Med. comm. Apoc, pag. 528 ad Phial. 3. Ap. xvi
7. Ace. des Proph., 2 part., ch. I», pag. 72; Préj. légtt., 1 part., oh. ?, pag. 98, 99.
autres de cette sorte, jusqu'aux cruels taborites, reviennent partoui dans les nouvelles interprétations, comme de fidèles témoins de la vérité persécutée par la bête : mais on les connott à présent, et il n'en faudroit pas davantage pour reconnoître la fausseté de ces prétendues prophéties.
Joseph Mède s'étoit surpassé lui-même dans l'explication de la quatrième fiole. Il la voyoit répandue « sur le soleil, sur la principale partie du ciel de la bête ! , c'est-à-dire de l'empire papal; c'est que le pape alloit perdre l'empire d'Allemagne, qui est son soleil* cela étoit clair. Pendant que Mède, si on l'en veut croire, imprimoit ces choses <c qu'il avoit méditées longtemps auparavant, » il apprit les merveilles « de ce roi pieux, heureux et victorieux, que Dieu envoyoit du Ncni pour défendre sa cause2 : c'étoit, en un mot, le grand Gustave. Mède ne peut plus douter que sa conjecture ne soit une inspiration, et il adresse à ce grand roi le même cantique que David adressoitau Messie : « Mettez votre épée, ô grand roi! combattez pour la vérité et pour la justice, et régnez3. » Mais il n'en fut rien; et avec sa prophétie, Mède a publié sa honte.
Il y a encore un bel endroit, où, pendant que Mède contemple la ruine de l'empire turc, son disciple y voit au contraire les victoires de cet empire. L'Euphrate dans l'Apocalypse, c'est à Mède l'empire des Turcs; et l'Euphrate mis à sec dans l'épanchement de la sixième fiole, c'est l'empire turc détruit4. Il n'y entend rien :M. Jurieu nous fait voir que l'Euphrate c'est l'Archipel et le Bosphore, que les Turcs passèrent en 1390 pour se rendre maîtres de la Grèce et de Constantinople &. Bien plus, a il y a beaucoup d'apparence que les conquêtes des Turcs sont poussées si loin, pour leur donner le moyen de servir avec les protestants au grand œuvre de Dieu6; » c'est-à-dire à la ruine de l'empire papal : car encore que les Turcs « n'aient jamais été si bas qu'ils sont, » c'est cela même qui fait croire à notre auteur qu'ils se relèveront bientôt. « Je regarde, dit- il, cette année 1685 comme critique en cette affaire. Dieu y a abaissé les réformés et les Turcs en même temps pour les relever en même temps, et les faire être les instruments de sa vengeance contre l'empire papal. » Qui n'admireroit cette relation du turcisme avec la réforme, et cette commune destinée de l'un et de l'autre? Si les Turcs se relèvent, pendant que le reste des chrétiens s'affligera de leurs victoires, les réformés alors lèveront la tête, et croiront voir approcher le temps de leur délivrance. On ne savoit pas encore ce nouvel avantage de la réforme, de devoir croîtra et décroître avec les Turcs. Notre auteur lui-même étoit demeuré court en cet endroit, quand il composoit ses Préjugés légitimes; et il n'ayoit rien entendu dans les plaies des deux dernières fioles, où ce mystère étoit renfermé : mais enfin, a après avoir frappé deux fois, quatre, cinq et six fois, avec une attention religieuse, la porte s'est ouverte',» et il a vu ce grand secret.
• •;. Comm. .4p., pag. 528; Apoc. xvi, 8. — 2. Comm. Ap., pag. 529. 3. Ps. xliv. — <i. Apoc. xvi, 12-, Ibid., ad Ph. G, pag. 529. 5. Ace, 2 oart ch. vu, pag. 99. — 6. Ibid., pag. loi. — 7. Ibid., pag. 94.
On me dira que parmi les protestants les habiles gens se moquent, aussi bien que nous , de ces rêveries. Mais cependant on les laisse courir, parce qu'on les croit nécessaires pour amuser un peuple crédule. C'a été principalement par ces visions qu'on a excité la haine contre l'Église romaine, et qu'on a nourri l'espérance de la voir bientôt détruite. On en revient à cet artifice; et le peuple, trompé cent fois, ne laisse pas de prêter l'oreille, comme les Juifs livrés à l'esprit d'erreur faisoient autrefois aux faux prophètes. Les exemples ne servent de rien pour désabuser le peuple prévenu. On crut voir dans les prophéties de Luther la mort de la papauté si prochaine, qu'il n'y avoit aucun protestant qui n'espérât d'assister à ses funérailles. Il a bien fallu prolonger le temps : mais on a toujours conservé le même esprit; et la réforme n'a jamais cessé d'être le jouet de ces prophètes de mensonge, qui prophétisent les illusions de leur cœur.
Dieu me garde de perdre le temps à parler ici d'un Cotterus, d'un Drabicius, d'une Christine, d'un Coménius, et de tous ces autres visionnaires dont notre ministre nous vante les prédictions et reconnoît les erreurs1! Il n'est pas jusqu'au savant Usser qui n'ait voulu, à ce qu'on prétend, faire le prophète. Mais le même ministre demeure d'accord qu'il s'est trompé comme les autres. Ils ont tous été démentis par l'ey.périence; et « on y trouve, » dit le ministre2, o tant de choses qui achoppent, qu'on ne sauroit affermir son cœur là-dessus. » Cependant il ne laisse pas de les regarder comme des prophètes et de grands prophètes, des Ézéchiel, des Jérémie. Il trouve « dans leurs visions tant de majesté et tant de noblesse, que celles des anciens prophètes n'en ont pas davantage; et une suite de miracles aussi grands qu'il en soit arrivé depuis les apôtres. *> Ainsi le premier homme de la réforme se laisse encore éblouir par ses faux prophètes, après que l'événement les a confondus : tant l'esprit d'illusion règne dans le parti. Mais les vrais prophètes du Seigneur le prennent d'un autre ton contre ces menteurs qui abusent du nom de Dieu : « Écoute, ô Hananias, dit Jérémie3, la parole que je t'annonce, et que j'annonce à tout le peuple. Les prophètes qui ont été devant nous dès le commencement, et qui ont prophétisé le bien ou le mal aux nations et aux royaumes; lorsque leurs paroles ont été accomplies, on a vu qu'ils étoient des prophètes que le Seigneur avoit véritablement envoyés. Et la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie: Va et dis à Hananias : Voici ce que dit le Seigneur : Tu as brisé des chaînes de bois, « en signe de la délivrance future du peuple, » et tu. les changeras en chaînes de fer : j'aggraverai le joug des nations « à qui tu annonceras la paix. » Et le prophète Jérémie dit au prophète Hananias : Écoute, ô Hananias, le Seigneur ne t'a pas envoyé, et tu as fait que le peuple a mis sa confiance dans le mensonge : Pour cela, dit le Seigneur, je t'ôterai de dessus la face de la terre; tu mourras cette année, parce que tu as parlé contre le Seigneur : et le prophète Hananias mourut cette année, au septième