Heb. ju
veur a parlé aux hommes, il a seulement semé sur la terre, et cette terre ingrate et stérile lui a donné peu de sectateurs . il faut donc maintenant qu'il parle à son Père; il faut que, se tournant du côté du ciel, il y porte la voix de son sang. C'est alors, Messieurs, c'est alors que la grâce tombant avec abondance, notre terre donnera son fruit : alors le ciel apaisé persuadera aisément les hommes; et la parole qu'il a semée fructifiera par tout l'univers. De là vient qu'il a dit luimême : Quand j'aurai été élevé de terre, quand j'aurai été mis en croix, quand j'aurai répandu mon sang, je tirerai à moi toutes choses : a Omnia traham ad meipsum '; » nous montrant, par cette parole, que sa force étoit en sa croix, et que son sang lui devoit attirer le monde.
Cette vérité étant supposée, je ne m'étonne pas, Chrétiens, que l'Eglise soit établie par le moyen des persécutions. Donnez du sang, bienheureux apôtre; voire Maître lui donnera une voix capable d'émouvoir le ciel et la terre. Puisqu'il vous a enseigné que sa force consiste en sa croix, portez-la par toute la terre, cette croix victorieuse et toute-puissante; mais ne la portez pas imprimée sur des marbres inanimés, ni sur des métaux insensibles; portez-la sur votre corps même, et abandonnez-le aux tyrans, afin que leur fureur y puisse graver une image vive et naturelle de Jésus-Christ crucifié.
C'est ce qu'il va bientôt entreprendre : il ira par toute la terre. Chrétiens, pour quelle raison? C'est afin, nous dit-il lui-même, a c'est afin de porter partout la mort et la croix de Jésus, imprimée en son propre corps : » a Mortificationem Jesu in corpore nostro circumferentes '; » et c'est peut-être pour cette raison qu'il a dit ces belles paroles, écrivant aux Colossiens : « Adimpleo ea quse desunt passi-onum Christi-'' : » a Je veux, dit-il, accomplir ce qui manque aux soufi'rances de Jésus- Christ. » Que nous dites-vous, ô grau 1 Paul? Peut-il donc manquer quelque chose au prix et à la valeur infinie des souffrances de votre Maître? Non, ce n'est pas là sa pensée. Ce grand homme n'ignore pas que rien ne manque à leur dignité; mais ce qui leur manque, dit-il, c'est que Jésus n'a soufî"ert qu'en Jérusalem ; et comme sa force est toute en sa croix, il faut qu'il soufl're par tout le monde, afin d'attirer tout le monde. C'est ce que l'apôtre vouloit accomplir. Les Juifs ont vu la croix de son Maître; il la veut montrer aux Gentils, dont il est le prédicateur. Il va donc, dans cette pensée , du levant jusqu'au couchant, de Jérusalem jusqu'à Rome, portant partout sur lui-même la croix de Jésus, et accomplissant ses soufi'rances; trouvant partout de nouveaux supplices, faisant partout de nouveaux fidèles, et remplissant tant de nations de son sang et de l'Évangile.
Mais je ne croirois pas, Chrétiens, m'être acquitté de ce que je dois à la gloire de ce grand apôtre, si, parmi tant de grands exemples que nous donne sa belle vie, je ne choisissois quelque action illustre, où vous puissiez voir en particulier combien ses soufi'rances sont persuasives. Considérez donc ce grand homme fouetté à Philippes par main
t. Joan. ïii il — 2. U Cor. t\\ io. — » Coloss. i, 24.
de bourreau', pour y avoir prêché Jésus-Christ; puis jeté dans l'obscurité d'un cachot, ayant les pieds serrés dans du bois qui étoit entr'ou- Tert par force; et les pressoit ensuite avec violence; qui cependant triomphant de joie de sentir si vivement en lui-même la sanglante impression de la croix, avec Silas son cher compagnon, rompoit le silence de la nuit en offrant à Dieu, d'une âme contente, des louanges pour ses supplices, des actions de grâces pour ses blessures. Voilà comme il porte la croix du Sauveur; et aussi, dans ce même temps, le Sauveur lui veut faire voir une merveilleuse représentation de ce qui s'est fait à la sienne. Là du sang, et ici du sang; là, Messieurs, « la terre a tremblé * , » et ici elle tremble encore : a Terrae motus factus a est magnus^ : » là les tombeaux ont été ouverts, qui sont comme les prisons des morts, et des morts sont ressuscites*; ici les prisons sont ouvertes, qui sont les tombeaux obscurs des hommes vivants : a Aperta sunt omnia ostia» : » et pour achever cette ressemblance, là celui qui garde la croix du Sauveur le reconnolt pour le Fils de Dieu : a Vere Filius Dei erat iste^; » et ici celui qui garde saint Paul se jette aussitôt à ses pieds : aProcidit ad pedes', » et se soumet à son Évangile, Que ferai-je, dit-il, pour être sauvé? « Qnid me oportet faccre, o ut salvus fiam » ?» Il lave premièrement les plaies de l'apôtre : l'apôtre après lavera les siennes par la grâce du saint baptême; et ce bienheureux geôlier se prépare à cette eau céleste, en essuyant le sang de l'apôtre, qui lui inspire l'amour de la croix et l'esprit du christianisme.
Vous voyez déjà, Chrétiens, ce que peut la croix de Jésus, imprimée sur le corps de Paul ; miis renouvelez vos attentions pour voir la suite de cette aventure, qui vous le montrera d'une manière bien plus admirable. Que fera le divin apôtre, sortant des prisons de Philippes ? Qu'il vous le dise de sa propre bouche, dans une lettre qu'il a écrite aux habitants de Thessalonique : a Vous savez, leur dit-il, mes Frères, quelle a été notre entrée chez vous, et qu'elle n'a pas été inutile : » ce Quia non inanis fuit ». » Pour quelle raison, Chrétiens, son abord à Thessalonique n'a-t-il pas été inutile? Vous serez surpris de l'apprendre : «C'est, dit-il, qu'ayant été tourmentés et traités indignement à Philippes, cela nous a donné l'assurance de vous annoncer l'Évangile : » a Sed ante passi, et contumeliis affesti, sicut scitis, in a Philippis, fiduciam habuimus in Dec nostro, loqui ad vos Evange- « lium Dei '«, »
Quand je considère, Messieurs, ces paroles du divin apôtre, j'avoue que je ne suis plus à moi-même, et je ne puis assez admirer l'esprit céleste qui le possédoit. Car quel est le victorieux, dont le cœur puisse être autant excité par l'image glorieuse et tranquille de la victoire tout nouvellement remportée, que le grand Paul est encouragé par le souvenir des souffrances dont il porte encore les marques, dont il seul
Act. XVI, 13 et seq. — 2. Matth. xxvii, 51. — 3. Act. xvi, 26 Mattb. XXVII, 52. — 5. Act. xvi, 26. — 6. Matth. xxvii, 54. a:.- .. '. 8. — 8. Ibid., 30. — 9. / Thess. ii, l. — lo. Ibid.. v
encore les vives atteintes ? Son entrée sera fructueuse , parce qu'elle est précédée par de grands tourments; il prêchera avec confiance, parce qu'il a beaucoup enduré ; et si nous savons pénétrer tout le sens de cette parole, nous devons croire que le grand apôtre, sortant des prisons de Philippes, exhortoit par cette pensée les compagnons de son ministère : «Allons, mes Frères, àThessalonique; notre entrée n'y sera pas inutile, puisque nous avons déjà tant souffert; nous avons assez répandu de sang pour oser entreprendre quelque grand dessein. Allons donc en cette ville célèbre; faisons-y profiter ce sang répandu; portons-y la croix de Jésus, récemment imprimée sur nous par nos plaies encore toutes fraîches; et que ces nouvelles blessures donnent au Sauveur de nouveaux disciples. » Il y vole dans cette espérance, et son attente n'est pas frustrée.
Mais pourquoi m'arrêter. Messieurs, à vous raconter le fruit qu'il a fait dans la ville de Thessalonique ? Il en est de même de toutes les autres qu'il éclaire par sa doctrine, et qu'il attire par ses souffrances. Il court ainsi par toute la terre, portant partout la croix de Jésus; toujours menacé, toujours poursuivi avec une fureur implacable; sans repos durant trente années, il passe d'un travail à un autre, et trouve partout de nouveaux périls ; des naufrages dans ses voyages de mer, des embûches dans ceux de terre; de la haine parmi les Gentils, de la rage parmi les Juifs; des calomniateurs dans tous les tribunaux, des supplices dans toutes les villes; dans l'Église même et dans sa maison, des faux frères qui le trahissent : tantôt lapidé et laissé pour mort, tantôt battu outrageusement et presque déchiré par le peuple; il meurt tous les jours pour le Fils de Dieu : a Quotidie morior ', » et il marque l'ordre de ses voyages par les traces du sang qu'il répand, et par les peuples qu'il convertit; car il joint toujours l'un et l'autre : si bien que nous lui pouvons appliquer ces beaux mots de Tertullien : « Ses blessures font ses conquêtes; il ne reçoit pas plutôt une plaie, qu'il la couvre par une couronne; aussitôt qu'il verse du sang, il acquiert de nouvelles palmes; il remporte plus de victoires qu'il ne souffre de violences : » « Corona premit vulnera, palma sanguinem obscurat, X plus victoriarum est quam injuriarum ^. »
C'est pourquoi le Sauveur Jésus, voulant encore abattre à ses pieds l'impérieuse majesté de Rome, il y conduit enfin le divin apôtre, comme le plus illustre de ses capitaines. Mais, mes Frères, il faut plus de sang pour fonder cette illustre Église, qui doit être la mère des autres : saint Paul y donnera tout le sien; aussi y trouvera-t-il un persécuteur qui ne le sait pas répandre à demi , je veux dire le cruel Néron, qui ajoutera le comble à ses crimes en faisant mourir cet apôtre.
Vous raconterai -je. Messieurs, combien son sang se multipliera, quelle suite de chrétiens sa fécondité fera naître, combien il aniniera de martyrs, et avec quelle force il afl"ermira cet empire spirituel, qui se doit établir à Rome, plus illustre que celui des Césars? Mais
i. / Cor. XV, 31. — 2. Scorp. n. 6.
quand est-ce que j'achèverai, si j'entreprends de vous rapporter toutes les grandeurs de l'apôtre? J'en ai dit assez, Chrétiens, pour nous inspirer l'amour de la croix, si notre extrême délicatesse ne nous la rendoit odieuse. 0 croix! qui donnez la victoire à Paul, et dont la foiblesse le rend tout-puissant, notre siècle délicieux ne peut souffrir votre dureté ! Personne ne veut dire avec l'apôtre : « Je ne me plais que dans mes souffrances, et je ne suis fort que dans mes foiblesses. » Nous voulons être puissants dans le monde, c'est pourquoi nous sommes l'oibles selon Jésus-Christ; et l'amour de la croix de Jésus étant éteint parmi les fidèles, toute la force chrétienne s'est évanouie. Mais, mes Frères, je ne puis vous dire ce que je pense sur ce beau sujet. Le grand Paul me rappelle encore : après avoir vu les foiblesses que la croix lui a fait sentir, il faut achever ce discours, en considérant les infirmités que la charité lui inspire dans le gouvernement ecclésiastique.
TROISIÈME POINT
Le pourrez-vous croire, Messieurs, que l'Église de Jésus-Christ se gouverne par la foiblesse; que l'autorité des pasteurs soit appuyée sur l'infirmité; que le grand apôtre saint Paul, qui commande avec tant d'empire , qui menace si hautement les opiniâtres , qui juge souverainement les pécheurs, enfin qui fait valoir avec tant de force la dignité de son ministère, soit infirme parmi les fidèles, et que ce soit une divine foiblesse qui le rende puissant dans l'Église? Cela vous paroît peut-être incroyable; cependant c'est une doctrine que luimême nous a enseignée, et qu'il faut vous expliquer en peu de paroles.
Pour cela vous devez entendre que l'empire spirituel, que le Fils de Dieu donne à son Église, n'est pas semblable à celui des rois. Il n'a pas cette majesté terrible; il n'a pas ce faste dédaigneux, ni ce superbe esprit de grandeur dont sont enflés les princes du monde, a Les rois des nations les dominent, dit le Fils de Dieu dans son Evangile '; mais il n'en est pas ainsi parmi vous, où le plus grand doit être le moindre, et où le premier est le serviteur. »
Le fondement de cette doctrine, c'est que cet empire divin est fondé sur la charité. Car, mes Frères, cette charité peut prendre toutes sortes de formes. C'est elle qui commande dans les pasteurs, c'est elle qui obéit dans les peuples : mais soit qu'elle commande, soit qu'elle obéisse, eUe retient toujours ses qualités propres, elle demeure toujours charité; toujours douce, toujours patiente, toujours tendre et compatissante, jamais lière ni ambitieuse.
Le gouvernement ecclésiastique, qui est appuyé sur la charité, n'a donc rien d'altier ni de violent : son commandement est modeste, son autorité est douce et paisible. Ce n'est pas une domination qu'elle exerce : « Dominantur, vos autem non sic; » c'est un ministère dont ellu s'ac(iuitte, c'est une économie qu'elle ménage par la sage dispentation de la charité fraternelle.
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Mais cette charité ecclésiastique, qui conduit le peuple de Dieu, passe encore beaucoup plus loin. Au lieu de s'élever orgueilleusement pour faire valoir son autorité, elle croit que pour gouverner il faut qu'elle s'abaisse, qu'elle s'affoiblisse, qu'elle se rende infirme ellemême, afin de porter les infirmes. Car Jésus-Christ, son original, en venant régner sur les hommes, a voulu prendre leurs infirmités : ainsi les apôtres, ainsi les pasteurs doivent se revêtir des foiblesses des troupeaux commis à leur vigilance; afin que de même que le Fils de Dieu est un pontife compatissant qui ressent nos infirmités, ainsi les pasteurs du peuple fidèle sentent les foiblesses de leurs frères, et portent leurs infirmités en les partageant. C'est pourquoi le divin apôtre, plein de cet esprit ecclésiastique, croit établir son autorité en se faisant infirme aux infirmes, et se rendant serviteur de tous '.
Mais voulez-vous voir, Chrétiens, dans un exemple particulier, jusqu'à quel point cet homme admirable ressent les infirmités de ses frères; représentez-vous ses fatigues, ses voyages, ses inquiétudes, ses peines pour résister à tant d'ennemis, ses soins pour enseigner tant de peuples, ses veilles pour gouverner tant d'Églises : cependant, accablé de tous ces travaux, il s'impose encore lui-même la nécessité de gagner sa vie à la sueur de son corps, « opérantes manibus a nostris ^ »
Que l'ancienne Rome ne me vante plus ses dictateurs pris à la charrue , qui ne quittoient leur commandement que pour retourner à leur labourage : je vois quelque chose de plus merveiUeux en la personne de mon grand apôtre, qui même au milieu de ses fonctions, non moins augustes que laborieuses, renonce volontairement aux droits de sa charge; et refusant de tous les fidèles la paye honorable qui étoit si bien due à son ministère, ne veut tirer que de ses propres mains ce qui est nécessaire pour sa subsistance.
Cela, mes Frères, venoit d'un esprit infiniment au-dessus du monde; mais vous l'admirez beaucoup davantage, si vous pénétrez le motif de cette action glorieuse. Ecoutez donc ces belles paroles de l'admirable saint Augustin, par lesquelles il entre si bien dans les sentiments du grand Paul : « Infirmorum periculis, ne falsis suspicionibus agitati a odissent quasi vénale Evangelium, tanquam paternis maternisque a visceribus tremefactus hoc fecit^. » Qui vous oblige, ô divin apôtre, à travailler ainsi de vos mains? a C'est à cause, dit saint Augustin, qu'ayant une tendresse plus que maternelle pour les peuples qui lui sont commis, il tremble pour les périls des infirmes qui, agités par de faux soupçons, pourroient peut-être haïr l'Évangile, en s'imaginant que l'apôtre le prêchoit pour son intérêt. » Quelle charité de saint Paull Ce qu'il craint, ce n'est qu'un soupçon , et un soupçon mal fondé, et un soupçon qu'il eût démenti par toute la suite de sa vie céleste, si épurée des sentiments de la terre : toutefois ce soupçon fait trembler l'apôtre, il déchire ses entrailles plus que maternelles; ce grand
1. / Cor. n, 22. — 2. Ibid., rv, 12. 3. Di opère MofMch. n. i3, t. vi, c. 485.
homme, pour éviter ce soupçon, veut bien veiller nuit et jour, et ajouter le travail des mains à toutes ses autres fatigues!
Qui pourroit donc assez expliquer combien vivement il sentoit toutes les infirmités des fidèles? Celui qui trembloit pour un seul soupçon, et qu'une ombre de mal épouvantoit, en quel état étoit-il, mes Frères, quelle étoit son mquiétude, quand il voyoit des maux véritables, des scandales parmi les fidèles, des péchés publics ou particuliers! Que ne puis-je entrer dans ce cœur tout ardent des flammes de la charité fraternelle, pour y voir de quel sentiment le grand Paul disoit ces beaux mots : «Qui est infirme parmi les fidèles, sans que je sois infirme avec lui ? et qui peut les scandaliser, sans que je sois moi-même brûlé de douleur? » a Quis infirmatur, et ego non infirmor? Quis Œ scandalizatur , et ego non uror'l »
Arrêtons ici, Chrétiens, et que la méditation d'un si grand exemple fasse le fruit de tout ce discours. Car quelle âme de fer et de bronze ne se Sentiroit attendrie par les saintes infirmités que la charité inspire à l'apôtre? Voyoit-il un membre affligé, il ressentoit toute sa douleur. Voyoit-il des simples et des ignorants, il descendoit du troisième ciel pour leur donner un lait maternel, et bégayer avec ces enfants. Voyoit-il des pécheurs touchés, le saint apôtre pîeuroit avec eux pour participer à leur pénitence; en voyoit-il d'endurcis, il pîeuroit encore leur aveuglement. Partout où l'on frappoit un fidèle , il se sentoit aussitôt frappé; et la douleur passant jusqu'à lui par la sainte correspondance de la charité fraternelle, il s'écrioit aussitôt, comme blessé et ensanglanté : a Quis infirmatur, et ego non infirmor?» a Qui est infirme, sans que je le sois? je suis brûlé intérieurement, quand quelqu'un est scandalisé. » Si bien qu'en considérant ce saint homme répandant ses lumières par toute l'Église, recevant de tous côtés des atteintes de tous les membres affligés, je me le représente souvent comme le cœur de ce corps mystique : et de même que tous les membres, comme ils tirent du cœur toute leur vertu, lui font aussi promptement sentir, par une secrète communication, tous les maux dont ils sont attaqués, comme s'ils vouloient l'avertir de l'assistance dont ils ont besoin ; ainsi tous les maux qui sont dans l'Église se réfléchissent sur le saint apôtre, pour solliciter sa charité attendrie d'aller au secours des infirmes : « Quis infirmatur, et ego non infirmor? »
Mais je passe encore plus loin, et j'apprends de saint Chrysostome qu'il n'est pas seulement le cœur de l'Église; ce mais qu'il s'afflige pour tous les membres, comme si lui seul étoit toute l'Église : » «Tanquam « ipse universa orbis Ecclesia esset, sic pro membris singulis discrua ciabatur '. » Que ne me reste-t-il assez de loisir pour entrer au fond de cette pensée, et pour vous montrer. Chrétiens, cette étendue de la charité, qui ne permet pas à saint Paul de se resserrer en lui-même, qui le répand dans toute l'Église, qui le mêle avec tous les membre'^, qui fait qu'il vit et qu'il soulTre en eux : « Tanquara ipse • univerj/ orbis Ecclesia esset, sic pro membris singulis discrucia-
I. Il Cor. XI, 29. — 2. Jn Epiât, (i, ad Cor. Hom xxv, n. 2, tom. x, p. 614.
oc batur, » C'est là, c'est là, si nous l'entendons, le comble des infirmités de l'apôtre.
Grand Paul, permettez-moi de le dire, j'ai médité toute votre vie, j'ai considéré vos infirmités aa milieu des persécutions; mais je ne craindrai pas d'assurer qu'elles ne sont pas comparables à celles cfui sont attirées sur vous par la charité fraternelle. Dans vos persécutions, vous ne portiez que vos propres foiblesses; ici vous êtes chargé de celles des autres : dans vos persécutions , vous souffriez par vos ennemis; ici vous souffrez par vos frères, dont tous les besoins et tous les périls ne vous laissent pas respirer : dans vos persécutions, votre charité vous fortifioit et vous soutenoit contre les attaques; ici c'est votre charité qui vous accable : dans vos persécutions, vous ne pouviez être combattu que d'un seul endroit dans un même temps; ici tout le monde ensemble vient fondre sur vous, et vous devez en soutenir le faix.
C'est donc ici l'accomplissement de toutes ces divines foiblesses dont l'apôtre se glorifie, et c'est ici qu'il s'écrie avec plus de joie : « Cum a infirmer, tune potens sum : » « Je ne suis puissant que dans ma foiblesse. » Car quelle est la force de Paul qui se fait infirme volontairement afin de porter les infirmes; qui partage avec eux leurs infirmités, afin de les aider à les soutenir; qui s'abaisse jusqu'à terre par la charité, pour les mettre sur ses épaules et les élever avec lui au ciel; qui se fait esclave d'eux tous , pour les gagner tous à son Maître ! N'est-ce pas là gouverner l'Eglise d'une manière digne d'un apôtre ? n'est-ce pas imiter Jésus-Christ lui-même, dont le trouble nous affermit et dont les infirmités nous guérissent?
Ne voulez-vous pas, chrétiens, imiter un si grand exemple? Que d'infirmes à supporter, que d'ignorants à instruire, que de pauvres à soulager dans l'Église ! Mon frère, excitez votre zèle : cet homme qui vous hait depuis tant d'années, c'est un infirme qu'il vous faut guérir. Mais sa haine est invétérée. Donc son infirmité est plus dangereuse. Mais il vous a, dites-vous, maltraité souvent par des injures et par des outrages : soutenez son infirmité, tout le mal est tombé sur lui : ayez pitié du mal qu'il s'est fait, et oubliez celui qu'il a voulu vous faire. Courez à ce pécheur endurci, réchauffez et rallumez sa charité éteinte; tendez-lui les bras, ouvrez-lui le cœur, tâchez de gagner votre frère.
Mais jetez encore les yeux sur les nécessités temporelles de tant de pauvres qui crient après vous. Ne semble-t-il pas que la Providence ait voulu les unir ensemble dans cet hôpital merveilleux, afin que leur voix fût plus forte, et qu'ils pussent plus aisément émouvoir vos cœurs? Ne voulez-vous pas les entendre, et vous joindre à tant d'âmes saintes qui, conduites par vos pasteurs, courent au soulagement de ces misérables? Allez à ces infirmes; mes Frères, faites-vous infirmes avec eux; sentez en vous-mêmes leurs infirmités, et participez à leur misère. Souffrez premièrement avec eux, et ensuite soulagezvous avec eux, en répandant abondamment vos aumônes. Portez ces foibles et ces impuissants; et ces foibles et ces impuissants vous porteront après jusqu'au ciel. « A,men. »