‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 62 sur 221 · Ayoc. XXI, 4. — 10. Ps. Lxxxvnr, 1. — 11. // Tim. iv · texte numérisé non relu

Ayoc. XXI, 4. — 10. Ps. Lxxxvnr, 1. — 11. // Tim. iv

12. S. Aug., De arat. et Ub. arb-, cap. XT/n, n. 4, 5, t. X, col. 744.

DE TOUS LES SAIiNTS. 173

leur Juge , devant la justice : « Redde quod promisisti , fecimus quod « jussisti ' : » «Rendez, disent-elles, ce que vous avez promis, nous avons fait ce que vous avez commandé. » Nulle onligation de justice entre Dieu et l'homme. La promesse et l'alliance l'a faite. Elle a mis quelque égalité. Qui a fait l'alliance, et qui a donné la promesse? la. miséricorde. La justice la tient; mais la miséricorde la donne, ilais pénétrons encore plus loin. Cette promesse étoit conditionnelle. Je vous ai promis le ciel : oui, si vous veniez à moi sans péché, et si vous fructifiiez dans les bonnes œuvres. Seriez-vous sans péchés, si les miséricordes ne les avoient remis? Auriez-vous de bonnes œuvres, si la grâce ne les avoit faites? « Et hoc tu fecisli, quia laboranles juvisti-: » a C'est vous, Seigneur, qui avez fait tout ce que j'ai de bien, parce que vous m'avez aidé dans le travail. »

Ne voyez-vous donc pas que la justice cherche à récompenser? mais elle ne trouve rien à récompenser que ce qu'a fait la miséricorde. Il a l'habit nuptial, il est juste qu'il soit du banquet; mais cet habit nuptial lui a été (donné) par présent : a Datum est illis ut cooperiant se « byssino splendenti et candido^ : » « Il leur a été donné de se revêtir d'un fin lin pur et éclatant. » Il faut qu'ils entrent au royaume, parce qu'ils en sont dignes: mais c'est Dieu qui les a faits dignes : leurs œuvres les suivent; mais Dieu les a faites. Dieu ne peut avec justice les rejeter de devant sa face, parce qu'ils sont revêtus de sainteté; mais saint Paul, aux Hébreux : « Aptet vos in omni bono, ut faciatis ejus « voluntatem, faciens in vobis quod placeat coram se per Jesum Chrisa tum * : v <i Que Dieu vous rende parfaits en toute bonne œuvre, afin que vous fassiez sa volonté, lui-même faisant en vous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ : » « quod placeat coram se,... in omni « bono, » oc ce qui lui est agréable.... en toute bonne œuvre. » C'est une suite de la loi éternelle par laquelle Dieu aime le bien; c'est justice : mais « aptet nos, faciat in nobis. » Il est juste que cette pierre soit mise au plus haut de cet édifice, qu'elle f;isse le chapiteau de cette colonne, qu'elle soit mise en vue sur ce piédestal;-mais c'est parce qu'il a plu à l'Ouvrier de la façonner de la sorte. Plus il y a de mérite, plus il y a de grâce : plus il y a de j ustice, plus il y a de miséricorde. C'est pourquoi les vingt-quatre vieillards jettent leurs couronnes aux pieds de l'Agneau^ Combat de Dieu et de l'homme. Dieu leur donne; voilà la justice: ils la lui rendent par actions de grâces; c'est qu'ils reconnoissentla miséricorde : a'Gratias Deo qui dédit nobis victoriam^ : » « Grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné la victoire. » Ravissement des sainU, en voyant la miséricorde divine : a Benedic, anima mea. Domino, « qui coronat te in misericordia et miserationibus' : » « 0 mon âme, s'écrient-ils, bénis le Seigneur, qui te comble des effets de sa miséricorde et de sa tendre compassion. » Voyez la miséricorde encore plus évidemment reconnue au couronnement : a Qui replet in bonis desia derium» : » « C'est lui qui remplit tous nos désirs par l'abonuance

1. Serm. CLvnr, n. 2, tom. V, col. 761. — 2. Ibid. — 3. Apor. xix. 8. 4. Heb. xni, il. — 5. Apoc. iv, 10. — 6. / Cor. xv, 57. — 7. Ps. cil, 1, 'i. 8. Ibid., 6.

de ses biens, en nous traitant selon la miséricorde. » Amour prévenant dès l'éternité, par lequel il les a choisis; par quels secrets il a touché leurs cœurs; le soin qu'il a eu de détourner les occasions, les périls infinis du voyage se connoîtront à la fin, lorsqu'ils seront arrivés, voyant les damnés, et que la seule miséricorde les a triés : « Miseri- « cordia ejus praeveniet me*, » « Sa miséricorde me préviendra : » a Misericordia ejus subsequetur me ', j' « Sa miséricorde m'accompagnera. » Le peu de proportion de leurs oeuvres avec leur gloire : « su- « pra modum, in sublimitate, seternum gloriae pondus', » a un poidà éternel d'une gloire souveraine et incomparable. » Ils ne peuvent comprendre comment une créature chétive a été capable de tant d grandeur. « Alléluia : « Dieu les loue, ils louent Dieu*. Vous avez bien fait, leur dit Dieu : oc quia digni sunt^, » a parce qu'ils en sont dignes. » C'est vous qui l'avez fait : « Omnia opéra nostra operatus es « in nobis, Domine^ : » « Vous avez. Seigneur, opéré en nous toutes nos œuvres. » C'est à ce lieu de paix que nous aspirons: c'est après cette patrie bienheureuse que notre pèlerinage soupire : c'est à cette miséricorde que nous espérons. Se peut-il faire que nous attendions tant de grâces sans en vouloir faire à nos frères ! La miséricorde nous environne de toutes parts : a Misericordia ejus circumdabit me'.» Cet exemple de notre Dieu ne nous attendrit-il pas ? Si un maître est indulgent à ses domestiques, il ne peut souffrir les insolents et les fâcheux : il veut que sa douceur serve de loi à toute sa famille. Sous un père si bon que Dieu, quelle douceur pouvons-nous prétendre si nous sommes durs et inexorables? Vous voyez donc déjà, Chrétiens, la liaison qu'il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée : mais entrons plus profondément dans cette matière, et expliquons notre seconde partie.

SECOND POINT

Je crois que vous voyez aisément que de tous les divins attributs celui que nous devons reconnoître dans un plus grand épanchement de nos cœurs, c'est sans doute la miséricorde. C'est celui dont nous dépendons le plus : nous ne subsistons que par grâce : il faut la reconnoître en la publiant, la publier en l'imitant : « Estote miséricordes, a sicut et Pater vester misericors est' : » « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » Nous ayant faits à son image, il n'aime rien plus eu nous que l'effort que nous faisons de nous conformer à ses divines perfections. Saint Paul aux Colossieus, après leur avoir montré la miséricorde divine dans la grâce de leur élection, conclut en ces termes : « Induite vos ergo sicut electi Dei, sancti et oc dilecti^ : » « Revêtez-vous donc, comme étant élus de Dieu, saints et bien-aimés, d'entrailles de miséricorde : » « electi, » élus, par mi

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