‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 60 sur 221 · SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

ment sera-t-il possible de marcher dans le même moment en des lieux si différents, et ?ur des chemins si contraires ? Toutefois nous nous trompons, Chrétiens; ce n'est qu'une fausse apparence; et si nous savons pénétrer les mystères du christianisme et la doctrine de notre Évangile, nous demeurerons convaincus que ces deux objets que l'on nous présente, quoiqu'ils semblent fort opposés, sont unis nécessairement d'une liaison très-étroite. Car, dites-moi, je vous prie, mes frères, qu'est-ce que le ciel? qu'est-ce que ce séjour glorieux? C'est le lieu que Dieu nous prépare pour y recevoir la miséricorde. Et les chambres des pauvres infirmes; les lits, non de repos et de sommeil, mais d'inquiétudes et de veilles laborieuses où nous les voyons attachés? C'est le lieu que Dieu nous destine pour y faire la miséricorde. Et maintenant ne voyez-vous pas quelle liaison il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée ? <r Bienheureux les miséricordieux ; » voilà ceux qui exercent la miséricorde : a parce qu'ils obtiendront la mit^éricorde : » et voilà ceux qui la reçoivent. Ne croyons donc pas. Chrétiens, que ce soient deux choses fort éloignées de regarder en un seul discours les heureux et les misérables. Vous voyez que notre Sauveur met ensemble les uns et les autres; et cela, pour quelle raison? C'est qu'en nous montrant le lieu bienheureux où il répand sur nous la miséricorde, il nous fait voir où il nous faut tendre : et en nous parlant du lieu où nous la pouvons exercer, il nous montre le droit chemin par lequel nous y pouvons arriver. Ouvrez vos mains, dit notre Sauveur; ouvrez-les du côté de Dieu, ouvrez- les du côté des pauvres : ouvrez pour recevoir, ouvrez pour donner. Si vous fermez vos entrailles sur les nécessités de vos frères, la source de la miséricorde divine se tarira aussitôt sur vous : ouvrez-leur et votre cœur et vos mains, elle coulera avec abondance. C'est, mes Frères, cette liaison et cette concorde admirable entre la miséricorde que nous espérons, et la miséricorde que nous exerçons, que j'espère traiter en deux points avec le secours de la grâce. Je vous représenterai avant toutes choses avec quelle libéralité Dieu exerce sur nous sa miséricorde, lorsqu'il nous reçoit dans son paradis : et après je tâcherai de vous faire voir combien cette abondance de miséricorde que le Père céleste témoigne envers nous, en nous appelant à sa gloire, nous oblige d'avoir de tendresse pour nos frères qui sont ses enfants et les membres de son Fils unique. C'est le sujet de tout ce discours.

PREV'BR POINT.

Commençons avec allégresse à publier les miséricordes que notre ion Père eierc*' sur nous, lorsqu'il daigne nous appeler à la gloire de ion royaume. Disons, confessons, publions que nous n'y pouvons enrer que par grâce, par un pur effet de bonté, par un sentiment de Xiiséricorde. Et le Sauveur nous le dit dans notre Évangile : a miserit cordiam consequentur ', » « ils obtiendront miséricorde'. «Quelle pst

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