Cor. m, 10. —2. Ibid., 11. 3- Ibid. flo
noissoit la dignité par la science des saints, plus elle s'étudioit à bâtir dessus un édifice proportionné; et il est aisé de l'entendre. Un Dieu s'est humilié et anéanti; voilà, Messieurs, le fondement. Qu'est-ce que notre sainte a bâti dessus? Un mépris de son rang et de sa noblesse, pour se couvrir tout entière des opprobres de Jésus-Christ, et de la glorieuse infamie de son Évangile. Un Dieu est né d'une vierge : voilà le fondement du christianisme; et Catherine érige dessus, quoi? l'amour immortel et incorruptible de la pauvreté virginale. Un Dieu a comparu, dit le saint Apôtre ' , devant le tribunal de Ponce-Pilate , pour y rendre un témoignage fidèle : voilà le fondement de la foi , et je vois sainte Catherine, qui, pour bâtir sur ce fondement, marche au trône des empereurs, pour y rendre un témoignage semblable, et y soutient invinciblement la vérité de l'Évangile. Si Jésus est étendu sur la croix, Catherine se présente aussi pour être étendue sur une roue : si Jésus donne tout son sang, Catherine lui rend tout le sien : et enfin , en toute manière , il n'y a rien de plus convenable que ce fondement et cet édifice.
Chrétiens, il est véritable : le même fondement est posé en nous par la grâce du saint baptême , et par la profession du christianisme. Mais que l'édifice est différent, que le reste de la structure est dissemblable ! Est-ce vous, ô divin Jésus, qui êtes le fondement de notre foi? Pourquoi donc ce mélange indigne de nos désirs criminels avec ce divin fondement? 0 foi et science des chrétiens! ô vie et pratique des chrétiens! Est-il rien de plus opposé, ni de plus discordant que vous êtes ? Voyez la bizarrerie. Un fondement d'or et de pierres précieuses ; un bâtiment de bois et de paille. Je parle avec l'Apôtre % qui nous représente par là les péchés, matière vraiment combustible, et propre à exciter et entretenir le feu de la vengeance divine. 0 foi, que vous êtes pure! ô vie, que vous êtes corrompue! Quels yeux ne seroient pas choqués d'une si haute inégalité, si on la regardoit avec attention? et faut-il autre chose que la sainteté de ce fondement, pour convaincre l'extravagance criminelle de ceux qui ont élevé cet édifice.
ÉveilloDS-nous donc, Chrétiens; et que ce mélange prodigieux de Jésus-Christ et du monde, commençant à offenser notre vue, nous presse à nous accorder avec nos propres connoissances. Car comment nous pouvons-nous supporter nous-mêmes, en croyant de si grands mystères, et les déshonorant tout ensemble par un mépris si outrageux? « Ne porterons-nous donc le nom de chrétiens, que pour déshonorer Jésus-Christ? » « Dicuntur christiani ad contumeliam Christi^.». Quelle crainte vous peut empêcher de bâtir sur ces fondements ? Ce qu'on vous prêche est grand, je le sais : se haïr soi-même, dompter ses passions, se contraindre, se mortifier, vaincre ses plaisirs, mépriser non-seulement ses biens, mais sa vie, pour la gloire de Jésus- Christ; j'avoue que l'entreprise est hardie : mais voyez aussi, Chrétiens, combien ce fondement est inébranlable. Quoi I vous n'appuyez dessus
1. I Tim. VI, 13. — 2. / Cor. ni, 12. 3. Salv., De gub. Dei, lib. vni, n. 2.
qu'en tremblant, comme s'il étoit douteux et mal affermi : voua marchez dessus d'un pas incertain, vous n'osez y mettre qu'un pied, et tenez l'autre posé sur la terre comme si elle étoit plus ferme. Et pour« quoi chancelez-vous si longtemps entre Jésus-Christ et le monde ? Que vous sert de connoître les vérités saintes, si vous n'allez point après Ifc lumière qu'elles allument devant vos yeux?
O Jésus, ô divin Jésus, nous allons changer aujourd'hui par votre grâce une conduite si déréglée; nous ne voulons plus de lumières que pour les réduire en pratique. Nous ne désirons de croître en science, que pour nous affermir dans la piété : nous ferons céder au désir de faire, la curiosité de connoître; et nous fortifierons notre volonté par la modération de notre esprit. Ainsi ayant appris saintement à profiter au dedans de notre science, nous pourrons la produire ensuite dans le même esprit que notre sainte, pour glorifier la vérité par un témoignage fidèle : c'est ma seconde partie.
DEUXIÈME POINT
La vérité est un uîen commun : quiconque la possède, la doit à se frères, selon les occasions que Dieu lui présente : et a quiconque se veut rendre propre ce bien public de la nature raisonnable, mérite bien de le perdre, et d'être réduit, dit saint Augustin, à ce qui est véritablement le propre de Tesprit de l'homme, c'est-à-dire, le mensonge et l'erreur : » « Quisquis suum vult esse quod omnium est, a oc communi propellitur ad sua, id est, a veritate ad mendacium '. »
Par ce principe, Messieurs, celui que Dieu a honoré du don de science est obligé d'éclairer les autres. Mais comme en faisant connoître la vérité, il se fait paroltre lui-même, et que ceux qui sont instruits par son entremise, lui rendent ordinairement des louanges, comme une juste reconnoissance d'un si grand bienfait; il est à craindre qu'il ne se corrompe par les marques de la faveur publique, et qu'il ne perde sa récompense par un désir empressé de la recevoir.
Que si les têtes les plus fortes sont souvent émues d'un encens si délicat et si pénétrant, combien plus celle d'une jeune fille, en qui l'opinion de science est d'autant plus applaudie , qu'elle est plus extraordinaire en son sexe? C'est ici le miracle de la main de Dieu dans la sainte que nous honorons; et quoique ce soit un grand prodige de voir Catherine savante, c'est encore quelque chose de plus surprenant de voir Catherine modeste, et ne se servir de cette science que pour Taire régner Jésus-Christ.
Les dames modestes et chrétiennes voudront bien entendre en ce lieu les vérités de leur sexe. Leur plus grand malheur. Chrétiens, c'est qu'ordinairement le désir de plaire est leur passion dominante; ei comme pour le malheur des hommes elles n'y réussissent que trop facilement, il ne faut pas s'étonner si leur vanité est souvent extrême, étant nourrie et fortifiée par une complaisance presnue universelle. Qui
1. Coiifess., lib. XII, cap. xxv, tom.' I, col. '221. BosauET. — V
162 PAN,ÉG-YnlQaE
^e voit avec quelle pompe elles étalent cette beauté qui ne fait que colorer la superficie? Que si elles se sentent dans l'esprit quelques avantages plus considérables, combien les voit-on empressées à les faire éclater dans leurs entretiens? et quel paroît leur triomphe, lorsqu'elles s'imaginent charmer tout le monde ? C'est la raison principale pour laquelle, si je ne me trompe, on les exclut des sciences; parce que, quand elles pourroient les acquérir, elles auroient trop de peine à les porter : de sorte que si on leur défend cette application, ce n'est pas tant, à mon avis, dans la crainte d'engager leur esprit à une entreprise trop haute, que dans celle d'exposer leur humilité à une épreuve trop dangereuse.
Pour guérir en elles cette maladie, l'Église leur propose sainte Catherine au milieu d'une assemblée de philosophes, également victorieuse de leurs flatteries et de leurs vaines subtilités, et se démêlant d'une même force des pièges qu'ils tendent à son esprit, et des embûches qu'ils dressent à sa modestie : « A laqueo lingu8e iniquae, et a la- « biis operantium mendacium '. » C'est qu'elle sait, Chrétiens, que ce beau talent de science ne lui a pas été confié pour en tirer avantage, et lors même que Dieu nous le donne, qu'il n'est pas à nous, pour deux raisons. Premièrement il n'est pas à nous , non plus que les autres dons de la grâce, parce qu'il nous est élargi d'en haut. Mais outre cette raison générale, qui est que ce don ne vient pas en nous de nous-mêmes, il a ceci de particulier, qu'il ne nous est pas donné pour nous-mêmes. Car la théologie n'ignore pas, et je le dirai en passant, que la science n'est pas de ces grâces qui nous rendent plus agréables à la divine majesté ; mais de cette autre espèce de grâces qui sont communiquées pour le bien des autres, tel qu'est, comme chacun sait, le don des miracles. Comme donc nous ne sommes pas plus saints ni plus justes pour être éclairés par la science, je ne crains point de vous dire que ce n'est pas un avantage particulier : car c'est une espèce de trésor public, auquel ceux qui le possèdent peuvent bien prendre leur part pour leur instruction, comme les autres enfants de l'Église; mais dont ils ne peuvent se donner la gloire, non plus que s'attribuer la propriété, sans une espèce de vol sacrilège. Car si l'on nous défend de nous glorifier de ce qui nous est donné pour nous-mêmes, combien moins le devons-nous faire de ce qui nous est donné pour les autres, pour toute l'Église !
Ainsi la science chrétienne ne se doit jamais produire au dehors, pour se faire admirer elle-même. Elle a un plus digne office, dont elle se doit tenir assez glorieuse, c'est de faire paroître Jésus-Christ; et la raison en est évidente. Quand on présente au miroir quelque beau visage, dites-le-moi. Chrétiens, n'est-ce pas pour faire paroître, non la glace, mais le visage? et tout l'honneur du miroir, si je puis parler de la sorte, n'est que dans une fidèle représentation. La science du christianisme, qu'est-ce autre chose qu'un miroir fidèle et céleste, dans lequel Jésus-Christ se représente? Quand Jésus-Christ donne à ses fi-