Deschol. instit., Capit. Baluz., t. I, p. 202, 2o
6. Conc. Francof., can. 8, t. II Conc. Gall., p. 196; Capil. A(^ws., an. imp. m, c. 4 ; Baluz., t, I, p. 380, 381 ; Coptt. De dtvis. regnt, c. 15, Lbid., p. 444.
510 SERMON SUR l'unité
ses successeurs ia défense de l'Eglise de saint Pierre , comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avoit reçu de son père et de son aïeul, et qu'il vouloit laisser h ses enfants. Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile sous l'un de ses descendants, que a quand cette Église imposeroit un joug à peine supportable, il le faudroit souffrir' » plutôt que de rompre la communion avec elle. Elle n'imposoit point de tel joug; mais ce sage prince Youloit tout prévoir, pour affermir l'union dans tous les cas. Au reste les canons que lui envoya son sage et intime ami, le pape Adrien, n'étoient qu'un abrégé de l'ancienne discipline, que l'Église de France regarde toujours comme la source et le soutien de ses libertés ; nous demandons encore d'être jugés par les canons envoyés à ce grand prince; et, sous un nouveau Charlemagne, nous souhaitons d'avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.
Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n'a été moins guidé par un faux zèle; jamais on n'a mieux su distinguer les bornes des deux puissances. On voit parler dans les décrets du concile de Francfort, tantôt les évêques seuls, tantôt le prince seul, sur les deux puissances ensemble ^ Je ne veux pas m'étendre sur les diverses matières qui donnèrent lieu à cette diversité; je remarquerai seulement que les évêques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouveDe hérésie qu'on vit alors s'élever en Espagne', ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Comme son savoir éclatoit dans l'Église autant que son équité, les nouveaux hérétiques le prièrent de se rendre l'arbitre de la cause*. Charlemagne, pour les confondre par eux-mêmes, accepta l'offre; mais il savoit comment un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le saint-siége avant toutes choses; il écouta aussi les autres évêques, qu'il trouva conformes à leur chef. C'est sur quoi se régla ce religieux prince; c'est par ce canal qu'il reçut la doctrine de l'Évangile et l'ancienne tradition de l'Église catholique : c'est de là qu'il apprit ce qu'il falloit croire; et sans discuter davantage la matière, dans la lettre qu'il écrit aux nouveaux docteurs ' il leur envoie oc les lettres , les décisions, et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique, les exhortant à s'y soumettre avec lui, et à ne se croire pas plus savants que l'Église universelle : parce que, ajoutoit ce grand prince, après ce concours de l'autorité apostolique, et de l'unanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d'être tenus pour hérétiques, et nous n'osons plus avoir de communion avec vous. »
Qu'on n'impute point à la France des sentiments nouveaux; voilà
1. Cavit. Car. M., De hr>r>. sed. apost., aa. imp., Baluz., tora. I, p. 357; Conc. Tribur. sub Arn. imp., can. 30, t. IX Conc. col. 456; Capit. Angilr. data, tom. II Conc. GalL, p. 100 -, Epist. can. ab Adr., Car. M. oblat., Conc. tom.VI, col. 1800.
2. Conc. Francof., can. I, 2; can. 3, Sj can. 4, 5, 6, 7, tom. II Conc. GalL, pag. 193 etseq.
3. Ibid., can. 1, p. 193. — 4. Ibitt., Epist. Car. M., p. 188. 5. Ibid., p. 188, 190.
DE l'Église. 511
tous ses sentiments du temps de Charlemagne : mais Charlemagne les avoit reçus de plus. haut, et ils étoient venus des anciens Pères, et dès l'origine du christianisme. Le saint-siége principalement, et le corps de l'épiscopat uni à son chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique confiée aux évêques par les apôtres : car c'est aussi à cette unité qu'il est dit : « Qui vous écoule, m'écoute'; » et encore : a Les portes de l'enfer ne prévaudront po'int contre elle'; » et encore : a Vous êtes la lumière du monde »; » et encore : a Ditesle à l'Église; et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il vous soit comme un gentil et un publicain*; » et encore, pour me servir du même passage qui est ici allégué par Charlemagne : a Je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles*. » Ce grand pnnce, soumis le premier à cette règle, ne craint plus après cela de condamner les hérétiques, comme déjà condamnés par l'autorité de l'Église; et le jugement du saint-siége et du concile de Francfort devint le sie\^
Est-il besoin de raconter ce que Charlemagne, à l'exempie rfu roi son père, fit pour la grandeur temporelle du saint-siége et de l'Église romaine? qui ne sait qu'elle doit à ces deux princes et à leur maison tout ce qu'elle possède de pays? Dieu, qui vouloit que cette Église, la mère commune de tous les royaumes, dans la suite ne fût dépendante d'aucun royaume dans le temporel, et que le siège où tous les fidèles doivent garder l'unité, à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'État pourroient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et par Charlemagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Église, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir lésâmes; et que, tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent ennemis, elle entretient l'unité de tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.
L'empire sortit trop tôt d'une maisoti et d'une nation si bienfaisante envers l'Église. Rome eut des maîtres fâcheux, et les papes avoient tout à craindre tant des empereurs que d'un peuple séditieux; mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces charitables voisins que le pape Pelage II avoit espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée, que l'Italie et que Rome même, leur devint comme un second siège où ils tenoient leurs conciles, et d'où ils faisoient entendre leurs oracles par toute l'Ëglise.'Iroyes, et Clermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire; pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon, et d'un autre concile universel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faire les actes les plus importants et les plus authentiques de l'Église, dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Église gallicane.
Cependant la troisième race étoit montée sur le trône : race encore
1. Luc. I, 16. — 2. Matth. xvi, 18. —3. Ihid., v, 14. — 4. Ibid., xviii. 17. S. Ibid., XX vin, 20.
51â SERMON SUR l'UNITÉ.
plus pieuse que les deux autres, qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire; qui seule dans tout l'univers, et depuis le commencement du monde, se "voit sans interruption depuis sept cents ans toujours couronnée et toujours régnante : race enfin qui devoit donner saint Louis au monde; en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses, et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénie par le saint-siége ? Sous cette race la France est a un royaume chéri et béni de Dieu, un royaume dont l'exaltation est inséparable de celle du saint-siége*, » un royaume; mais si j'entreprenois de tout raconter, le jour n'y suffiroit pas.
Aussi faut-il avouer qu'il y a eu dans ces rois, avec beaucoup de religion , une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre , et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantoient «le combattre pour les intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur État, et dans une plus grande hauteur de leur couronne, une plus sûre défense; puisque, sans qu'ils eussent besoin de se remuer, leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces premiers temps, et que jamais ils n'ont été obligés ni à soutenir des guerres, ni, ce qui est bien plus horrible, à faire des schismes pour la défendre.
Ces rois, aussi bienfaisants que religieux, loin de profiter de la foiblesse des papes toujours réfugiés dans leur royaume, se reiâchoient volontairement de quelqu%s-uns de leurs droits, plutôt que de troubler ia paix de l'Église; et pendant que saint Thomas de Cantorbéry étoit l)anni d'Angleterre , comme ennemi des droits de la royauté, la France, plus équitable, le recevoit dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques. ISos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers. L'Église, qu'ils honoroient, les honoroit à son tour; et l'égalité, tant recommandée par l'Apôtre, s'entrenoit par de mutuelles reconnoissances.
La piété se ralentissoit, et les désordres se multiplioieat dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France : au milieu de la barbarie et de l'ignorance elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants, et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince; jamais prêtre ne fut plus soumis à l'épiscopat; jamais enfant de l'Église ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Église romaine. Il regardoit dans le pape seul tout ce qu'il y avoit de plus grand dans l'un et l'autre Testament; un Abraham, u:a Melchisédech, un Moïse, un Aaron, un saint Pierre, en un mot Jésus-Christ même'. Mais afin qu'une autorité sur laquelle l'Église est fondée, fût plus
1. Alex. III, ep. XXX, t. X Conc, col. 1212-, Innoc. III, Greg. IX. t. XI Conc. part. I, col. 27, 367.
2. S. Bern., De consid., lib. II, cap. 8; et 1. IV, c. 7, 1. 1, col. 422, 444
«ainte et plus vénérable à tous les peuples, il ne cessa d'en séparer, autant qu'il pouvcit, ce qui sembloit plutôt la déshonorer que l'agrandir.
Tout est à vous, disoit-il', tout dépend du chef, mais c'est avec un certain ordre. On feroit un monstre du corps humain, si on attachoit immédiatement tous les membres à la tête : c'est par les évêques et les archevêques qu'on doit venir au saint-siége : ne troublez point cette hiérarchie, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est est vrai; mais un de vos ancêtres disoit : « Tout m'est permis, mais tout n'est pas convenable', y Vous avez la plénitude de la puissance, mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle. Enfin l'Église romaine est la mère des églises 3, mais non une maîtresse impérieuse; et vous êtes non pas le seigneur des évêques, mais l'un d'eux : paroles que ce saint homrafi n'a pas proférées pour affoiblir une autorisé qu'il a fait révérer à toute la terre; mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine, que Jésus Christ, qui l'a élevé à une si grande puissance, n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de Tépiscopat; afin que, dans cette haute élévation, il prit soin de conserver dans tous les évêques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux; et qu'il songeât qu'il y a toujours, avec une grande autorité, quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique : puisque si le pape doit gouverner les évêques, il les doit aussi gouverner par les lois communes que le saint-siége a faites siennes en les confirmant. C'est ce que disent tous les papes; et encore qu'ils puissent dispenser des lois pour l'utilité publique*, le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disoit saint Bernard et tous les saints de ce temps-, voilà ce qu'ont toujours; dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. C'est aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au saint-siége, et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnoissez saint Louis), à persévérer dans ces maximes, et à publier une Pragmatique pour maintenir dans son royaume» le droit commun et la puissance des ordinaires, selon les conciles généraux »* les institutions» des saints Pères *. »
Ne demandez plus ce que c'est que les libertés de l'Église gallicane. Les voilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint louis; nous n'en voulons jamais connoître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons; et plût à Dieu que l'exécution en fût lussi effective dans la pratique, que cette profession est magnifiquedan? jos livres! Quoi qu'il en soit, c'est notre loi : nous faisons consister jiotre liberté à marcher, autant qu'il se peut, « dans le droit commun » qui est le principe ou plutôt le fond de tout le bon ordre de
l. s. B«rn., De consid., I. III, c. rv, col. 433. — 2. / Cor. i, 22.
3. S. Bern., ibid., 1. IV, c. vu, col. 444. — 4. Ibid., 1. lU, c. iv, col. 433.