Cor. I, 27. — 2. II Cor. xi
rez-vour croire? il est foible dans tous ces emplois. Et premièrement, il est assuré que saint Paul est foible en prêchant, puisque sa prédication n'est pas appuyée, ni sur la force de l'éloquence, ni sur ces doctes raisonnements que la philosophie a rendus plausibles : a Non « in persuasibilibus humanae sapientiae verbis '. » Secondement, il n'est pas moins clair qu'il est foible dans ses combats ; puisque, lorsque tout le monde l'attaque, il ne résiste à ses ennemis qu'en s'abandonnant à leur violence : a Raicti sumus sicut oves occisionis ^ : » il est donc foible en ces deux états. Mais peut-être que parmi ses frères, où la grâce de l'apostolat et l'autorité du gouvernement lui donnent un rang si considérable, ce grand homme paroîtra plus fort? Non, Fidèles, ne le croyez pas: c'est là que vous le verrez plus infirme. 11 se souvient qu'il est le disciple de celui qui a dit dans son Évangile, qu'il n'étoit pas venu pour être servi, mais afin de servir lui-même^ c'est pourquoi il ne gouverne pas les fidèles, en leur faisant supporter îe joug d'une autorité superbe et impérieuse; mais il les gouverne par la charité, en se faisant infirme avec eux : « Factus sum infirmis « infirmus; » et se rendant seurviteur de tous : « Omnium me servum « feci *. » Il est donc infirme partout, soit qu'il prêche, soit qu'il combatte , soit qu'il gouverne le peuple de Dieu par l'autorité de l'apostolat; et ce qui est de plus admirable, c'est qu'au milieu de tant de foiblesse, il nous dit d'un ton de victorieux, qu'il est fort, qu'il est puissant, qu'il est invincible : « Cum enim infirmer, tune potens ce sum. »
Ah ! mes Frères, ne voyez-vous pas la raison qui lui donne cette hardiesse? C'est qu'il sent qu'il est le ministre de ce Dieu, qui se faisant foible n'a pas perdu sa toute-puissance. Plein de cette haute pensée, il voit sa foiblesse au-dessus de tout. Il croit que ses prédications persuaderont, parce qu'elles n'ont point de force pour persuader; il croit qu'il surmontera dans tous les combats, parce qu'il n'a point d'armes pour se défendre; il croit qu'il pourra tout sur ses frères dans l'ordre du gouvernement ecclésiastique, parce qu'il s'abaissera à leurs pieds, et se rendra l'esclave de tous par la servitude de la charité. Tant il est vrai que dans toutes choses il est puissant en ce qu'il est foible, puisqu'il met la force de persuader dans la simplicité du discours, puisqu'il n'espère vaincre qu'en soufi'rant, puisqu'il fonde sur sa servitude toute l'autorité de son ministère. Voilà, Messieurs, trois infirmités, dans lesquelles je prétends montrer la puissance du divin apôtre : soyez, s'il vous plaît, attentifs; et considérez dans ce premier point la foiblesse victorieuse de ses prédications toutes simples.
PREMIER POINT
Je ne puis assez exprimer combien grand, combien admirable est le spectacle que je vous prépare dans cette première partie. Car ce que
l. T Cor. n, 4.— 2. Rom. vin, 36.— 3. Matth. xx , 28— 4. / t,.". ix, i9, 22
les plus giands hommes de Tantiquité ont souvent désiré de voir, c'est ce que je dois vous représenter : saint Paul prêchant Jésus- Christ au monde, et convertissant les cœurs endurcis par ses divines prédications. Mais n'attendez pas, Chrétiens, de ce céleste prédicateur, ni la pompe ni les ornements dont se pare l'éloquence humaine. Il est trop grave et trop sérieux pour rechercher ces délicatesses; ou, pour dire quelque chose de plus chrétien et de plus digne du grand apôtre, il est trop passionnément amoureux des glorieuses bassesses du christianisme, pour vouloir corrompre par les vanités de l'éloquence séculière la vénérable simplicité de l'Évangile de Jésus-Christ. Mais, afin que vous compreniez quel est donc ce prédicateur, destiné par la Providence pour confondre la sagesse humaine, écoutes la description que j'en ai tirée de lui-même dans la première aux Corinthiens.
Trois choses contribuent ordinairement à rendre un orateur agréable et efficace : la personne de celui qui parle, la beauté des choses qu'il traite, la manière ingénieuse dont il les explique; et la raison en est évidente. Car l'estime de l'orateur prépare une attention favorable, les belles choses nourrissent l'esprit, et l'adresse de les expliquer d'une manière qui plaise les fait doucement entrer dans le cœur. Mais de la manière que se représente le prédicateur dont je parle, il est bien aisé de juger qu'il n'a aucun de ces avantages.
Et premièrement, Chrétiens, si vous regardez son extérieur, il avoue lui-même que sa mine n'est point relevée : « Praesentia corporis ina firma'; »et si vous considérez sa condition, il est pauvre, il est méprisable, et réduit à gagner sa vie par l'exercice d'un art mécanique. De là vient qu'il dit aux Corinthiens : « J'ai été au milieu de vous avec beaucoup de crainte et d'infirmité' ; » d'où il est aisé de comprendre combien sa personne étoit méprisable. Chrétiens, quel prédicateur pour convertir tant de nations !
Mais peut-être que sa doctrine sera si plausible et si belle, qu'elle donnera du crédit à cet homme si méprisé. Non, il n'en est pas de la sorte : « Il ne sait, dit-il, autre chose que son Maître crucifié : » « Nou a judicavi me scire ahquid inter vos, nisi Jesum Christum et hune « crucifixum ' : » c'est-à-dire qu'il ne sait rien que ce qui choque, que ce qui scandalise, que ce qui paroît folie et extravagance. Comment donc peut-il espérer que ses auditeurs soient persuadés? Mais, grand Paul, si la doctrine que vous annoncez est si étrange et si difficile, cherchez du moins des termes polis, couvrez des fleurs de la rhétorique cette face hideuse de votre Évangile, et adoucissez son austérité par les charmes de votre éloquence. A Dieu ne plaise, répond ce grand homme, que je mêle la sagesse humaine à la sagesse du Fils de Dieu : c'est la volonté de mon Maître que mes paroles ne soient pas moins rudes que ma doctrine paroît incroyable : « Non in persua- « sibilibus humanae sapientiae verbis*. » C'est ici qu'il nous faut entendre les secrets de la Providence. Élevons nos esprits. Messieurs, et
1. JI Cor. X, 10. —2. / Cor. u, 3. — 3. Ibid., 2. — 4. Ibid.. 4.
considérons les raisons pour lesquelles ie Père céleste a choisi ce prédicateur sans éloquence et sans agrément, pour porter par toute la terre, aux Romains, aux Grecs, aux Barbares, aux petits, aux grands aux rois mêmes, l'Évangile de Jésus-Christ.
Pour pénétrer un si grand mystère, écoutez le grand Paul luimême, qui, ayant représenté aux Corinthiens combien ses prédications avoient été simples, en rend cette raison admirable : c'est, dit-il, que a nous vous prêchons une sagesse qui est cachée, que les princes de ce monde n'ont pas reconnue : » « Sapientiam quse abscondita est '.» Quelle est cette sagesse cachée? Chrétiens, c'est Jésus-Christ même. Il est la sagesse du Père; mais il est une sagesse incarnée, qui, s'étant couverte volontairement de l'infirmité de la chair, s'est cachée aux grands de la terre par l'obscurité de ce voile. C'est donc une sagesse cachée; et c'est sur cela que s'appuie le raisonnement de l'apôtre. Ne vous étonnez pas, nous dit-il, si prêchant une sagesse cachée, mes discours ne sont point ornés des lumières de l'éloquence» Cette merveilleuse foiblesse, qui accompagne la prédication, est une suite de l'abaissement par lequel mon Sauveur s'est anéanti, et comme il a été humble en sa personne , il veut l'être encore dans son Évangile.
Admirable pensée de l'apôtre, et digne certainement d'être méditée. Mettons-la donc dans un plus grand jour, et supposons avant toutes choses que le Fils éternel de Dieu avoit résolu de paroître aux hommes en deux dififérentes manières. Premièrement, il devoit paroître dans la vérité de sa chair; secondement, il devoit paroître dans la vérité de sa parole. Car, comme il étoit le Sauveur de tous, il devoit se montrer à tous. Par conséquent, il ne suffît pas qu'il paroisse en un coin du monde : il faut qu'il se montre par tous les endroits où la volonté de son Père lui a préparé des fidèles : si bien que ce même Jésus, qui n'a paru que dans la Judée par la vérité de sa chair, sera porté par toute la terre par la vérité de sa parole.
C'est pourquoi le grand Origène n'a pas craint de nous assurer que la parole de l'Évangile est une espèce de second corps que le Sauveur a pris pour notre salut. « Panis quem Dominus corpus suum esse dicit, a verbum est nutritorium animarum'. » Q'est-ce à dire ceci, Chrétiens; et quelle ressemblance a-t-il pu trouver entre le corps de notre Sauveur et la parole de son Évangile ? Voici le fond de cette pensée : c'est que la sagesse éternelle, qui est engendrée dans le sein du Père, s'est rendue sensible en deux sortes. Elle s'est rendue sensible en la chair qu'elle a prise au sein de Marie ; et elle se rend encore sensible par les Écritures divines et par la parole de l'Évangile : tellement que nous pouvons dire que cette parole et ces Écritures sont comme un second corps qu'elle prend, pour paroître encore à nos yeux. C'est là en effet que nous la voyons : ce Jésus, qui a conversé avec les apôtres, vit encore pour nous dans son Évangile; et il y répand encore, pour notre F.alut, la parole de vie éternelle.
Après cette belle doctrine, il est bien aisé de comprendre que lapré-
i. // Cor. n, 7. — 2. In Matth. Comm. n. 85; tom. III, p. 898.
dication des apôtres, soit qu'elle sorte toute vivante de la bouche de ces grands hommes, soit qu'elle coule dans leurs écrits, pour y être portée aux âges suivants, ne doit rien avoir qui éclate. Car, mes Frères, n'entendez-vous pas, selon la pensée de saint Paul, que ce Jésus, qui nous doit paroître et dans sa chair et dans sa parole, veut être humble dans l'une et dans l'autre ?
De là ce rapport admirable entre la personne de Jésus-Christ et la parole qu'il a inspirée. « Lac est credentibus, cibus est intelligentibus.» La chair qu'il a prise a été infirme, la parole qui le prêche est simple : nous adorons en notre Sauveur la bassesse mêlée avec la grandeur. Il en est ainsi de son Écriture, tout y est grand, et tout y est bas; tout y est riche, et tout y est pauvre; et en l'Évangile, comme en Jésus- Christ, ce que l'on voit est foible, et ce que l'on croit est divin. Il y a des lumières dans l'un et dans l'autre; mais ces lumières dans l'un et dans l'autre sont enveloppées de nuages : en Jésus, par l'infirmité de la chair; et en l'Écriture divine, par la simplicité de la lettre. C'est ainsi que Jésus veut être prêché, et il dédaigne pour sa parole, aussi Dien que pour sa personne, tout ce que les hommes admirent.
N'attendez donc pas de l'apôtre, ni qu'il vienne flatter les oreilles par des cadences harmonieuses, ni qu'il veuille charmer les esprits par de vaines curiosités. Écoutez ce qu'il dit lui-même : <x Nous prêchons une sagesse cachée; nous prêchons un Dieu crucifié. » Ne cherchons pas de vains ornements à ce Dieu, qui rejette tout l'éclat du monde. Si notre simplicité déplaît aux superbes, qu'ils sachent que nous voulons leur déplaire, que Jésus-Christ dédaigne leur faste insolent, et qu'il ne veut être connu que des humbles. Abaissons-nous donc à ces humbles; faisons-leur des prédications, dont la bassesse tienne quelque chose de l'humiliation de la croix, et qui soient dignes de ce Dieu qui ne veut vaincre que par la foi blesse.
C'est pour ces solides raisons que saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin de couler avec cette douceur agréable, avec cette égalité tempérée que nous admirons dans les orateurs, paroît inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez pénétré; et les délicats de la terre, qui ont, disent-ils, les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son style irrégulier. Mais, mes Frères, n'en rougissons pas. Le discours de l'apôtre est simple; mais ses pensées sont toutes divines. S'il ignore la rhétorique, s'il méprise la philosophie, Jésus-Christ lui tient lieu de tout; et son nom qu'il a toujours à la bouche, ses mystères qu'il traite si divinement, rendront sa simplicité toute-puissante. Il ira, cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, il ira en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs; et malgré la résistance du monde, il y établira plus d'églises, que Platon n'y a gagné de disciples par cette éloquence qu'on a cru divine. Il prêchera Jésus dans Athènes, et le plus savant de ses sénateurs passera de l'aréopage en l'école de ce i3arbare. Il poussera encore plus loin ses conquêtes, il abattra aux pieds du Sauveur la majesté des faisceaux romains en la personne d'un proconsul, et il fera trembler dans leurs
tribunaux les juges devant lesquels on le cite. Rome même entendra sa voix; et un jour cette ville maîtresse se tiendra bien plus honorée d'une lettre du style de Paul, adressée à ses citoyens, que de tant de fameuses harangues qu'elle a entendues de son Cicéron.
Et d'où vient cela, Chrétiens? C'est que Paul a des moyens pour persuader que la Grèce n'enseigne pas, et que Rome n'a pas appris. Une puissance surnaturelle, qui se plaît de relever ce que les superbes méprisent, s'est répandue et mêlée dans l'auguste simplicité de ses paroles. De là vient que nous admirons dans ses admirables Épîtres une certaine vertu plus qu'humaine, qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant, qu'elle captive les entendements; qui ne flatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au cœur. De même qu'on voit un grand fleuve qui retient encore, coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse, qu'il avoit acquise aux montagnes d'où il tire son origine; ainsi cette vertu céleste, qui est contenue dans les écrits de saint Paul, même dans cette simplicité de style conserve toute la vigueur qu'elle apporte du ciel, d'où elle descend.
C'est par cette vertu divine que la simplicité de l'apôtre a assujetti toutes choses. Elle a renversé les idoles, établi la croix de Jésus, persuadé à un million d'hommes de mourir pour en défendre la gloire ; enfin, dans ses admirables Epîtres, elle a expliqué de si grands secrets, qu'on a vu les plus sublimes esprits, après s'être exercés longtemps dans les plus hautes spéculations où pouvoit aller la philosophie, descendre de cette vaine hauteur, où ils se croyoient élevés, pour apprendre à bégayer humblement dans l'école de Jésus-Christ, sous la discipline de Paul.
Aimons donc, aimons. Chrétiens, la simplicité de Jésus; aimons l'Évangile avec sa bassesse, aimons Paul dans son style rude, et profitons d'un si grand exemple. Ne regardons pas les prédications comme un divertisseme'',. ^e l'esprit; n'exigeons pas des prédicateurs les agréments de la rhétorique, mais la doctrine des Écritures. Que si notre délicatesse, si notre dégoût les contraint à chercher des ornements étrangers , pour nous attirer par quelque moyen à l'Évangile du Sauveur Jésus; distinguons l'assaisonnement, de la nourriture solide. Au milieu des discours qui plaisent, ne jugeons rien de digne de nous que les enseignements qui édifient; et accoutumons-nous tellement à aimer Jésus-Christ tout seul dans la pureté naturelle de ses vérités toutes saintes, que nous voyions encore régner dans l'Église cette première simplicité, qui a fait dire au divin apôtre : «Cum infirmor , tune potens « sum : » ce Je suis puissant, parce que je suis foible ; » mes discours sont forts, parce qu'ils sont simples ; c'est leur simplicité innocente qui a confondu la sagesse humaine. Mais, grand Paul, ce n'est pas assez : la puissance vient au secours de la fausse sagesse ; je vois les persécuteurs qui s'élèvent. Après avoir fait des discours, où votre simplicité persuade, il faut vous préparer aux combats, où votre foiblesse triompke; c'est ma seconde partie.
DEUXIÈME POINT
C'est donc un décret de la Providence, que pour annoncer Jésus- Christ les paroles ne suffisent pas : il faut quelque chose de plus violent pour persuader le monde endurci. Il faut lui parler par des plaies, il faut l'émouvoir par du sang: et c'est à force de souffrir, c'est par les supplices, que la religion chrétienne doit vaincre sa dureté obstinée. C'est, Messieurs, cette vérité, c'est cette force persuasive du sang épanché pour le Fils de Dieu, qu'il faut maintenant vous faire comprendre par l'exemple du divin apôtre; mais pour cela, remontons à la source.
Je suppose donc, Chrétiens, qu'encore que la parole du Sauveur des âmes ait une efficace divine, toutefois sa force de persuader consiste principalement en son sang; et vous le pouvez aisément comprendre par l'histoire de son Évangile. Car qui ne sait que le Fils de Dieu, tant qu'il a prêché sur la terre, a toujours eu peu de sectateurs, et que ce n'est que depuis sa mort que les peuples ont couru à ce divin Maître ? Quel est. Messieurs, ce nouveau miracle? Méprisé et abandonné pendant tout le cours de sa vie, il commence à régner après qu'il est mort. Ses paroles toutes divines, qui dévoient lui attirer les respects des hommes, le font attacher à un bois infâme; et l'ignominie de ce bois, qui devoit couvrir ses disciples d'une confusion éternelle, fait adorer par tout l'univers les vérités de son Évangile. N'est-ce pas pour nous faire entendre que sa croix, et non ses paroles, dévoient émouvoir les cœurs endurcis; et que sa force de persuader étoit en son sang répandu, et dans ses cruelles blessures?
La raison d'un si grand mystère mériteroit bien d'être pénétrée, si le sujet que j'ai à traiter me laissoit assez de loisir pour la mettre ici dans son jour. Disons seulement en peu de paroles, que le Fils de Dieu s'étoit incarné, afin de porter sa parole en deux endroits différents : il devoit parler à la terre, et il devoit encore parler au ciel. Il devoit parler à la terre par ses divines prédications; mais il avoit aussi à parler au ciel par l'effusion de son sang, qui devoit fléchir sa rigueur, en expiant les péchés du monde. C'est pourquoi l'apôtre ^aint i'aul dit que a le sang du Sauveur Jésus crie bien mieux que celui d'Abel : » a Melius clamantem quam Abei ' ; » parce que le sang d'Abel demande vengeance, et le sang de notre Sauveur fait descendre la miséricorde. Jésus-Christ devoit donc parler à son Père, aussi bien qu'aux hommes; au ciel, aussi bien qu'à la terre.
Mais il faut remarquer ici un secret de la Providence : c'est que c'éloit au ciel qu'il falloit parler, afin que la terre fût persuadée. Et cela, pour quelle raison? C'est que la grâce divine, qui devoit amollir les cœurs, devoit être envoyée du ciel. Par exemple, vous avez beau semer votre grain sur celte terre toute desséchée, vous recueillerez peu de fruit, si la pluie du ciel ne la rend féconde. Il en est à peu près de même dans la vérité que je vous explique. Lorsque mon Sau-