‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 80 sur 221 · I. S. Âug., de Vcra [irl., n. 3, t. 1, col · texte numérisé non relu

I. S. Âug., de Vcra [irl., n. 3, t. 1, col

vj. DeCiv. Dei, lib. VIII, cap. uo, t. VII, c. '2o7. — 3. Pt. n, 10.

relève point de leur sceptre : et si Jésus-Christ les a établis défenseurs de son Évangile, il le fait par honneur, et non par besoin; c'est pour honorer leur autorité et pour consacrer leur puissance. Cependant sa vérité sainte se soutient toujours d'elle-même et conserve son indépendance. Ainsi lorsque les princes défendent la foi, c'est plutôt la foi qui les défend; lorsqu'ils protègent la religion, c'est plutôt la religion qui les protège et qui est l'appui de leur trône. Par où vous voyez clairement que la vérité se sert des hommes, mais qu'elle n'en dépend pas: et c'est ce qui nous paroît dans toute la suite de son histoire. J'appelle ainsi l'histoire de l'Église; c'est l'histoire du règne de la vérité. Le monde a menacé, la vérité est demeurée ferme : il a usé de tours subtils et de flatteries, la vérité est demeurée droite. Les hérétiques ont brouillé, la vérité est demeurée pure. Les schismes ont déchiré le corps de l'Église, la vérité est demeurée entière. Plusieurs ont été séduits, les foibles ont été troublés, les forts mêmes ont été émus; un Osius, un Origène, un TertuUien, tant d'autres qui paroissoient l'appui de l'Église, sont tombés avec grand scandale : la vérité est demeurée toujours immobile. Qu'y a-t-il donc de plus souverain et de plus indépendant que la vérité, qui persiste toujours, immuable, malgré les menaces et les caresses, malgré les présents et les proscriptions, malgré les schismes et les hérésies, malgré toutes les tentations et tous les scandales; enfin au milieu de la défection de ses enfants infidèles, et dans la chute funeste de ceux-là même qui sembloient être ses colonnes ?

Après cela, Chrétiens, quel esprit ne doit pas céder à une autorité si bien établie? et que je suis étonné quand j'entends des hommes profanes, qui, dans la nation la plus florissante de la chrétienté, s'élèvent ouvertement contre l'Évangile ! Les entendrai-je toujours et les trouverai-je toujours dans le monde, ces libertins déclarés , esclaves de leurs passions, et téméraires censeurs des conseils de Dieu; qui tout plongés qu'ils sont dans les choses basses, se mêlent de décider hardiment des plus relevées? Profanes et corrompus, lesquels, comme dit saint Jude, « blasphèment ce qu'ils ignorent, et se corrompent dans ce qu'ils connoissent naturellement : » « Quaecumque quidem a ignorant, blasphémant; quaecumque autem naturaliter, tanquam « muta animantia, norunt, in his corrumpuntur '. » Hommes deux fois morts, dit le même Apôtre; morts premièrement, parce qu'ils ont perdu la charité; morts secondement, parce qu'ils ont même arraché la foi : a Arbores infructuosae, eradicatae, bis mortuse'! » « Arbres infructueux et déracinés, » qui ne tiennent plus à l'Église par aucun lien. 0 Dieu ! les verrai-je toujours triompher dans les compagnies et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges ?

Mais, hommes doctes et curieux, si vous voulez discuter la religion, apportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants mal à propos, dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes auestions ne se décident pas par vos

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