Préj. lég.y 1 pé.rt., ch. vi, pag
leur puissance; que fait ici la Pologne, et les autres royaumes du Nord que Rome ne connoissoit pas, et qui sans doute n'ont pas été formés de ses ruines , lorsque l'Antéchrist saint Léon est venu au monde? Se moquo-t-on d'écrire sérieusement de semblables rêveries? C'est, en vérité, pour des gens qui ne parlent que de l'Écriture, se jouer trop témérairement de ses oracles, et si l'on n'a rien de plus précis pour expliquer les prophéties, il vaudroit mieux en adorer l'obscurité sainte, et respecter l'avenir oue Dieu a mis en sa puissance.
Il ne faut pas s'étonner si ces interprètes hardis se détruisent à la fin les uns les autres. Joseph Mède, sur le verset où saint Jean raconte que dans un grand tremblement de terre « la dixième partie de la ville tomba», » croyoit avoir très-bien rencontré en interprétant cette dixième partie de la nouvelle Rome antichrétienne, qui est dix fois plus petite que l'ancienne Rome. Pour parvenir à la preuve de son interprétation, il compare sérieusement l'ère de l'ancienne Rome avec celle de la nouvelle, et par une belle figure qui démontre que la première est dix fois plus grande que l'autre : mais M. Jurieu, son disciple, lui ôte une interprétation si mathématique. « Il s'est trompé avec tous les autres, » dit fièrement le nouveau prophète2 , a quand par la cité dont parle saint Jean il a entendu la seule ville de Rome. Il faut tenir pour certain, » poursuit-il d'un ton de maître3, « que la grande cité c'est Rome avec son empire. » Et la dixième partie de cette cité, que sera-ce? Il l'a trouvé : « La France, » dit-il4, a est cette dixième partie. » Mais quoi! la France tombera-t-elle? et ce prophète augure-t-il si mal de sa patrie? Non, non : elle pourra bien être abaissée, qu'elle y prenne garde; le prophète l'en menace: mais elle ne périra pas. Ce que le Saint-Esprit veut dire ici , en disant qu'elle tombera, c'est « qu'elle tombera pour le papisme4 : » au reste, elle sera plus éclatante que jamais : parce qu'elle embrassera la réferme ; et cela bientôt: et nos rois (chose que j'ai peine à répéter) vont être réformés à la calvinienne. Quelle patience n'échapperoit à ces interprétations? Mais enfin il a mieux dit qu'il ne pense, d'appeler cela une chute : la chute seroit trop horrible, de tomber dans une réforme où l'esprit d'illusion domine si fort.
Si l'interprète françois trouve la France dans l'Apocalypse, l'Anglois y trouve l'Angleterre : la fiole versée sur les fleuves et sur les fontaines «« sont les émissaires du pape, et les Espagnols vaincus sous le règne d'Elisabeth, de glorieuse mémoire6. » Mais le bon Mède revoit: son disciple, mieux instruit, nous apprend que la seconde et la troisième fiole a c'est les croisades, où Dieu a rendu du sang aux catholiques pour le sang des vaudois et des albigeois qu'ils avoient répandu'. » Ces vaudois et ces albigeois, et Jean Viclef et Jean Hus, et tous les
t. Apoc, xi, 13; Med. comm. in Apoc, part. 2, pag. 489. 2. Ace, 2 part., ch. 2, pag. 194. — 3. lbid., pag. 200, 203. 4. Ibid., pag. 201. — 5. Ibid.