Joan. vni, 12. — 2. 1 Joan. n, 4. — 3. Ibid., xiv
qu'en reconnoissant Jésus-Christ, il a posé la première pierre, et établi le fondement de la foi. L'Apôtre enseigne aux Colossiens, que « nous sommes fondés sur la foi, et que c'est la fermeté de ce fondement qui nous rend immobiles et inébranlables dans l'espérance de l'Évangile : » « In fide fundati, et stabiles, et immobiles a spe Evana gelii '. » Et ensuite le même saint Paul définit la foi, a l'appui et le fondement des choses qu'il faut espérer ^ » C'est pourquoi le saint concile de Trente, suivant les traces de cette doctrine, nous décrit aussi la foi en ces termes : « Humanae salutis initium, fundamentum a et radix totius juslificationis' : » a Le commencement du salut de l'homme, la racine et le fondement de toute la justice chrétienne. »
Cette qualité de fondement, attribuée à la foi par le Saint-Esprit met, ce me semble, dans un grand jour la vérité que j'annonce; et il est maintenant bien aisé d'entendre que la foi n'est pas destinée pour attirer des regards curieux, mais pour fonder une conduite constante et réglée. Car qui ne sait. Chrétiens, qu'on ne cherche pas la curiosité dans le fondement que l'on cache en terre, mais la solidité et la consistance? Ainsi la foi chrétienne n'est pas un spectacle pour les yeux, mais un appui pour les mœurs. Ce fondement est mis dans l'obscurité; mais ce fondement est établi avec certitude. Telle est la nature de la foi, laquelle, comme vous voyez, ne pouvant avoir l'évidence qui satisfait la curiosité , mais seulement la fermeté et la certitude capable de soutenir la conduite, il est aisé de comprendre qu'elle déploie toute sa vertu à nous appliquer à l'action, et non à nous arrêter à la connoissance.
Sainte Catherine, Messieurs, surmontant par la grandeur de son génie la foi blesse ordinaire de son sexe, avoit appris, dès sa tendre enfance, toutes les sciences curieuses qui peuvent ou égayer, ou polir, ou enfin illuminer un esprit bien fait. Mais le Maître, qui l'enseignoit au dedans, avoit rempli son esprit de connoissances bien plus pénétrantes. Aussi le chaste amour qu'elle avoit pour elles l'avoit tellement touchée, que, méprisant tout le reste, elle rappeloit de toutes parts ses autres pensées pour les réduire à la foi, pour les appuyer sur ce fondement, pour ensuite les appliquer de toute sa force aux saintes et bienheureuses pratiques de la piété chrétienne.
Si je ne me trompe, Messieurs, souvent elle méditoit ce raisonne ment, et je ne me trompe pas; car quiconque est rempli de l'esprit de Dieu, s'il ne le fait pas dans la même forme que j'ai dessein de le proposer, il ne laisse pas toutefois d'être persuadé de son efficace. Voici donc le raisonnement de la sainte que nous honorons, ou plutôt le raisonnement du vrai chrétien, que chacun de nous doit faire en soimême : J'ai cru à la parole du Fils de Dieu; j'ai reçu la doctrine de son Évangile; j'ai posé parce moyen un bon fondement, fondement assuré et inébranlable, contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront pas : c'est le fondement de la foi, capable de soutenir immuablement la conduite de la vie présente^ et l'espérance de la vie future.
l. Col. i, 23. —2. Heb. XI, t. — 3. StBS. VI, cap. 8.
Mais qui dit fondement, dit le commencement de quelque édifice; et qui dit fondement, dit le soutien de quelque chose. Que si la foi n'est encore qu'un commencement, il faut donc achever l'ouvrage; et si la foi doit être un soutien, c'est une nécessité de bâtir dessus. Notre sainte voit si clairement dans une lumière céleste cette conséquence Importante, qu'elle n'a point de repos jusqu'à ce qu'elle ait bâti sur la foi , et réduit sa connoissance en pratique. Mais un commencement aussi beau qu'est celui de la foi en Notre-Seigneur demande , pour y répondre, un bâtiment magnifique; et un soutien aussi ferme, aussi solide, attend quelque structure hardie, et quelque miracle d'architecture, si je puis parler de la sorte. Remplie de cette pensée, elle ne médite plus rien qui soit ordinaire; elle n'a plus dans l'esprit que des choses qui surpassent toute la nature; le martyre, la virginité : celui-là capable de nous faire vaincre toute la fureur des démons, de nous élever au-dessus de la violence des hommes ; celle-ci donnée pour nous égaler à la pureté des esprits célestes.
Et plût à Dieu, Chrétiens, que nous eussions aujourd'hui compris, à l'exemple de cette sainte, que quelque grande que soit la foi, quelque lumineuse que soit la science qui est appuyée sur ces principes, tout cela n'est encore qu'un commencement de l'œuvre qui se prépare. Peut-être que nous rougirions de nous arrêter dès le premier pas, et que nous craindrions de nous attirer ce reproche de l'Évangile : a. Hic « homo cœpit aedificare', r voilà cet homme inconsidéré, ce fou, cet insensé, qui fait un grand amas de matériaux, et qui ayant posé tous les fondements d'un édifice superbe et royal, tout d'un coup a quitté l'ouvrage, ei, laissé tous ses desseins imparfaits. Quelle légèreté, ou quelle imprudence!
Mais pensons à nous. Chrétiens : c'est nous-mêmes qui sommes cet homme insensé. Nous avons commencé un grand bâtiment, nous a\C?<? déjà établi la foi qui en est le fondement immuable, qui rend présentes les choses qu'on espère : a Sperandarum substantia rerum , » dit l'Apôtre'. Pour poser ce fondement de la foi, quel effort a-t-il fallu faire ? Le fonds destiné pour le bâtiment étoit plus mouvant que le sable : car est-il rien de moins fixe que l'esprit humain, toujours variable en ses pensées, vague en ses désirs, chancelant dans ses résolutions? Il a fallu l'affermir : que de miracles, que de souffrances, que de prophéties, que d'enseignements, que d'inspirations, que de grâces ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avoit d'un côté des hauteurs superbes qui s'élevoient contre Dieu, l'opiniâtreté et la présomption; il a fallu les abattre et les aplanir : de l'autre, des précipices affreux, l'erreur, Tignorance, l'irrésolution, qui menaçoient de ruine; il a fallu les combler. Enfin, que n'a-t-il pas fallu entreprendre, pour poser ce fondement de la foi? Et après de si grands efforts et tant de préparatifs extraordinaires, on abandonne toute l'entreprise, et on met des fondements sur lesquels on ne bâtit rien : peut- On voir une pareille folie? Insensés, ne voyons-nous pas que ce fon-
i. Luc. xrv, 30. — 2. Heb. xi, l.
dément attend l'édifice, que ce commencement de la foi demande sa perfection pour la bonne vie, et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu'on néglige de les achever, rendent hautement témoignage contre notre folle et téméraire conduite? « Hic homo cœpit a sedificare, et non potuit ccnsummare. »
Mais poussons encore plus loin, et par le même principe, disons, insistons toujours : Quelles choses devons-nous bâtir sur ce fondement de la foi ? Quelles autres choses? Messieurs, il est bien aisé de l'entendre : des choses proportionnées au fondement même, des œuvres dignes de la foi que nous professons. Car un architecte avisé, qui conduit son entreprise avec art, proportionne de telle sorte le fondement avec l'édifice, qu'on mesure et qu'on découvre déjà l'étendue, l'ordre, les hauteurs de tout le palais, en voyant la profondeur, les alignements, la solidité des fondations. Ne doutez pas qu'il n'en soit de même, Messieurs, de l'édifice dont nous parlons, qui est la vie chrétienne et spirituelle. Que cet édifice est bien entendu! Que l'architecte est habile, qui en a posé le fondement! Mais de peur que vous en doutiez, écoutez l'apôtre saint Paul : a J'ai, dit-il, établi le fondement, ainsi qu'un sage architecte : » a Ut sapiens architectus fundamentum «t posui '. » Mais peut-être s'est-il trompé. A Dieu ne plaise, Messieurs, car il n'agit pas, dit-il, de lui-même : « il agit selon la grâce qui lui est donnée; -o il bâtit suivant les lumières qu'il a reçues : a Secundum « gratiam quae data est mihi, » Il a donc gardé toutes les mesures; et il ne pouvoit se tromper, parce qu'il ne faisoit que suivre le plan qui lui avoit été envoyé d'en haut : a Secundum gratiam quae data est « mihi. » Que s'il a conduit toute l'entreprise suivant les instructions et les règles d'une architecture céleste, qui doute qu'il n'ait gardé toutes les mesures; et ainsi que le bâtiment et Tordre de l'édifice ne doivent répondre au fondement qu'a posé ce sage entrepreneur ?
C'est pour cela. Chrétiens, qu'il n'y a rien de plus grand . ni de plus magnifique que cet édifice, parce qu'il a rien de plus précieux, de plus solide que ce fondement. Car dites-nous, ô grand Paul, quel fondement avez-vous posé ? ^''entendez-vous pas sa réponse ? a On ne peut point, dit-il, poser d'autre fondement, sinon celui que j'ai mis, qui est Jésus-Christ? » « Fundamentum aliud nemo potest ponere praeter « id quod positum est, quod est Christus Jésus'.» Q le merveilleux fondement, qui est établi en nous par la foi I et que saint Paul a raison de nous avertir de prendre garde avec soin à ce que nous aurons à bâtir dessus! « Unusquisque videat quomodo superaedificet 3. » Certainement, Chrétiens, sur un fondement si divin, il ne faut rien élever qui ne soit auguste : si bien que toute la science des saints consiste à connoltre ce fondement, et toute la pratique de la sainteté à savoir ériger dessus des choses qui lui conviennent, des œuvres qui sentent son esprit, des mœurs tirés sur ses exemples, une vie toute formée sur ses préceptes, sur sa doctrine.
Ainsi sainte Catherine ayant établi ce fondement, plus elle en con-