Phtiu u, 12. — 2. ZVm., i, 19. — 3. Mattb., X
dans le crime même; d'y demeurer toujours juste et régénéré, d'y conserver le Saint-Esprit et la semence de vie, comme on le croit constamment dans le calvinisme, si on suit Calvin et Bèze, et les autres docteurs principaux de la secte1? Car, selon eux, la foi justifiante est propre aux seuls élus, et ne leur est jamais ravie; et Bèze disoit, dans l'Exposition tant de fois citée, que « la foi, encore qu'elle soit quelquefois comme ensevelie es élus de Dieu pour leur faire connoître leur infirmité, ce néanmoins jamais ne va sans crainte de Dieu et charité du prochain2. 33 Et un peu après, il disoit deux choses de l'esprit d'adoption : Tune, que ceux qui ne sont plantés en église que « pour un temps, 33 ne le reçoivent jamais ; l'autre, que ceux qui sont entrés dans le peuple de Dieu par cet esprit d'adoption, n'en sortent jamais3.
On appuyoit cette doctrine sur ces passages : a Dieu n'est point comme l'homme, en sorte qu'il mente; ni comme le Fils de Thomme, en sorte qu'il se repente4. 33 Ce qui avoit aussi fait dire à saint Paul, que a les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance5. » Mais, quoi! ne perdoit-on aucun don de Dieu dans les adultères, dans les homicides, dans les crimes les plus noirs, ni même dans l'idolâtrie? Et s'il y en a quelques-uns qu'on puisse perdre du moins pour un temps et dans cet état, pourquoi la vraie foi justifiante et la présence du Saint-Esprit ne seront-elles pas de ce nombre; puisqu'il n'y a rien de plus incompatible avec l'état du péché que de telles grâces?
Sur cette dernière difficulté on faisait encore une demande d'une extrême conséquence; et je prie qu'on la considère attentivement parce qu'elle fera la matière d'une importante dispute dont nous aurons à parler. On demandoit donc à un calviniste : Ce vrai fidèle, David par exemple, tombé dans un adultère et un homicide, seroit-il sauvé ou damné s'il mouroit en cet état avant que d'avoir fait pénitence? Aucun n'a osé répondre qu'il seroit sauvé: car, aussi, comment soutenir, étant chrétien, qu'on seroit sauvé avec de tels crimes? Ce vrai fidèle seroit donc damné s'il mouroit en cet état; ce vrai fidèle en cet état a donc cessé d'être juste, puisqu'on ne dira jamais d'un juste qu'il seroit damné s'il mouroit en l'état où il est.
Répondre qu'il n'y mourra pas, et qu'il fera pénitence s'il est du nombre des prédestinés : ce n'est rien dire; car ce n'est pas la prédestination, ni la pénitence qu'on fera un jour, qui nous justifie et nous rend saints : autrement un infidèle prédestiné seroit actuellement sanctifié et justifié, avant même que d'avoir la foi et la pénitence.; puisque, avant de les avoir, constamment il étoit déjà prédestiné, constamment Dieu avoit déjà résolu qu'il les auroit.
Que si on répond que cet infidèle n'est pas actuellement justifié et sanctifié, parce qu'il n'a pas encore eu la foi et la pénitence, encore qu'il les doive avoir un jour, au lieu que le vrai fidèle les a déjà eues: G'est un nouvel embarras; puisqu'il s'ensuivroit que la foi et la péni-
{. Ci-dessus, liv. IX, n. 15. — 2. Ch. iv, Conc. 13, p. 74.
3. Ubi supr.j ch. v, Conc. 6, p. 90. —4. Ch. iv, Conc. 13, p. 74.