‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 82 sur 221 · Job. xn, !. —2. Scorp. n. i · texte numérisé non relu

Job. xn, !. —2. Scorp. n. i

fection de notre morale. Mais certes ces deux grâces sont inséparables. Il ne faut point deux soleils non plus dans la religion que dans la nature; et quiconque nous est envoyé de Dieu pour nous éclairer dans les mœurs, le même nous donnera la connoissance certaine des choses divines qui sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Disons donc que le Fils de Dieu nous montre beaucoup mieux sa divinité en dirigeant sans erreur la vie humaine, qu'il n'a fait en redressant les boiteux et faisant marcher les estropiés. Celui-là doit être plus qu'homme, qui, à travers de tant de coutumes et de tant d'erreurs, de tant de passions compliquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au juste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain, c'est donner à l'homme la vie raisonnable; c'est une seconde création, plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la même sagess-a qui a formé l'homme la première fois. Enfin c'est un ouvrage si grand, que si Dieu ne l'avoit pas fait, lui-même l'envieroit à son auteur.

Aussi la philosophie l'a-t-elle tenté vainement. Je sais qu'elle a conservé de belles règles et qu'elle a sauvé de beaux restes du débris des connoissances humaines; mais je perdrois un temps infini si je voulois raconter toutes ses erreurs. Allons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l'Évangile. J'y cours, suivez-moi, mes Frères; et afin que je vous puisse présenter l'objet d'une adoration si légitime, permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de la morale chrétienne.

Elle commence par le principe. Elle rapporte à Dieu, auquel elle nous lie par un amour chaste, l'homme tout entier, et dans sa racine, et dans ses branches et dans ses fruits, c'est-à-dire dans sa nature, dans ses facultés, dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait, Chrétiens, que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais pour s'accommoder à notre foiblesse, elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attacher à Dieu par toutes les voies possibles, elle nous apprend que nous devons en tout temps et en toutes choses révérer son autorité, croire à sa parole, dépendre de sa puissance, nous confier en sa bonté, craindre sa justice, nous abandonner à sa sagesse, espérer son éternité.

Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous apprend. Chrétiens, que nous sommes nous-mêmes ses victimes; c'est pourquoi elle nous oblige à dompter nos passions emportées et à mortifier nos sens, trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a sur ce sujet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu'au fond du cœur l'étincelle qui peut causer un embrasement. Elle étoufl"e la colère, de peur qu'en s'aigrissant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n'attend pas à ôter l'épée à l'enfant après qu'il se sera donné un coup mortel; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle retient jusqu'aux yeux, par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin elle n'oublie rien pour soumettre le corps à l'esprit. l'esprit tout entier à Dieu ; et c'est là, Messieurs, notre sacrifice.

Nous avons à considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l'empire de Dieu; nous vivons en société avec Jes liommes. Après donc cette première obligation d'aimer Dieu comme notre souverain, plus que nous-mêmes, s'ensuit le second devoir d'aimer l'homme notre prochain en esprit de société, comme nous-mêmes. Là se voit très-saintement établie, sous la protection de Dieu, la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les injures et les intérêts; là l'aumône, trésor de grâces; là le pardon des injures, qui nous ménage celui de Dieu; là enfin la miséricorde préférée au sacrifice, et la réconciliation avec son frère irrité, nécessaire préparation pour approcher de l'autel. Là, dans une sainte distribution des offices de la charité, on apprend à qui on doit le respect, à qui l'obéissance, à qui le service, à qui la protection, à qui le secours, à qui la condescendance, à qui de charitables avertissements; et on voit qu'on doit la justice à tous et qu'on ne doit faire injure à personne non plus qu'à soi-même.

Voulez-vous que nous passions à ce que Jésus-Christ a institué pour -Srdonner les familles? Il ne s'est pas contenté de conserver au maïiage son premier bonheur; il en a fait un sacrement de la religion et un signe mystique de sa chaste et immuable union avec son Église. En cette sorte il a consacré l'origine de notre naissance. Il en a retranché la polygamie, qu'il avoit permise un temps en faveur de l'accroissement de son peuple, et le divorce qu'il avoit souffert à cause de la dureté des cœurs. Il ne permet plus que l'amour s'égare dans la multitude; il le rétablit dans son naturel, en le faisant régner sur deux cœurs unis, pour faire découler de cette union une concorde inviolable dans les familles et entre les frères. Après avoir ramené les choses à la première institution, il a voulu désormais que la plus sainte alliance du genre humain fût aussi la plus durable et la plus ferme, et que le nœud conjugal fût indissoluble, tant par la première force de la foi donnée que par l'obligation naturelle d'élever les enfants communs, gages précieux d'une éternelle correspondance. Ainsi il a donné au mariage des fidèles une forme auguste et vénérable, qui honore la nature, qui supporte la foiblesse, qui garde la tempérance, qui bride la sensualité.

Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables, puissants instigateurs à la vertu, aimables censeurs des vices; qui répriment la licence « sans abattre le courage? » « Ut non pusillo animo fiant'. ï> Que dirai-je de ces belles institutions par lesr^uelles et les maîtres sont équitables et les serviteurs affectionnés; Dieu même, tant il est bon et tant il est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services fidèles? « Maîtres, vous avez un maître au ciel'; serviteurs, servez comme à Dieu, car votre récompense vous est assurée'. » Qui a mieux établi que Jésus-Christ l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes ? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est due. Ils régnent sur le«

!. Coloi.t. in, 21. — 2. Ibid., iv, ! - 3. Ibid., m, 24.

corps par la force, et tout au plus sur les cœurs par l'inclination. Il leur érige un trône dans les consciences, et il met sous sa protection leur autorité et leur personne sacrée. C'est pourquoi Tertullien disoit autrefois aux ministres des empereurs : Votre fonction vous expose h beaucoup de haine et beaucoup d'envie ; « maintenant vous avez moins d'ennemis à cause de la multitude des chrétiens : » « Nunc enim pauoc ciores hostes habetis prae multitudine christianorum ». » Réciproquement il enseigne aux princes que le glaive leur est donné contre les méchants, que leur main doit être pesante seulement pour eux, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres.

Le voilà, Messieurs, ce tableau que je vous ai promis; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci, cette immortelle beauté de la morale .chrétienne. C'est une beauté sévère, je l'avoue; je ne m'en étonne pas, c'est qu'elle est chaste. Elle est exacte : il le faut , car elle est religieuse. Mais au fond quelle plus sainte morale! quelle plus belle économie, quelle politique plus juste 1 Celui-là est ennemi du genre humain, qui contredit de si saintes lois. Aussi, qui les contredit, si ce n'est des hommes passionnés qui aiment mieux corrompre la loi que de rectifier leur conscience; et, comme dit Salvien, « qui aiment mieux déclamer contre le précepte que de faire la guerre au vice? » a Mavult quilibet improbus execrari legem, quam emendare « mentem; mavult praecepta odisse quam vitia^. »

Pour moi, je me donne de tout mon cœur à ces saintes institutions. Les mœurs seules me feroient recevoir la foi. Je crois en tout à celui qui m'a si bien enseigné à vivre. La foi me prouve les mœurs; les mœurs me prouvent la foi. Les vérités de la foi et de la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes et si saintements alliées, qu'il n'y a pas moyen de les séparer. Jésus-Christ a fondé les mœurs sur la foi; et, après qu'il a si noblement élevé cet admirable édifice, serai-je assez téméraire pour dire à un si sage architecte qu'il a mal posé les fondements ? Au contraire ne jugerai-je pas par la beauté manifeste de ce qu'il me montre, que la même sagesse a disposé ce qu'il me cache?

Et vous, que direz- vous, ô pécheurs? En quoi êtes-vous blessés, et quelle partie voulez-vous retrancher de cette morale ? Vous avez de grandes difficultés : est-ce la raison qui les dicte, ou la passion qui les suggère ? Hé ! j'entends bien vos pensées : hé ! je vois de quel côté tourne votre cœur. Vous demandez la liberté. Hé! n'achevez pas, ne parlez pas davantage; je vous entends trop. Cette liberté que vous demandez, c'est une captivité misérable de votre cœur. Souffrez qu'on vous affranchisse et qu'on rende votre cœur à un Dieu à qui il est, et qui le redemande avec tant d'instances. Il n'est pas juste, mon frère, que l'on entame la loi en faveur de vos passions; mais plutôt qu'on retranche de vos passions ce qui est contraire à la loi. Car autrement que seroit-ce? chacun déchireroit le précepte : a Lacerata est lex*. »n

1. Apolog., n. 37. — 2. Salv., lib. rv, adv. Avar., Edit. Baluz., p. 312. 1. Hab. I, 4.

n'y a point d'homme si corrompu à qui quelque péché ne déplaise. Celui-là est naturellement libéral : tonnez, fulminez tant qu'il vous plaira contre les rapines, il applaudira à votre doctrine. Mais il est fier et ambitieux, il lui faut laisser venger cette injure, et envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans cette intrigue dangereuse. Ainsi toute la loi sera mutilée, et nous verrons, comme disoit le grand saint Hilaire dans un autre sujet, « une aussi grande variété dans la doctrine, que nous en voyons dans les mœurs, et autant de sortes de foi qu'il y a d'inclinations différentes : » « Tôt nunc fides existere, quot a voluntates; et tôt nobis doctrinas esse, quot mores'. »

Laissez- vous donc conduire à ces lois si saintes, et faites-en votre règle. Et ne me dites pas qu'elle est trop parfaite et qu'on ne peut y atteindre. C'est ce que disent les lâches et les paresseux. Ils trouvent obstacle à tout ; tout leur parolt impossible ; et lorsqu'il n'y a rien à craindre, ils se donnent à eux-mêmes de vaines frayeurs et des terreurs imaginaires, a. Dicit piger : Léo est in via et leaena in itineribus*. « Dicit piger : Léo est foris, in medio platearum occldendus sum^ : » « Le paresseux dit : Je ne puis partir, il y a un lion sur ma route; la lionne me dévorera sur les grands chemins. Le paresseux dit : Il y a un lion dehors; je vais être tué au milieu de la place publique. » Il trouve toujours des difficultés, «t il ne s'efforce jamais d'en, vaincre aucune. En effet, vous qui nous objectez que la loi de l'Évangile est trop parfaite et surpasse les forces humaines, avez-vous jamais essayé de la pratiquer? Contez-nous donc vos efforts; montrez-nous les démarches que vous avez faites. Avant que de vous plaindre de votre impuissance, que ne commencez- vous quelque chose? Le second pas, direz-vous, vous est impossible; oui, si vous ne faites jamais le premier. Commencez donc à marcher, et avancez par degré. Vous verrez les choses se faciliter, et le chemin s'aplanir manifestement devant vous. Mais qu'avant que d'avoir tenté, vous nous disiez tout impossible; que vous soyez fatigué et harassé du chemin sans vous être remué de votre place, et accablé d'un travail que vous n'avez pas encore entrepris : c'est une lâcheté non-seulement ridicule , mais insupportable. Au reste, comment peut-on dire que Jésus-Christ nous ait chargés par-dessous nos forces; lui qui a eu tant d'égards à notre foiblesse, qui nous offre tant de secours, qui nous laisse tant de ressources, qui, non content de nous retenir sur le penchant par le précepte, nous tend encore la main dans le précipice, par la rémission des péchés qu'il , nous présente?

TROISIÈBIE POINT.

Je vous confesse, Messieurs, que mon inquiétude est extrême dans cette troisième partie, non que j'aie peine à prouver ce que j'ai promis au commencement, c'est-à-dire l'infinité de la bonté du Sauveur,

1. S. Hilar., lih. n, ad Const., n. '», col. f227. ? Pmv. xxvu n. 3. Ibid., XXII, 13.

âl4 SERMON SUR LA DIVINITÉ

Car quelle éloquence assez sèche et assez stérile pourroit manquer de paroles? Qu'y a-t-il de plus facile, et qu'y a-t-il, si je puis parler de la sorte, de plus infini et de plus immense que cette divine bonté, qui Don-seulement reçoit ceux qui la recherchent, et se donne toute entière à ceux qui l'embrassent; mais encore rappelle ceux qui s'éloignent, et ouvre toujours des voies de retour à ceux qui la quittent? Mais les hommes le savent assez; ils ne le savent que trop pour leur malheur. Il ne faudrait pas publier si hautement une vérité de laquelle tant de monde abuse. Il faudroit le dire tout bas aux pécheurs affligés de leurs crimes; aux consciences abattues et désespérées. Il faudroit démêler dans la multitude queiqu'âme désolée, et lui dire à l'oreille et en secret : a Ah 1 Dieu pardonne sans fin et sans bornes : » « Miseri- «cordiae ejus non est numerus'.» Mais c'est lâcher la bride à la licence, que de mettre devant les yeux des pécheurs superbes cette bonté qui n'a point de bornes; et c'est multiplier les crimes, que de prêcher ces miséricordes qui sont innombrables : a Misericordiae ejus non est nu- « merus. »

Et toutefois. Chrétiens, il n'est pas juste que la dureté et l'ingratitude des hommes ravissent à la bonté du Sauveur les louanges qui luv sont dues. Élevons donc notre voix, et prononçons hautement que sa miséricorde est immense. L'homme devoit mourir dans son crime, Jésus-Christ est mort en sa place. Il est écrit du pécheur, que son sang doit être sur lui ; mais le sang de Jésus-Christ et le couvre et le protège. 0 homme, ne cherchez plus l'expiation de vos crimes dans le sang des animaux égorgés. Dussiez-vous dépeupler tous vos troupeaux par vos hécatombes, la vie des bêtes ne peut point payer pour la vie des hommes. Voici Jésus-Christ qui s'offre, homme pour les hommes, homme innocent pour les coupables, homme-Dieu pour de purs hommes et pour de simples mortels. Vous voyez donc, Chrétiens, nonseulement l'égalité dans le prix, mais encore la surabondance. Ce qui est offert est infini; et afin que celui qui offre fut de même dignité, lui-même qui est la victime, il a voulu aussi être le pontife. Pécheurs, ne perdez jamais l'espérance. Jésus-Christ est mort une fois; mais le fruit de sa mort est éternel : Jésus-Christ est mort une fois; mais a il est toujours vivant, afin d'intercéder pour nous, » comme dit le divin Apôtre \

Il y a donc pour nous dans le ciel une miséricorde infinie; mais pour nous être appliquée en terre, elle est toute communiquée à la sainte Église dans le sacrement de pénitence. Car écoutez les paroles de l'institution : « Tout ce que vous remettrez sera remis ; tout ce que vous délierez sera déliée » Vous y voyez une bonté qui n'a point de bornes. C'est en quoi elle diffère d'avec le baptême. « Il n'y a qu'un baptême, » dit le saint Apôtre, et il ne se répète plus : « Unus Domia nus, una fides, unum baptismal » Les portes de la pénitence sont toujours ouvertes. Venez dix fois, venez cent fois, venez mille fois :

1. Orat. Mis», pro gratiar, Act. — 2. Heb. vu, 2&. — 3. Matth. xvi, 19. 4. Ephes. IV, 5.

la puissance de l'Église n'est point épuisée. Cette parole sera toujours véritable : Tout ce que vous pardonnerez sera pardonné'. Je ne vois ici ni terme prescrit, ni nombre arrêté, ni mesure déterminée. Il y faut donc reconnoître une bonté infinie. La fontaine du saint baptême est appelée dans les Écritures, selon une interprétation, u une fontaine scellée, » « fons signatus*. » Vous vous y lavez une fois; on V^ referme, on la scelle; il n'y a plus de retour pour vous. Mais nous avons dans l'Église une autre fontaine, de laquelle il est écrit dans le prophète Zacharie ; « En ce jour, au jour de Sauveur, en ce jour où la bonté paroîtra au monde, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem, pour la purification du pécheur : » oc In die illa erit fons patens domui David et habitantibus ce Jérusalem, in ablutionem peccatoris*. » Ce n'est point une fontain*, scellée, qui ne s'ouvre qu'avec réserve, qui n'est point permise à tous, parce qu'elle exclut à jamais ceux qu'elle a une fois reçus : a fons si- « gnatus. » Celle-ci est une fontaine non-seulement publique, mais toujours ouverte : « Erit fons patens : » et ouverte indifféremment à tous les habitants de Jérusalem, à tous les enfants de l'Église. Elle reçoit toujours les pécheurs : à toute heure et à tous moments les lépreux peuvent venir se laver dans cette fontaine du Sauveur, toujours bienfaisante et toujours ouverte.

Mais c'est ici. Chrétiens, notre grande infidélité : c'est ici que l'indulgence multiplie les crimes, et que la source des miséricordes devient une source infinie de profanations sacrilèges. Que dirai-je ici, Chrétiens, et avec quels termes assez puissants déplorerai-je tant de sacrilèges qui infectent les eaux de la pénitence? « Eau du baptême, que tu es heureuse, disoit autrefois TertuUien; que tu es heureuse, eau mystique, qui ne laves qu'une fois! » « Félix aqua quae « semel abluitl » « qui ne sert point de jouet aux pécheurs ! » « Félix « aqua quae semel abluit. quae ludibrio peccatoribus non est M » C'est le bain de la pénitence toujours ouvert aux pécheurs, toujours prêt à recevoir ceux qui retournent; c'est ce bain de miséricorde qui est ex^ posé au mépris par sa facilité bienfaisante, dont les eaux servent contre leur nature à souiller les hommes : <x quos diluit inquinat : » parce que la facilité de se laver fait qu'ils ne craignent point de salir leur conscience. Qui ne se plaindroit. Chrétiens, de voir cette eau salutaire si étrangement violée, seulement à cause qu'elle est bienfaisante? Qu'inventerai-je, où me tournerai-je pour arrêter les profanations des hommes pervers, qui vont faire malheureusement leur écueil du porti

Les pécheurs nous savent bien dire qu'il ne faut que le repentir pour être capable d'approcher de cette fontaine de grâces. En vain nous disons à ceux qui se confient si aveuglément à ce repentir futur: Ne voulez-vous pas considérer que Dieu a bien promis le pardon au repentir; mais qu'il n'a pas promis de donner du temps pour ce sentiment nécessaire? Cette raison convaincante ne fait plus d'eflet, parce

1. Joaû. XX, i3. — u. CotU. IV, 22. — 3. Zach. xiu, 1. —4. De Ba^t., n. i».

qu'elle est trop répétée. Considérez, mes Frères , quel est votre aveuglement : vous rendez la bonté de Dieu complice de votre endurcissement. C'est ce péché contre le Saint-Esprit, contre la grâce de la rémission des péchés. Dieu n'a plus rien à faire pour vous retirer du crime. Vous poussez à bout sa miséricorde. Que peut-il faire que de vous appeler, que de vous attendre, que de vous tendre les bras, que de vous offrir le pardon? C'est ce qui vous rend hardis dans vos entreprises criminelles. Que faut-il donc qu'il fasse ? Et sa bonté étant épuisée comme surmontée par votre malice, lui reste-t-il autre chose que de vous abandonner à sa vengeance ? Hé bien ! poussez à bout la bonté divine : montrez-vous fermes et intrépides à perdre votre âme, ou plutôt insensés et insensibles, hasardez tout, risquez votre éternité; faites d'un repentir douteux le motif d'un crime certain : quelle fermeté, quel courage! mais ne voulez-vous pas entendre combien est étrange, combien insensée, combien monstrueuse cette pensée de pécher pour se repentir? a Qbstupescite, cœli, super hoc'» a Q ciel, ô terre, étonnez-vous d'un si prodigieux égarement ! » Les aveugles enfants d'Adam ne craignent pas de pécher, parce qu'ils espèrent un jour en être fâchés ! J'ai lu souvent, dans les Écritures, que Dieu envoie aux pécheurs l'esprit de vertige et d'étourdissement ; mais je le vois clairement dans vos excès. Voulez-vous vous convertir quelque jour, ou périr misérablement dans l'impénitence? Choisissez, prenez parti. Le dernier est le parti des démons. S'il vous reste donc quelque sentiment du christianisme, quelque soin de votre salut, quelque pitié de vous-même, vous espérez vous convertir; et si vous croyiez que cette porte vous fût fermée, vous n'iriez pas au crime avec l'abandoa où je vous vois. Se convertir, c'est se repentir : vous voulez donc contenter cette passion, parce que vous espérez vous eu repentir? Qui a jamais ouï parler d'un tel prodige? Est-ce moi qui ne m'entends pas? ou bien est-ce votre passion qui vous enchante ? Me trompé-je dans ma pensée? ou bien êtes-vous aveugle et troublé de sens dans la vôtre? Quand est-ce qu'on s'est avisé de faire une chose, parce qu'on croit s'en repentir quelque jour? C'est la raison de s'en abstenir sans doute : l'ai bien ouï dire souvent : Ne faites pas cette chose, car vous vous en repentirez.

Mais, ô aveuglement inouï 1 ô stupidité insensée, de pécher pour se repentir l Le repentir qu'on prévoit n'est-il pas naturellement un frein au désir, et un arrêt à sa volonté? Mais qu'un homme dise en luimême : Je me détermine à cette action, j'espère d'en avoir regret, et je m'en retirerois sans cette pensée; qu'ainsi le regret prévu devienne contre sa nature, et l'objet de notre espérance, et le motif de notre choix, c'est un aveuglement inouï, c'est confondre les contraires, c'est changer l'essence des choses. Non, çon, ce que vous pensez n'est ni un repentir ni une douleur : vous n'en entendez pas seulement le nom, tant vous êtes éloignés d'en avoir la chose ! Cette douleur qu'on désire, ce repentir qu'on espère avoir quelque jour, n'est qu'une feinta

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