‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 79 sur 221 · s. Aug., de Vera Rel.^ n. 4, t. I, col · texte numérisé non relu

s. Aug., de Vera Rel.^ n. 4, t. I, col

qui retient, coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse qu'il a acquise aux montagnes d'où il tire son origine , d'où ses eaux sont précipitées.

Concluons donc, Chrétiens, que Jésus-Christ a fondé son saint Evangile d'une manière souveraine et digne d'un Dieu; et ajoutons, s'L' vous plaît, que c'étoit la plus convenable aux besoins de notre nature. Nous avons besoin parmi nos erreurs, non d'un philosophe qui dispute, mais d'un Dieu qui nous détermine dans la recherche de la vérité. La voie du raisonnement est trop lente et trop incertaine : c qu'il faut chercher est éloigné; ce qu'il fa>ut prouver est indécis. Cependant il s'agit du principe même et du fondement de la conduite, sur lequel il faut être résolu d'abord : il faut donc nécessairement en croire quelqu'un. Le chrétien n'a rien à chercher, parce qu'il trouve tout dans la foi. Le chrétien n'a rien à prouver, parce que la foi lui décide tout, et que Jésus-Christ lui a proposé de sorte les vérités nécessaires, que s'il n'est pas capable de les entendre, il n'est pas moins disposé à les croire : « Talia populis persuaderet, credenda saltem, si a percipere non valerent '. »

Ainsi, par même moyen, Dieu a été honoré, parce qu'on l'a cru, comme il est juste, sur sa parole; et l'homme a été instruit par une voie courte, parce que, sans aucun circuit de raisonnement, l'autorité de la foi l'a mené dès le premier pas à la certitude.

Mais continuons d'admirer l'auguste souveraineté de la vérité chrétienne. Elle est venue sur la terre comme une étrangère, inconnue et toutefois haïe et persécutée, durant l'espace de quatre cents ans, par des préjugés iniques. Cependant, parmi ces fureurs du monde entier conjuré contre elle, elle n'a point mendié de secours humains. Elle s'est fait elle-même des défenseurs intrépides et dignes de sa grandeur, qui, dans la passion qu'ils avoient pour ses intérêts, ne sachant que la confesser et mourir pour elle, ont couru à la mort avec tant de force, qu'ils ont effrayé leurs persécuteurs, qu'à la fin ils ont fait honte par leur patience aux lois qui les condamnoient au dernier supplice, et ont obligé les princes à les révoquer, a Orando, patiendo, a cum pia securitate moriendo, leges quibus damnabatur christiana • religio, erubescere compulerunt, mutariquijfecerunt, » dit éloquemment saint Augustin ^. »

C'étoit donc le conseil de Dieu et la destinée de la vérité, s' je puis parler de la sorte, qu'elle fût entièrement établie malgré les rois de la terre, et que, dans la suite des temps, elle les eût premièrement pour disciples, et après pour défenseurs. Il ne les a point appelés quand il a bâti son Église. Quand il a eu fondé immuablement et élevé jusqu'au comble ce grand édifice, il lui a plu alors de les appeler : « Et « nunc reges^ : » Venez, a. rois, maintenant. » Il les a donc appelés, non point par nécessité, mais par grâce. Donc l'établissement delà vérité ne dépend point de leur assistance, ni l'empire de la vérité ne

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