Luc. IX, 59, 61 — 2. Matth. m
toujours le temps à venir; considérez votre état présent : ce que 1b temps semble vous donner, il vous l'ôte; il retranche de vos jours en y ajoutant. Cette fuite et cette course insensible du temps n'est qu'une subtile imposture pour vous mener insensiblement au dernier jour. La jeunesse y arrive précipitamment, et nous le voyons tous les jours. Partant, n'attendez pas de Dieu tout ce que vous prétendez : ne regardez pas les jours qu'il vous peut donner, mais ceux qu'il vous peut ôter; ni seulement qu'il peut pardonner, mais encore qu'il peut punir. Ne fondez pas votre espérance et n'appuyez pas votre jugement sur une chose qui vous est cachée.
Je n'ignore pas, Chrétiens, que Dieu, « qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive», » prolonge souvent le terips de la pénitence. Mais il faut juger de ce temps comme des occasions à la cour. Chacun attend les moments heureux , les occasions favorables pour terminer ses affaires. Mais si vous attendez sans vous remuer, si vous ne savez profiter du temps, il passe vainement pour vous, et ne vous apporte en passant que des années qui vous incommodent. Ainsi, dans cette grande affaire de la pénitence, celui-là peut beaucoup espérer du temps, qui sait s'en servir et le ménager. Mais celui qui attend toujours et ne commence jamais, voit couler inutilement et se perdre entre ses mains tous ces moments précieux dans lesquels il avoit mis son espérance. Que lui apporte le temps, qu'une plus grande atteinte à sa vie, un plus grand poids à ses crimes, une plus forte attache à ses habitudes?
C'est pour cela que saint Jean-Baptiste ne nous donne aucun relâche : <t La cognée, dit-il, est à la racine; tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu ; faites donc, faites promptement de dignes fruits de pénitence : » i Facile ergo fructus dignos ce pœnitentiae ^ » Il faut tâcher, Chrétiens, que nous tirions aujourd'hui quelque utilité de ces salutaires paroles, et que nous n'ayons pas écouté en vain un si grand prédicateur que saint Jean-Baptiste.
Le figuier infructueux ^ Vous avez eu la pluie , vous avez eu le soleil , vous avez eu la culture : vous n'avez plus à attendre que la cognée et le feu.
Il faut quelque chose de nouveau pour vous émouvoir. Vous avez franchi hardiment les plus puissantes considérations. Cette première tendresse d'une conscience innocente, ah! que vous l'avez endurcie! La pénitence, la communion, vous avez appris à les profaner : cela ne vous touche plus. Les terribles jugements de Dieu qui avoient autrefois tant de force pour vous émouvoir; vous avez dissipé comme une vaine frayeur l'appréhension que vous aviez de ce tonnerre, c! vous vous êtes accoutumés à dormir tranquillement à ce bruit.
Nous voilà réduits aux miracles. Expérience des pécheurs qu'ils ont laissé toujours les mêmes : « In peccato vestro moriemini * : v a Vous mourrez dans votre péché. >»
Faire attention aux choses dites, point tant songer au prédici
1. Esech. XXX, 11. - a. Lqc. iu, 8. — 8. Ibid., 13. — 4. Joan. vui, il.