop, quand on est d'humeur à souffrir. Je n'ai pas le temps de combattre, sur la fin de ce discours, cette maxime antichrétienne, que je pourrois peut-être soufi"rir, si nous n'avions à ménager que les intérêts du monde. Mais, mes Frères, notre grande affaire, c'est de savoir nous concilier la miséricorde divine, c'est de ménager qu'un Dieu nous pardonne, et de faire que sa clémence arrête le cours de sa colère, que nous n'avons que trop méritée : et comme il ne pardonne qu'à ceux qui pardonnent, et qu'il n'accorde jamais sa miséricorde qu'à ce prix, notre aveuglement est extrême, si nous ne pensons à gagner cette bonté dont nous avons si grand besoin, et si nous ne sacrifions de bon cœur à cet intérêt éternel nos intérêts périssables. Pardonnons donc, Chrétiens; apprenons à nous relâcher de nos intérêts en faveur de la charité chrétienne; et quand nous pardonnons les injures, ne nous persuadons pas que nous fassions une grâce : car, si c'est peut-être une grâce à l'égard des hommes, c'est toujours une justice à l'égard de Dieu, qui a mérité ce pardon qu'il nous demande pour nos ennemis, par celui qu'il nous a donné de toutes nos fautes; et qui, non content de l'avoir si bien acheté, promet de le récompenser éternellement.
Telle est la première obligation de cette justice tempérée par la bonté : c'est de supporter les foiblesses, et de pardonner quelquefois les fautes. La seconde est beaucoup plus gr.mde; c'est d'épargner la misère : je veux dire que l'homme juste ne doit pas toujours demander, ni ce qu'il peut, ni ce qu'il a droit d'exiger des autres. Il y a des temps malheureux où c'est une cruauté et une espèce de vexation que d'exiger une dette: et la justice veut qu'on ait égard non-seulement à l'obligation, mais encore à l'état de celui qui doit. Le sage Néhémias avoit bien compris cette vérité, lorsque ayant été envoyé par le roi Artaxerxès pour être gouverneur du pouple juif, il se mit à considérer non-seulement quels étoient les droits de sa charge, mais encore quelles étoient les forces du peuple : o II vit que les capitaines géné-
1. Oral, de obit. Theod , n. 13, toni. II, ooL 1201. — 2. Matlli. xvin, 22.
raux, qui l'avoient précédé dans cet emploi, ayoient trop foulé ce pauvre peuple : » a Duces gravaverunt populum; » « mais surtout, comme il est assez ordinaire, que leurs ministres insolents l'avoient entièrement épuisé : » « Sed et ministri eorum depresserunt populum '. » Voyant donc ce peuple qui n'en pouvoit plus, il se crut obligé en conscience de chercher tous les moyens de le soulager; et bien loin d'imposer de nouvelles charges, comme avoient fait les généraux pes prédécesseurs, il crut qu'il devoit remettre, comme porte le texte sa cré% beaucoup des droits qui lui étoient dus légitimement : et après, plein de confiance en la divine bonté, qui regarde d'un œil paternel 58UX qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond ae son cœur cette humble prière : a Mon Dieu, souvenez-vous de moi en bien, à proportion des grands avantages que j'ai causés à ce peuple : » ce Mémento meî, Deus meus, in bonum, secundum omnia quae a feci populo huic^ » C'est l'unique moyen d'approcher de Dieu avec une pleine confiance, c'est la gloire solide et véritable que nous pouvons porter hautement jusque devant les autels : et ce Dieu si délicat et si jaloux, qui défend à toute chair de se glorifier devant sa face *, a néanmoins agréable que Néhémias et tous ses imitateurs se glorifient à ses yeux du bien qu'ils font à son peuple. N'en disons pas davantage ; et croyons que les princes qui ont le cœur grand sont plus pressés par leur gloire, par leur bonté, par leur conscience, à soulager les misères publiques et particulières, qu'ils ne peuvent l'être par nos paroles; mais Dieu seul est tout-puissant pour faire le bien.
Si de cette haute contemplation je commence à jeter les yeux sur la puissance des hommes, je découvre visiblement la pauvreté essentielle à la créature, et je vois dans tout le pouvoir humain je ne sais quoi de très-resserré; en ce que, si grand qu'il soit, il ne peut pas faire beaucoup d'heureux, et se croit souvent obligé de faire beaucoup de misérables. Je vois enfin que c'est le malheur et la condition essentielle des choses humaines, qu'il est toujours trop aisé de faire beaucoup de mal, infiniment difficile de faire beaucoup de bien : car comme nous sommes ici au milieu des maux, il est aisé. Chrétiens, de leur donner un grand cours, et de leur faire une ouverture large et spacieuse; mais comme les biens n'abondent pas en ce lieu de pauvreté et de misère, il ne faut pas s'étonner que la source des bienfaits soit si tôt tarie. Aussi le monde, stérile en biens et pauvre en efî"ets, est contraint de débiter beaucoup d'espérances, qui ne laissent pas néanmoins d'amuser les hommes. C'est en quoi nous devons reconnoître l'indigence inséparable de la créature, et apprendre à na pas tout exiger des grands de la terre. Les rois mêmes ne peuvent pas faire tout le bien qu'ils veulent : il suffit qu'ils n'ignorent pas qu'ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Mais nous, qui voyons ordinairement parmi les hommes et la puissance et la volonté tellement bornées, Chrétiens, mettons plus haut notre confiance. « En Dieu
1, // Ead. V, 14, 15. — 2. Ibid., 10, 18. — 3. Ibid., 19. — 4. / Cor. i 29.
seul est la bonté véritable : » « Nemo bonus, nisi unus Deus '. » En lui seul abonde le bien; lui seul le peut et le veut répandre sans bornes, et s'il retient quelquefois le cours de sa munificence à l'égard de certains biens, c'est qu'il voit que nous ne pouvons pas en porter l'abondance entière. Regardons-le donc comme le seul bon : ce qui fait que nous n'éprouvons pas sa bonté, c'est que nous ne la mettons pas à des épreuves dignes de lui; nous n'estimons que les biens du monde; nous n'admirons que les grandeurs de !a fortune; et nous ne voulons pas entendre que ce qu'il réserve à ses enfants est, sans aucune comparaison, plus riche et plus précieux que ce qu'il abandonne à ses ennemis.
Ainsi nous ne devons pas nous persuader que les sceptres mêmes, ni les couronnes, soient les illustres présents du ciel : car jetez les yeux sur tout l'univers et sur tous les siècles : voyez avec quelle facilité Dieu a prodigué de tels présents indifféremment à ses ennemis et à ses amis : regardez les superbes monarchies des Orientaux infidèles: voyez que Jésus-Christ regarde du plus haut des cieux l'ennemi le plus déclaré du christianisme, assis en la place du grand Constantin, d'où il menace si impunément les restes de la chrétienté, qu'il a si cruellement ravagée. Que si Dieu fait si peu d'état de ce que le monde admire le plus, apprenons donc, Chrétiens, à ne lui demander rien de mortel : demandons-lui des choses qu'il soit digne de ses enfants de demander à un tel père, et digne d'un tel père de les donner à ses enfants. C'est insulter à la misère que de demander aux petits de grandes choses; c'est ravilir la majesté que de demander au Très- Grand de petites choses. C'est son trône, c'est sa grandeur, c'est sa propre félicité qu'il veut nous donner; et nous soupirons encore après des biens périssables! Non, mes Frères, ne demandons à Dieu rien de médiocre; ne lui demandons rien moins que lui-même : nous éprouverons qu'il est bon autant qu'il est juste, et qu'il est infiniment l'un et l'autre.
Mais vous, Sire, qui êtes sur la terre l'image vivante de cette Majesté suprême, imitez sa justice et sa bonté; afin que l'univers admire en votre personne sacrée un roi juste et un roi sauveur, à l'exemple de Jésus-Christ : un roi juste qui rétablisse les lois; un roi sauveur qui soulage les misères. C'est ce que je souhaite Ji Votre Majestér avec la grâce du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
t. Marc. X. 18
Christus resurgens ex mortuis jam non moritur. Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus. Rom. vi, 9.
Avoir à prêcher le plus glorieux des mystères de Jésus-Christ ei la fête la plus solennelle de son Église, devant le plus grand de tous les rois et la cour la plus auguste de l'univers; reprendre la parole après tant d'années d'un perpétuel silence, et avoir à contenter la délicatesse d'un auditoire qui ne souffre rien que d'exquis, mais qui, permettez-moi de le dire, sans songer, autant qu'il faudroit, à se convertir, souvent ne veut être ému qu'autant qu'il le faut pour éviter la longueur d'un discours sans force, et plus soigneux de son plaisir que de son salut, lorsqu'il s'agit de sa guérison, veut qu'on cherche de nouveaux moyens de flatter son goût raftiné; ce seroit une chose à craindr-e, si celui qui doit annoncer dans l'assemblée des fidèles la gloire de Jésus-Christ ressuscité, et y faire entendre la voix immortelle de ce Dieu sorti du tombeau, avoit à craindre autre chose que de ne pas assez soutenir la force et la majesté de sa parole. Mais ici ce qui fait craindre, soutient : cette parole divine, révérée du ciel, de la terre et des enfers, est ferme et toute-puissante par elle-même; et l'on ne peut l'affoiblir , lorsque toujours autant éloigné d'une excessive rigueur qui se détourne à la droite, que d'une extrême condescendance qui se détourne vers la gauche, on propose cette parole dans sa pureté naturelle, telle qu'elle est sortie de la bouche de Jésus-Christ, et de ses apôtres, fidèles et incorruptibles témoins de sa résurrection, et de toutes les obligations qu'elle nous impose. Alors il ne reste plus qu'une crainte vraiment juste, vraiment raisonnable; mais qui est commune à ceux qui écoutent avec celui qui parle : c'est de ne profiter pas de cette parole, qui maintenant nous instruit, et un jour nous doit juger; c'est de n'ouvrir pas le cœur assez promptement à la vertu qui l'accompagne, et de prendre plus garde à l'homme qui parle au dehors qu'au prédicateur invisible qui sollicite les cœurs de se rendre à lui. Que si vous écoutez au dedans ce céleste prédicateur, qui jamais n'a rien de foible ni de languissant, et dont les vives lumières pénètrent les repUs les plus cachés des consciences, que de miracles nouveaux nous verrons paroître ! que de morts sortiront du tombeau 1 que de ressuscites viendront honorer la résurrection de Jésus-Christ! et que leur inébranlable persévérance rendra un beau témoignage à l'immortelle vertu qu'un Dieu ressuscité, pour ne mourir plus, répand dans les cœurs de ses fidèles 1 Pour commeacer un si grand ouvrage, pros-
1. Quatrième SermoQ pour le jour de Pâques, prêché devant le roi.
ternes avec Magdeleine et les autres femmes pieuses aux pieds de et Dieu vainqueur de la mort, demandons-lui tous ensemble ses grâces vivifiantes, par les prières de c^lJc qui les a reçues de plus près et avec plus d'abondance. Ave.
« Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, » comme nous a dit saint Paul; et non-seulement il ne meurt plus, mais encore, à consulter la règle éternelle de la justice divine, il ne devoit jamais mourir. « La mort, dit le même apôtre', est entrée dans le monde par le péché: » et encore : a La mort est le châtiment du péché \ » Puisque la mort est le châtiment du péché, l'immortalité devoit être la compagne inséparable de l'innocence : et si l'homme eiitvécu éternellement affranchi de? lois de la mort, en conservant la justice, combien plutôt Jésus-Christ qui étoit la sainteté môme, devoit-il être toujours vivant et toujours heureux? Ajoutons à cette raison, qu'en Jésus-Christ la nature humaine unie au Verbe divin, qui est la vie par essence, puisoit la vie dans la source; de sorte que la mort n'a voit point lieu où la vie se trouvoit dans la plénitude : et si Jésus-Christ avoit à mourir, ce ne pouvoit pas être pourlui-même, ni pour satisfaire à une loi qui le regardât, mais pour nous et pour expier nos crimes dont il s'étoit volontairement chargé. Il a satisfait à ce devoir; et compté parmi lei méchants, comme disoit Isaïe ', il a expiré sur la croix entre deux voleur*. « Il est mort une fois au péché, « dit le saint apôtre ♦; c est-à-dire, il en a porté toute la peine : « Peccato mortuus est semel; » et maintenant a il vit à Dieu, » « vivit Deo. » Il commence une vie toute divine; et la glorieuse immortalité lui est assurée. Vivez. Seigneur Jésus, vivez à jamais : la vie, qui ne vous a pas été arrachée par force, mais que vous avez donnée de vous-même pour le salut des pécheurs, vous devoit être rendue. Il étoit juste; et, comme chantent dans l'Apocalypse tous les bienheureux esprits, « l'Agneau qui s'est immolé volontairement pour les pécheurs, est digne de recevoir, pour la mort qu'il a endurée par obéissance, la vertu, la force, la divinité ' : » c'est-àdire, il est digne de ressusciter; afin qu'une vie divine se répande sur toute sa personne, et qu'il soit éternellement, par sa gloire, l'adminition des hommes et des anges, comme il en est l'invisible soutien pai sa puissance.
Voilà en peu de mots le fond du mystère ; il falloit poser ce fondement : mais comme les mystères du christianisme, outre le fond qui fait l'objet de notre foi, ont leurs effets salutaires, qu'il faut encore considérer pour notre instruction, revenons au premier piincifie, et disons encore une fois avec l'apôtre : « Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; » de quelque côté qu'on le conidère, tout est vie en lui , et la mort n'y a plus de part. De là vient que la loi évangélique, qu'il envoie annoncer à tout l'univers par ses apôtres après sa glorieuse ré- Mirrection, a une éternelle nouveauté. Ce n'est pas comn)e la loi de Moïse, qui devoit vieillir et mourir; le loi de Jésus-Christ est toujours
1. Rom. V, 12. — 2. Ibid., vi, 33. —3. 1$. Lm, 12. — 4. Bom. wi, <0. •. Âpoc, y 13
nouvelle : la loi nouvelle c'est son nom, c'est son propre caractère; et fondée, comme vous verrez, sur l'autorité d'un Dieu ressucité pour ne mourir plus, elle a une éternelle vigueur. Mais à cette loi toujours vivante et toujours nouvelle il falloit , pour l'annoncer et la pratiquer, une Église d'uue immortelle durée. La Synagogue, qui devoit mourir, a été fondée par Moïse, qui à l'entrée de la terre sainte, où elle devoit s'établir, meurt pour ne revivre qu'à la fin du monde avecle reste des hommes. Mais Jésus-Christ, au contraire, après avoir enfanté son Église par sa mort, ressuscite pour lui donner sa dernière forme; et cette Église qu'il associe à son immortalité ne meurt plus, non plus que lui. Voilà une double immortalité que personne ne peut ravir à Jésus-Christ; l'immortalité de la loi nouvelle, avec l'immortalité de cette Église répandue par toute la terre. Mais voici une troisième immortalité que Jésus-Christ ne veut recevoir que de nous. Il veut vivre en nous comme dans ses membres et n'y perdre jamais la vie, qu'il y a reprise parla pénitence : nous devons comme lui une fois mourir au péché, comme lui ne plus mourir après notre résurrection; regarder le péché comme la mort, n'y retomber jamais et honorer par une fidèle persévérance le mystère f^e Jésus-Christ ressuscité. Ah! Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; «uteur d'une loi toujours nouvelle, fondateur d'une Ég^.se toujours Immuable, chef de membres toujours vivants : que de merveilleux effets de la résurrection de Jésus-Christl Mais que de devoirs pressants pour tous les fidèles! puisque nous devons, écoutez, à cette loi toujours nouvelle un perpétuel renouvellement de nos mœurs; à cette Église toujours immuable, un inviolable attachement; à ce chef qui nous veut avoir pour ses membres toujours vivants une horreui du péché si vive, qu'elle nous le fasse éternellement détester plus que la mort! Voilà le fruit du mystère, et les trois points de ce discours. Écoutez, croyez, profitez : je vous romps le pain de vie, nourrissezvous.
PREMIER POINT
Ce fut une doctrine bien nouvelle au monde, lorsque saint Paul écrivit ces mots : « Vivez comme des morts ressuscites '. » Mais il explique plus clairement ce que c'est que de vivre en ressuscites, et à quelle nouveauté de vie nous oblige une si nouvelle manière de s'exprimer, lorsqu'il dit en un autre endroit : « Si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, cherchez les choses d'en haut, où Jésus-Christ est issis à la droite de son Père; goûtez les choses d'en haut, et non pa les choses de la terre. » « Si consurrexistis cum Christo, quae sursua a sunt quaerite, ubi Christus est in dexterâ Dei sedens; quse sursum œ sunt sapite, non quae super terram ^ » Cette doctrine, qui est une suite de la résurrection de Jésus-Christ, nous apprend le vrai caractère de la loi nouvelle. L'ancienne loi ne nous tiroit pas de la terre; puisqu'elle nous proposoit des récompenses temporelles, et plus propres