Cant. viii, 6. — 2. Ezech. xivm, 18 . vu
« La fin est venue, et il faut conclure. » Je détruirai tous les fondements de cette espérance téméraire ; je lâcherai le dernier coup : et coupant jusqu'aux moindres fibres qui soutiennent encore ce malheureux arbre, je le précipiterai de son haut, et le jetterai dans la flamme: « Omnis arbor non faciens fructum, excidetur et in ignem mittetur : » a Tout arbre qui ne produit pas de fruit, sera coupé et jeté au feu. » Retirez-vous, de peur d'être accablé de sa chute : ses exemples vous entraîneroient avec lui. Seigneur, donnez-moi de la force; aidez le travail de mon cœur, qui veut enfanter de vrais pénitents.
SECOND POINT
Tel que seroit un ennemi implacable, qui, nous ayant dépouillés de tout notre bien, nous attire de plus sur les bras un adversaire puissant auquel nous ne pouvons résister; tel et encore plus malfaisant est le péché à l'égard de l'homme : puisque le péché. Chrétiens, comme je l'ai déjà dit, nous ayant fait perdre le bon usage de la raison, l'emploi légitime de la liberté, la pureté de la conscience, c'est-à-dire tout le bien et tout l'ornement de la créature raisonnable ; pour mettre le comble à nos maux, il arme Dieu contre nous, et nous rend ses ennemis déclarés, contraires à sa droiture, injurieux à sa sainteté, ingrats envers sa miséricorde, odieux à sa justice, et par conséquent soumis à la loi de ses vengeances.
De là nous pouvons comprendre de quelle sorte Dieu est animé, si je puis parler de la sorte, envers les pécheurs impénitents; et je vous dirai en un mot, car je ne veux point m'étendre à prouver des vérités manifestes, qu'autant qu'il est saint, autant qu'il est juste, autant leur est-il contraire; de sorte qu'il a contre eux une aversion infinie.
Les pécheurs n'entendent pas cette vérité : pendant qu'à l'ombre de leur bonne fortune, et à la faveur des longs délais que Dieu leur accorde, ils s'endorment à leur aise , ils s'imaginent que Dieu dort aussi ; ils pensent qu'il ne songe non plus à les châtier, qu'ils songent à se convertir; et comme ils ont oublié ses jugements, « ils disent dans leur cœur : Dieu m'a oublié et ne prend pas garde à mes crimes : » « Dixit c enim in corde suo : Oblitus est Deus*. i> Et au contraire ils doivent savoir que la justice divine, qui semble dormir et oublier les pécheurs, leur répugnant, pour ainsi dire, de toute elle-même, est toujours en armes contre eux, et toujours prête à donner le coup par lequel ils périront sans ressource : a Virgam vigilantem ego video ^ : j) « Je vois une verge qui veille, t) Et il ne faut pas qu'ils se flattent de la bonté infinie de Dieu, de laquelle ils ne connoissent pas la propriété : qu'ils entendent plutôt aujourd'hui que Dieu est bon d'une autre manière qu'ils ne l'imaginent. Il est bon, dit Tertullien, parce qu'il est ennemi du mal, et il est infiniment bon, parce qu'il en est infiniment ennemi : «Non plene bonus, nisi mali semulus^. » 11 ne faut donc pas concevoir en Dieu une bonté foible et qui souff"re tout, une bonté insensible
I. Ps, K, 84; — 2. Jer. i, II. — 3. Advers. Marcion., lib. I, n. ifi.
déraisonnable; mais une bonté -vigoureuse, qui exerce l'amour qu'elle a pour le bien par la haine qu'elle a pour le mal, et se montre efficacement bonté véritable, en combattant la malice du péché qui lui est contraire : a Ut boni amorem odio mali exerceat, et boni tutelam « expugnatione mali impleat'. » Par conséquent, Chrétiens, Dieu est en acte et en exercice d'une juste aversion contre les pécheurs. Ses foudres sont toujours prêts, et sa colère toujours enflammée : c'est pourquoi l'Écriture nous le représente comme tout prêt à frapper. a Toutes ses flèches sont aiguisées, dit le saint prophète, et tous ses arcs bandés et prêts à tirer : » « Sagittae ejus acutae, et omnes arcus « ejus extenti^. v Ses flèches sont dressées et ses arcs pointés; il vise et il désigne l'endroit où il veut frapper. Ainsi sa main vengeresse est bien retenue quelquefois par l'attente du repentir, mais non jamais désarmée, et encore moins endormie; et vous le voyez dans notre Évangile. Non-seulement elle tient toujours cette terrible cognée, mais elle en applique toujours le tranchant funeste à la racine de l'arbre; et il n'y a rien entre deux : c'est pourquoi il n'est pas possible que l'arbre subsiste longtemps. « Il sera coupé, » dit saint Jean-Baptiste : a Excidetur; » ou plutôt comme nous lisons dans l'original, « excidia tur, » dans le temps présent : on le coupe, on le déracine, afin que nous concevions l'action plus présente et plus efficace. Il semble qu'il ne frappe pas : c'est une vengeance occulte; il livre le pécheur aux passions, au sens réprouvé, etc.
Nous nous trompons. Chrétiens, si nous croyons pouvoir subsister longtemps dans cet état misérable. Il est vrai que jusqu'ici la miséricorde divine a suspendu la vengeance et arrêté le dernier coup de la main de Dieu; mais nous n'aurons pas toujours un secours semblable. Car enfin, comme dit notre grand prophète , le règne de Dieu approche, il faut que Dieu règne; sous le règne de Dieu si saint, si puissant, si juste, il est impossible que l'iniquité demeure longtemps impunie. Disons un mot du règne de Dieu, que saint Jean-Baptiste nous annonce,
« Le Seigneur a régné, dit le Roi-prophète; que la terre s'en réjouisse, que les lies les plus éloignées en triomphent d'aise : » « Dominus a regnavit, exultet terra, laetentur insulae multae 3. » Voilà un règne de douceur et de paix. Mais, ô Dieu, qu'entends-je dans un autre psaume! a Le Seigneur a régné, dit le même prophète; que les peupies frémissent et s'en courroucent, et que la terre en soit ébranlée jusqu'aux fondements : » a Dominus regnavit, irascantur populi ; qui a sedet super cherubim, moveatur terraM » Voilà ce règne terrible, ce règne de fer et de rigueur, qu'un autre prophète décrit en ces mots : a In manu forti, et in bractiio extento.et in furore effuso repn;ibo « super vos* : » « Je régnerai sur vous, dit le Seigneur, en vous frappant d'une main puissante et en épuisant sur vous toute ma colère. »
Dieu ne règne sur les hommes qu'en ces deux manières : il règne
1. Âdvers. ifarcion, lib. i, n. 26. — 2. Is. v. 28. — 3. Pv. xcvt, 1. 4. Ibid. xcvm, 1. — 5. Ezech. xx. 33.
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sur les pécheurs convertis . parce qu'ils se soumettent à lui volontairement; il règne sur les pécheurs condamnés, parce qu'il se les assujettit malgré eux. Là est un règne de paix et de grâce, ici un règne de rigueur et de justice; mais partout un règne souverain de Dieu, parce que là on pratique ce que Dieu commande, ici l'on souffre le supplice que Dieu impose : Dieu reçoit les hommages de ceux-là; il fait justice des autres. Pécheurs que Dieu appelle à la pénitence et qui résistez à sa voix, vous êtes entre les deux; ni vous ne faites ni vous n'endurez ce que Dieu vjut : vous méprisez la loi et vous n'éprouvez pas la peine ; vous rejetez l'attrait et vous n'êtes point accablé par la colère. Vous bravez jusqu'à la bonté qui vous attire, jusqu'à la patience qui vous attend; vous vivez maître absolu de vos volontés, indépendant de Dieu, sans rien ménager de votre part, sans rien souffrir de la sienne; et il ne règne sur vous ni par votre obéissance volontaire, ni par votre sujétion forcée. C'est un état violent, je vous le dis. Chrétiens, encore une fois; il ne peut pas subsister longtemps. Dieu est pressé de régner sur vous, car voyez en effet combien il vous presse. Que de douces invitations ! que de menaces terribles 1 que de secrets avertissements 1 que de nuages de loin! que de tempêtes de près 1 Regardez comme il rebute toutes vos excuses; il ne permet ni à celui-là de mettre fin à ses affaires, ni à cet autre d'aller fermer les yeux à son père* : tout retardement l'importune, tant il est pressé de régner sur vous! S'il ne règne par sa bonté, bientôt et plus tôt que vous ne pensez il voudra régner par sa justice. Car à lui appartient l'empire, et il se doit à luimême et à sa propre grandeur d'établir promptement son règne. C'est pourquoi notre grand Baptiste crie dans le désert : et non-seulement les rivages et les montagnes voisines, mais même tout l'univers retentit de cette voix : Faites pénitence, faites pénitence, riches et pauvres, grands et petits, princes et sujets; que chacun se retire de ses mauvaises voies : « car le règne de Dieu approche : » « appropinquat a enim regnum cœlorum '. »
Il approche en effet. Messieurs, puisque le Fils de Dieu paroîtra bientôt. Le règne de la bonté approche avec lui, parce qu'il nous apporte en naissant la source des grâces; mais le règne de la justice s'approche et avance d'un même pas, parce qu'elle suit toujours la bonté de près, pour en venger les injures. La grande bonté rejetée attire les grandes rigueurs; les bienfaits méprisés pressent la vengeance et lui préparent la voie, et saint Jean ne vous a pas tu ce conseil de Dieu. Quand il voit paroître Jésus-Christ au monde, c'est alors qu'il commence à dire que la cognée est à la racine. Tout presse Dieu à se venger des ingrats; sa bonté le presse, ses bienfaits le pressent; le dirai-je? son attente même le presse, car il n'y a rien qui fasse tant hâter la vengeance qu'une longue attente frustrée.
Ainsi je vous conjure, mes Frères, ne vous fiez pas au temps qui vous trompe; c'est un dangereux imposteur, qui vous dérobe si subtilement que vous ne vous apercevez pas de son larcin. Ne regardez pas