Ps. VIII
Quel est ce nouveau prodige? que peut servir à notre foiblesse que notre médecin devienne infirme, et que notre libérateur se dépouille de sa puissance? Est-ce donc une ressource pour des malheureux, qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre? Ne semble-t-il pas, au contraire, que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le supporter? Cela seroit vrai, mes Frères, si cet état d'humiliation étoit forcé , s'il y étoit tombé par nécessité, et non pas descendu par miséricorde. Mais comme son abaissement n'est pas une chute, mais une condescendance : oc Desoc cendit ut levaret, non cecidit ut jaceret ' ; » et qu'il n'est descendu à nous que pour nous marquer les degrés par lesquels nous pouvons remonter à lui, tout l'ordre de sa descente fait celui de notre glorieuse élévation; et nous pouvons appuyer notre espérance abattue sur ces trois abaissements du Dieu-homme.
Est-il bien vrai ? le pouvons-nous croire ? quoi! les bassesses du Dieu incarné, sont-ce des marques certaines qu'il est mon Sauveur? Oui, fidèle, n'en doute pas; et en voici les raisons solides qui feront le sujet de cet entretien. Ta nature étoit tombée par ton crime; ton Dieu l'a prise pour la relever : tu languis au milieu des infirmités; il s'y est assujetti pour les guérir : les misères du monde t'effrayent; il s'y est soumis pour les surmonter et rendre toutes ses terreurs inutiles. Divines marques, sacrés caractères par lesquels je connois mon Sauveur, que ne puis-je vous expliquer à cette audience avec les sentiments que TOUS méritez ! Du moins efforçons-nous de le faire, et commençons à montrer dans C3 premier point que Dieu prend notre nature pour la relever.
PREBUER POINT.
Pour comprendre solidement de quelle chute le Fils de Dieu nous a relevés, je vous prie de considérer cette proposition que j'avance : qu'en prenant la nature humaine, il nous rend la liberté d'approcher de Dieu, que le péché nous avoit ôtée. C'est là le fondement du christianisme, qu'il est nécessaire que vous entendiez, et que je me propose aussi de vous expliquer. Pour cela, remarquez. Fidèles, une suite étrange de notre ruine : c'est que depuis cette malédiction qui fut prononcée contre nous après le péché, il est demeuré dans l'esprit des hommes une certaine frayeur des choses divines, qui non-seulement ne leur permet pas d'approcher avec confiance de Dieu, de cette majesté souveraine ; mais encore qui les épouvante devant tout ce qui paroît de surnaturel. Les exemples en sont communs dans les saintes Lettres. Le peuple dans le désert appréhende d'approcher de Dieu, de peur qu'il ne meure ^ Les parents de Samson disent : a Nous mourrons de mort, car nous avons vu le Seigneur ^ s Jacob, après cette vision admirable, crie tout effrayé : « Que ce lieu est terrible ! vraiment c'est ici la maison de Dieu M » a Malheur à moi l dit le prophète Isaïe,
1. S. Aug. Tract, cvn, m Joan., n. 5, t. III, part, n, c. 670.