‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 201 sur 221 · Concil. Eliberit., can. 47; Lab., tom. I, col · texte numérisé non relu

Concil. Eliberit., can. 47; Lab., tom. I, col

k. Luc. xm, 6 et seq.

Quel effet attendez-vous de vos confessions ftériles ? ne voyez-vous pas que vous vous trompez vous-mêmes ; et qu'ennemis, non pas du péché, mais du reproche de vos consciences qui vous inquiète, c'est de cette inquiétude, et non du péché, que vous voulez vous défaire : de sorte que le fruit de vos pénitences c'est d'étouffer le remords, et de voua faire trouver la tranquillité dans la crime?

Ah! il est vrai, vous me convainquez : dans la foiblesse où je suis, je me garderai bien d'approcher des saints sacrements. J'avois prévu cette malheureuse conséquence. Nous voici donc dans ces temps dont parle saint Paul, a où les hommes ne peuvent plus soutenir la sainte doctrine'. » Prêchez-leur la miséricorde toujours prête à les recevoir , au lieu d'être attendris par cette bonté, ils ne cesseront d'en abuser, jusqu'à ce qu'ils la rebutent et la changent en fureur : faites-leur voir le péril où les précipite le mépris des saints sacrements; il n'y a plus de sacrements pour eux. Combien en effet en connoissons-nous qui n'ont plus rien de chrétien que ce faux respect pour les sacrements qui fait qu'ils les abandonnent, de peur, disent-ils, de les profaner! Le beau reste de christianisme! comme si on pouvoit faire, pour ainsi parler, un plus grand outraee aux remèdes, que d'en être environné sans daigner les prendre, douter de leur vertu et les laisser inutiles.

0 Jésus-Christ ressuscité, parlez vous-même. Vous avez dit de votre bouche sacrée que a les morts qui seroient gisants dans les tombeaux entendroient la voix du Fils de l'homme, et sortiroient des ombres de la mort'. » 0 vous, plus morts que les morts, mcrts de quatre jours, dont les entrailles déjà corrompues par des habitudes invétérées font horreur aux sens, « squelettes décharnés, os desséchés, » où il n'y a plus de suc, ni aucun reste de l'ancienne forme; quoiqu'une pierre pesante vous couvre, et que rien ne semble capable de forcer la dureté de votre cœur, « écoutez la voix du Fils de l'homme : » a Qssa arida, « audite verbum Domini'. » Est-ce en vain que saint Paul a dit que Dieu enaploie pour vous convertir, et qu'il a mis dans ses sacrements « la même vertu par laquelle il a ressuscité Jésus-Christ : » a secundum a operationem potentiae virtutis ejus, quam operatus est in Christo, a suscitans ilium a mortuis*; » par conséquent une vertu infinie, une vertu miraculeuse, une vertu qui ressuscite les morts? Pourquoi donc voulez-vous périr?

Ah! j'ai trop abusé des grâces, et j'ai épuisé tous les remèdes. Mais pourquoi accusez-vous les remèdes que vous n'avez jamais pris qu'avec négligence ? Avez-vous gémi ? avez-vous prié ? après avoir découvert vos plaies cachées à un sage médecin, avez-vous vécu dans le régime nécessaire, épargnant à votre foiblesse jusqu'aux occasions les moins dangereuses, et songeant plutôt à éviter les teutalions qu'à les combattre? Mais cette vie est trop ennuyeuse, et on ne peut la souffrir. Songez, songez non pas aux eniMiis, mais aux douleurs et au désespoir d'une éternité malheureuse : ce n'est pas ce qu'il nous faut faire pour

1. // Tim. rv, 3. - 2. Joan. v, :ij, 2». — 3. Eztch. zxxm, 4. 4. Colos». n, 12.

notre salut, qui doit nous sembler difficile; mais ce qui nous arrivera, si nous en abandonnons le soin. Faites donc un dernier effort; vous consultez trop longtemps. Écoutez le conseil de saint Augustin ; il a été dans la peine où je vous vois, et saura bien vous conseiller ce qu'il y faut faire. «Nolite libenter colloquicumcupiditatibusvestris» : » " Cessez, dit ce pécheur si parfaitement converti, cessez de discourir avec vos passions et avec vos foiblesses; x vous écoutez trop leurs vaines excuses, les délais qu'elles vous proposent, les mauvais exemples qui les entretiennent, la mauvaise honte qu'elles vous remettent continuellement devant les yeux, et enfin les mauvaises compagnies qui vous entraînent au mal comme malgré vous. Ne voyez-vous pas l'erreur des hommes, qui, ne trouvant dans leurs plaisirs qu'une joie trompeuse, et jamais le repos qu'ils cherchent, s'étourdissent les uns les autres, et s'encouragent mutuellement à mal faire, toujours plus déterminés en compagnie qu'en particulier; marque visible d'égarement, et que leurs plaisirs destitués de la vraie nature du bien , et toujours suivis du dégoût, ont besoin, pour se soutenir, du tumulte qui offusque la réflexion? Cessez de les écouter, si vous ne voulez périr avec eux. Une grande résolution se doit prendre par quelque chose de vif et avec un soudain effort : demain, c'est trop tard, sortez aujourd'hui de l'abîme où vous périssez, et où peut-être vous vous déplaisez depuis si longtemps. On n'aura pas demain un autre Évangile, ni un autre enfer, ni un autre Dieu et un autre Jésus-Christ à vous prêcher ; l'fîglisea fait ses derniers efforts dans cette fête et a épuisé toutes ses menaces. La vieillesse, où vous mettez votre confiance, ne fera que vous affoiblir l'esprit et le cœur, et répandre sur vos passions un ridicule qui vous rendra la fable du monde , mais qui n'opérera pas votre conversion. La mort, qui la suit de près, vous fera jouer peut-être le personnage de pénitent comme à un Antiochus; vous serez alarmés et non convertis : votre âme sera jetée dans un trouble irrémédiable; et incapable, dans sa frayeur, de se posséder elle-même, elle vous fera rouler sur les lèvres des actes de foi suggérés, comme l'eau court sur la pierre sans la pénétrer. Ainsi il n'y aura plus pour vous de miséricorde.

« Ahl mes Frères, j'espère de vous de meilleures choses, encore que je parle ainsi : » a Confidimus autem de vobis, dilectissimi, meliora, a et viciniora saluti, tametsi ita loquimur'. » Car pourquoi voulez-vous mourir, maison d'Israël, peuple béni, peuple bien-aimé; autrefois enfants de colère, et maintenant enfants d'adoption et de dilection éternelle; vous pour qui toutes les chaires retentissent d'avertissements salutaires, pour qui coulent toutes les grâces dans les sacrements, pour qui toute l'Église est en travail et s'efforce de vous enfanter en Jésus- Christ, mais pour qui Jésus-Christ est mort, pour qui ce Sauveur ressuscité ne cesse d'intercéder auprès de son Père par ses plaies : pourquoi voulez- vous mourir? Vivez, vivez plutôt, mes chers Frères; c'est Dieu même qui vous le demande , qui vous y exhorte, qui vous l'ordonne, qui vous en prie. Et nous, indignes interprètes de ses volontés, et

i. In ps. axxxvi, n. 21, tom. IV, col. 1525. — 2. H»Br. vr, 9.

SERMON POUR LE JOUR DE pAqUES. 48?

ministres tels quels de sa parole, nous secondons le dessein de sa miséricorde, et de cette même bouche dont nous vous consacrons les divico mystères, œ nous vous conjurons pour Jésus-Christ, avec l'Apôtre, réconciliez-vous à I>eu . » « Obsecraœus pro Christo, reconciiiamini « Deo S" » et encore avec le prophète : « Convertissez vous et vivez';» mais, afin de vivre pour ne plus mourir, vivez dans les précautions nécessaires à la foiblesse. « Souvenez-vous, dit Jésus-Christ, de la femme de Loth^, « et de la suite funeste d'un regard fugitif, et du monument éternel, que Dieu nous y donne, des châtiments qui suivent les moindres retours vers les objets qu'il faut quitter. Le grand mal des Israélites sous Achab, et celui qui les fit périr sans ressource, c'est que, parmi les dieux étrangers dont ils encensoient les autels, <r ils furent, dit l'Écriture, si abominables, qu'ils adorèrent les dieux des Amorrhéens que Dieu avoit mis en fuite devant eux*. » Ces dieux vaincus, ces dieux renversés avec les peuples qui les servoient, furent révérés des Israélites et devinrent l'objet de leur culte : ce fut le comble de leurs maux et le pas le plus prochain vers la perdition. Craignez une semblable aventure : que ces idoles abattues ne voient jamais redresser leurs abominables autels; que la pensée de la mort efface tout l'éclat qui vous éblouit; que la résurrection de Jésus-Christ ouvre vos yeux aux biens éternels, et enfin que jamais le monde vaincu ne redevienne vainqueur.

Sire, quel autre sait mieux que vous assurer une victoire? et de qui pouvons-nous apprendre avec plus de fruit les véritables effets d'un triomphe entier, que de cette main invincible sous laquelle tant d'ennemis abattus ont vu tomber tout ensemble et leurs forces et leur courage, et, malgré leur secret dépit, ont perdu, avec l'espérance de se relever, jusqu'à l'envie de combattre ? Jamais le monde ne sera tout à fait vaincu par les chrétiens, jusqu'à ce qu'il soit atterré de cette sorte, et qu'à force de le vaincre nous l'ayons réduit à désespérer pour jamais de rétablir dans nos cœurs son empire renversé. Mais, Sire, Votre Majesté, après la victoire si pleine et si assurée, a donné la paix à ses ennemis domptés; et cette paix tant vantée, mais qui ne l'est pas encore assez, fait le comble de votre gloire. Dans la guerre que les chrétiens ont à soutenir il n'y a ni paix ni trêve, puisque, si le monde cesse quelquefois de nous attaquer par le dehors, nous-mêmes nous ne cessons, par de continuels combats, de mettre notre salut en péril; de sorte que l'ennemi est toujours aux portes, et que le moindre relâchement, le moindre retour, enfin le moindre regard vers la conduite passée, peut en un moment faire évanouir toutes nos victoires, et rendre nos engagements plus dangereux que jamais : il faut donc s'armer de nouveau après le triomphe. Prenez, Sire, ces armes salutaires dont parie saint Paul* : la foi, la prière, le zèle, l'humilité, la ferveur; c'est par là qu'on peut assurer sa victoire parmi les infirmités t dtns les tentations de cette vie. Arbitre de l'univers, et supérieur

1. // Cor. V, 20. — 2. Execk. xvm, 32. — 3. Luc. xvn, 32. 4. /// Reg. xxi, 26. — l. Ephes. vi, H etseq.

même à la fortune, si la fortune étoit quelque chose, c'est ici la seule occasion où vous pouvez craindre sans honte, et il n'y a plus pour vous qu'un seul ennemi à redouter : vous-même, Sire, vous-même, vos victoires, votre propre gloire, cette puissance sans bornes si nécessaire à conduire un État, si dangereuse à se conduire soi-même; voilà le seul ennemi dont vous ayez à vous défier. Qui peut tout , ne peut pas assez; qui peut tout, ordinairement tourne sa puissance contre luimême; et quand le monde nous accorde tout, il n'est que trop malaisé de se refuser quelque chose; mais aussi c'est la grande gloire et la parfaite vertu de savoir, comme vous, se donner des bornes et demeurer dans la règle, quand la règle même semble nous céder.

Pour vivre dans cette règle qui soumet à Dieu toute créature, il faut, Sire, quelquefois descendre du trône. L'exemple de Jésus-Christ nous fait assez voir que a celui qui descend, c'est celui qui monte. Celui qui est descendu, dit saint Paul ', jusqu'aux profondeurs de la terre, c'est celui qui est monté au plus haut des cieux. x II faut donc descendre avec lui, quelque grand qu'on soit; descendre pour s'humilier, descendre pour se soumettre, descendre pour compatir, pour écouter de plus près la voix de la misère qui [lerce le cœur, et lui apporter un soulagement digne d'une si grande puissance. Voilà comme Jésus-Christ est descendu: qui descend ainsi remonte bientôt. C'est, Sire, l'élévation que je vous souhaite. . insi votre grandeur sera éternelle, votre État ne manquera jamais; nous vous verrons toujours roi, toujours couronné, toujours vainqueur et en ce monde et en l'autre , par la grâce et la bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

Quam pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël!

Que vos tentes sont belles, 6 enfants de Jacob I que vos pavillons, 0 Israélites., sont merveilleux 1 C'est ce que dit Balaam, inspiré de Dieu, à la vue du camp d'Israël dans le désert. Au livre des Nombres, xxiv, 1, 2,3, 5.

Messeignedrs,

C'est sans doute un grand spectacle de voir l'Église chrétienne figurée dans les anciens Israélites ; la voir, dis-je, sortie de l'Egypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la terre promise à travers un désert immense, où elle ne trouve que d'afiFreux rochers et des sables brû-

Page 1