La traduction des textes latins a étc ajoutie par Deforis
cette miséricorde que le Fils de Dieu leur promet? Je soutiens que c'est la vie éternelle : « regnum cœlorura ', » « le royaume des cieux : » a Deum videbunt% » « ils verront Dieu : » « possidebunt terram^, » a ils posséderont la terre : » a terram viventium% » a la terre des vivants : » a saturabuntur S » <t ils seront rassasiés : » «inebriabuntur^,» X ils seront enivrés : » a Satiabor cum apparuerit gloriatua', » « je serai rassasié lorsque votre gloire se manifestera : » « consolabun- «tur', » «ils seront consolés : » « Absterget Deus omnem lacry- X mam^, » « Dieu essuiera toutes les larmes :» ainsi, amisericordiam x consequentur, i> « ils obtiendront la miséricorde. »
En effet, que pouvons-nous espérer; misérables bannis, enfants i'Eve, c'est-à-dire enfants de colt^re, enfants de malédiction, naturellement ennemis, chassés du paradis de délices? Si l'on nous rappelle à notre patrie, si l'on nous tire de l'abîme, que devons-nous faire autre chose que de louer la miséricorde de ce charitable Pasteur qui nous a retirés du lac par le sang de son Testament, et nous a reportés au ciel chargés sur ses épaules? a Misericordias Domini in aeternum can- « tabo 'o, » Œ Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur : » a in aeternum, » « éternellement; » ce n'est pas seulement dans le temps, mais encore principalement dans l'éternité.
Toutefois on me pourroit dire que cela n'est pas de la sorte; la gloire leur étant donnée comme récompense, il semble que c'est plutôt la justice qui la distribue au mérite, que la miséricorde qui la donne gratuitement. Esprits saints, esprits bienheureux, ne fais-je point tort à vos bonnes œuvres? J'entends un de vous qui dit : « Bonum certa- « men certavi'*, « J'ai livré un glorieux combat. » On vous rend la couronne; mais c'est que vous avez combattu : on vous honore; mais vous avez servi on vous donne le repos; mais vous avez fidèlement travaillé : ce n'est donc pas miséricorde. A Dieu ne plaise ! mais c'est cette doctrine qui fait éclater la miséricorde. Expliquons cette doctrine: saint Augustin (nous l'a développée par ces paroles) : « Reddet omnino a Deus, et mala pro malis quoniam justus est; et bona pro malis quo- « niam bonus est; et bona pro bonis quoniam bonus et justus est '^ :» « Dieu nous rendra certainement le mal pour le mal, parce qu'il est juste : Dieu nous rendra le bien pour le mal, parce qu'il est bon : enfin Dieu nous rendra le bien pour le bien, parce qu'il est bon et juste en même temps. » A cela se rapporte toute la conduite de Dieu envers les hommes. L'une semble diminuer les autres; non point en Difeu : les ouvrages de Dieu ne se détruisent point les uns les autres. Cette justice n'est pas moins justice pour être mêlée de miséricorde; cette grâce n'est pas moins grâce pour être accompagnée de justice : au contraire, c'est le comble de la grâce et de la misé'-'corde.
Pour l'entendre encore plus profondément, considérons avec le même saint Augustin de quelle sorte les âmes saintes se présentent devant
1. Matth. V, 3. — 2. Ibid., 8. — 3. Ji>id., 4. — 4. Ps. xxvi, 13.
5. Matth. V, 6. — 6. Ps. XXXV, 9. '- 7. Ibid., xvr, 17. — 8. Matth. v, 5,