SEKMON SUR LE MYSTÈRE DE LA NATIVITÉ DE N.-S
Mais mettons ces vérités dans un plus grand jour et suivons atten- 'veraent; arrêtons-nous un peu sur tous les degrés de cette descente nystérieuse, tels qu'ils sont représentés dans notre Évangile, Et preniércment, il est clair que le Fils de Dieu, en se faisant homme, pouroit prendre la nature humaine avec les mêmes prérogatives qu'elle voit dans son innocence, la santé, la force, l'immortalité; ainsi le Verbe divin seroit homme sans être travaillé des infirmités que le péché seul nous a méritées. Il ne l'a pas fait. Chrétiens; il a voulu prendre, avec la nature, les foiblesses qui l'accompagnent. Mais ea prenant ces foiblesses, il pouvoit ou les couvrir, ou les relever parla pompe, par l'abondance, par tous les autres biens que le monde admire : qui doute qu'il ne le pût? Il ne le veut pas; il joint aux infirmités naturelles toutes les misères, toutes les disgrâces, tout ce que nous appelons mauvaise fortune; et par là ne voyez-vous pas quel est Tordre de sa descente? Son premier pas est de se faire homme; et par là il se met au-dessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble, selon ce que dit l'Écriture sainte : « Minuisti eum paulo minus « ab angelis > : » a Vous l'avez abaissé au-dessous des anges. » Ce n'est pas assez : mon Sauveur descend le second degré. S'il s'est rabaissé par son premier pas au-dessous de la nature angélique, il fait une seconde démarche qui le rend égal aux pécheurs. Et comment? Il ne prend pas la nature humaine telle qu'elle étoit dans son innocence, saine, incorruptible, immortelle; mais la prend en l'état malheureux où le péché l'a réduite, exposée de toutes parts aux douleurs, à la corruption, à la mort. Mais mon Sauveur n'est pas encore assez bas. Vous le voyez déjà, Chrétiens, au-dessous des anges par notre nature, égalé aux pécheurs par l'infirmité; maintenant, faisant son troisième pas, il se va, pour ainsi dire, mettre sous leurs pieds, en s'abandonnant au mépris par la condition misérable de sa vie et de sa naissance. Voilà, mes Frères, quels sont les degrés par lesquels le Dieu incarné descend de son trône. Il vient premièrement à notre nature, par la nature à l'infirmité, de l'infirmité aux disgrâces et aux injures de la fortune : c'est ce que vous avez remarqué par ordre dans les paroles de mon Évangile.
Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important, ni ce qui m'éfcnne le plus. Je confesse que je ne puis assez admirer cet abaissement de mon Maître : mais j'admire encore beaucoup davantage qu'on me donne cet abaissement comme un signe pour reconnoître en lui le Sauveur du monde : « Et hoc vobis signum, » nous dit l'ange. Votre Sauveur est né aujourd'hui, et voici la marque que je vous en donne : Un enfant revêtu de langes, couché dans la crèche; c'est-à-dire comme nous l'avons déjà expliqué, courez à cet enfant nouvellement né, vous y tiouverez : qu'y trouverons-nous? Une nature semblable à la vôtre, des infirmités telles que les vôtres, des misères au-dessous des vôtres. ■ Et hoc vobis signum. » Reconnoissez à ces belles marques qu'il est le Sauveur qui vous est promis.