Pet. Il, 3. — 2. Pi. XV
comptes, ce grand économe ne rougira pas de partager avec vous un profit si honorable. li recevra de votre naain ces âmes que vous lui aurez amenées, et de sa part, pour reconnoître un si beau travail. Venez, dira-t-il, serviteur fidèle, qui avez fait valoir mon dépôt en mon esprit et selon mes ordres; il est temps que vous receviez votra récompense.
Quelle sera la proportion de cette glorieuse récompense? Le prophète Daniel nous le fait entendre : « Qui docti fuerint, fulgebunt quasi a splendor firmamenti ; et qui ad justitiam erudiunt multos , quasi stellae a in perpétuas aeternitates * : » a Ceux, dit-il, qui auront appris des autres la sainte doctrine, brilleront comme la splendeur du firmament; et ceux qui l'auront enseignée, paroîtront comme des étoiles durant toute l'éternité. » Où vous voyez, Chrétiens, par quelle sage disposition de la justice divine ceux qui ont reçu d'ailleurs leurs instructions sont comparés au firmament qui luit seulement par réflexion de la lumière des astres; mais que ceux qui ont éclairé l'Eglise par la doctrine de vérité sont eux-mêmes des astres brillants, et sources d'une lumière vive et immortelle.
Ainsi sainte Catherine réjouit par un double éclat la céleste Jérusalem. Elle est toute lumineuse pour avoir appris humblement, et fidè* lement pratiqué ce qu'on enseigne de plus excellent dans l'école de Jésus-Christ : mais cet éclat est relevé au centuple, parce qu'elle a répandu bien loin les lumières de la science de Dieu, et qu'elle a fait luire sur plusieurs âmes les vérités éternelles.
Ne croyez pas, Chrétiens, que ceux qui ont reçu dans l'Eglise le ministère d'enseigner les autres soient les seuls à prétendre à cette récompense, que même une fille a pu mériter. Tous les fidèles de Jésus-Christ doivent espérer cette gloire, parce que tous doivent travailler à s'édifier mutuellement par de saintes instructions. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul avertit en général les enfants de Dieu, qu'ils doivent assaisonner leurs discours du sel de la sagesse divine : « Sermo a vester semper in gratia sale sit conditus, ut sciatis quomodo opor- « teat vos inicuique respondere^ ; » «Que votre entretien soit toujours édifiant, et assaisonné du sel de la sagesse; en sorte que vous sachiez comment vous devez répondre à chaque personne. » 0 que ces conversations sont remplies de grâce, et que ce sel a de force pour faire prendre goût à la vérité ! Lorsqu'on entend les prédicateurs , je ne sais quelle accoutumance malheureuse de recevoir par leur entremise la parole de l'Évangile, fait qu'on l'écoute de leur bouche plus nonchalamment. On s'attend qu'ils reprendront les mauvaises mœurs, on dit qu'ils le font d'office ; et l'esprit humain indocile y fait moins de réflexion. Mais quand un homme que l'on croit du monde, simplement et sans afl'ectation, propose de bonne foi ce qu'il sent de Dieu en lui-même; quand il ferme la bouche à un libertin qui fait vanité du vice, ou qui raille impudemment des choses sacrées, encore une fois, Chrétiens, qu'une telle conversation, assaisonnée de ce sel de