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qu'il veut retirer de la damnation commune, et à eux seuls , que cette foi est un don de Dieu;, que tous les élus sont dans leur temps assurés de leur élection, quoique non pas en même degré et en égale mesure; que cette assurance leur vient non en sondant les secrets de Dieu, mais en remarquant en eux avec une sainte volupté et une joie spirituelle les fruits infaillibles de l'élection, tels que sont la vraie foi, la douleur de ses péchés, et les autres, que le sentiment et la certitude de leur élection les rend toujours meilleurs; que ceux qui n'ont pas encore ce sentiment efficace et cette certaine confiance, la doivent désirer; et enfin que cette doctrine ne doit faire peur qu'à ceux qui attachés au monde ne se convertissent pas sérieusement1. » Voilà déjà pour les seuls élus avec la vraie foi la certitude du salut : mais la chose s'expliquera bien plus clairement dans la suite.
L'article xvn décide que « la parole de Dieu déclarant saints les enfants des fidèles, non par nature, mais par l'alliance où ils sont compris avec leurs parents, les parents fidèles ne doivent pas douter de l'élection et du salut de leurs enfants qui meurent dans ce bas âge2. »
En cet article le synode approuve la doctrine des remontrants, à qui nous avons ouï dire précisément la même chose3. Il n'y a rien de plus assuré parmi nos adversaires qu'un article [qu'on voit également enseigné des deux partis : la suite nous fera voir quelles en sont les conséquences.
Parmi les articles rejetés on trouve celui qui veut « que la certitude du salut dépende d'une condition incertaine4 : » c'est-à-dire que l'on condamne ceux qui enseignent qu'on est assuré d'être sauvé en persévérant à bien vivre, mais qu'on n'est pas assuré de bien vivre; qui étoit précisément la doctrine que nous avons ouï enseigner aux remontrants. Le synode déclare absurde « cette certitude incertaine; » et par conséquent établit une certitude absolue, qu'il tâche même d'établir par l'Écriture : mais il ne s'agit pas des preuves; il s'agit de bien poser la doctrine, et d'entendre que le vrai fidèle, selon les décrets de Dordrect, non-seulement doit être assuré de son salut, supposé qu'il fasse bien son devoir, mais encore qu'il doit être assuré de le bien faire, du moins à la fin de sa vie. Ce n'est pourtant rien encore, et nous verrons cette doctrine bien plus clairement décidée.
Sur le sujet de la rédemption et de la promesse de grâce, on décide qu'elle est « annoncée indifféremment à tous les peuples : et c'est par la grâce que les vrais fidèles l'embrassent; mais les élus sont les seuls à qui Dieu a résolu de donner la foi justifiante, par laquelle ils sont infailliblement sauvés. » Voilà donc une seconde fois la vraie foi justifiante dans les élus seuls : il faudra voir dans la suite ce qu'auront ceux qui ne continuent pas à croire jusqu'à la fin.
Le sommaire du quatrième chapitre est, qu'encore que Dieu appelle « sérieusement » tous ceux à qui l'Évangile est annoncé, en sorte que s'ils périssent ce n'est pas la faute de Dieu; il se fait néanmoins quel-
1. Sess.y 36. p. 249 et seq. ; ibid., art. 12 et seq. p. 251. — 2. Art. 17, 252. 3. Ci-de88U8, P. 24. — 4. Art, 7, p. 254.
que chose de particulier dans ceux qui se convertissent, Dieu les appelant « efficacement, » et leur donnant la foi et la pénitence. La grâce suffisante des arminiens, avec laquelle a le libre arbitre se discerne lui-même, » est rejetée comme « un dogme pélagien ». » La régénération est représentée comme se faisant a sans nous , » non « par la parole extérieure, ou par une persuasion morale, « mais par une opération qui ne laisse pas « au pouvoir de l'homme d'être régénéré ou non2, d'être converti ou non: et néanmoins, dit-on dans cet article, quand la volonté est « renouvelée, » elle est non-seulement « poussée et mue de Dieu, » mais a elle agit étant mue de lui ; et c'est l'homme qui croit et qui se repent. »
La volonté n'agit donc que quanô* elle est convertie et renouvelée. Mais quoi ! n'agit-elle que quand en commence à désirer sa conversion , et à demander la grâce de la régénération ? ou bien est-ce qu'on Tavoit déjà quand on commençoit à la demander? C'est ce qu'il falloit expliquer, et ne pas dire généralement que la conversion et la régénération se fait sans nous. Il y auroit bien d'autres choses à dire ici; mais il ne s'agit pas de disputer : il suffit historiquement de bien faire entendre la doctrine du synode.
Il dit au 13e article, que la manière dont se fait en nous cette opération de la grâce régénérante est inconcevable: il suffit de concevoir que par cette grâce le fidèle « sait et sent qu'il croit et qu'il aime son Sauveur. Il sait et sent : » voilà dans l'ordre de la connoissance ce qu'il y a de plus certain, savoir et sentir.
Nous lisons dans l'article 16, que de même que le péché n'a pas ôté la nature à l'homme, ni son entendement, ni sa volonté; ainsi la grâce régénérante n'agit pas en lui a comme dans un tronc et dans une bûche : » elle conserve les « propriétés » à la volonté, et a ne la force point malgré elle; » c'est-à-dire qu'elle ne la fait point « vouloir sans vouloir. 55 Quelle étrange théologie ! N'est-ce pas vouloir tout embrouiller que de s'expliquer si foibiement sur le libre arbitre?
Parmi les erreurs rejetées, je trouve celle qui enseigne <c que dans la vraie conversion de l'homme, Dieu ne peut répandre par infusion des qualités, des habitudes et des dons, et que la foi par laquelle nous sommes premièrement convertis, et d'où nous sommes appelés fidèles, n'est pas un don et une qualité infuse de Dieu, mais seulement un acte de l'homme3. 5> Je suis bien aise d'entendre l'infusion de ces nouvelles qualités et habitudes : elle nous sera d'un grand secours pour expliquer la vraie idée de la justification , et faire voir par quel moyen elle peut être obtenue de Dieu. Car je ne crois pas qu'on puisse douter qu'en ceux qui sont en âge de connoissance, ce ne soit un acte de foi inspiré de Dieu, qui nous impètre la grâce d'en recevoir l'habitude avec celle des autres vertus. Cependant l'infusion de cette habitude n'en sera pas moins gratuite, comme on verra en son temps : mais passons. Il faut maintenant venir au dernier chapitre, qui est le plus important; puisqu'il y falloit expliquer précisément et à fond ce qu'on
i. Art. 12, o. 265. — 2. Ibid. — 3. Art. 6, p. 267.
auroit à répondre aux reproches des remontrants sur la certitude du salut et l'inamissibilité de la justice.
Sur l'inamissibilité voici ce qu'on dit :
« Que dans certaines actions particulières les vrais fidèles peuvent quelquefois se retirer, et se retirent en effet, par leur vice, delà conduite de la grâce, pour suivre la concupiscence, jusqu'à tomber dans des crimes atroces; que par ces péchés énormes ils offensent Dieu, se rendent coupables de mort, interrompent l'exercice de la foi, font une grande blessure à leur conscience, et quelquefois perdent pour un temps le sentiment de la grâce '. » 0 Dieu, est-il bien possible que dans cet état détestable, ils ce ne perdent que le sentiment de la grâce, et non pas la grâce même, et ne la perdent que quelquefois ! » Mais il n'est pas encore temps de se récrier: voici bien pis : « Dieu, dans ces tristes chutes, ne leur ôte pas tout à fait son Saint-Esprit, et ne les laisse pas tomber jusqu'à déchoir de la grâce de Vadoplion et de Vêtat de la justification , ni jusqu'à commettre le péché à mort, ou contre le Saint-Esprit, et êtres damnés2. » Quiconque donc est vrai fidèle, et vme fois régénéré par la grâce, non-seulement ne périt pas dans ses crimes, mais dans le temps qu'il s'y abandonne il ne déchoit pas de la grâce de l*adoption et de Vétat de la justification. Peut-on mettre plus clairement Jésus-Christ avec Bélial, et la grâce avec le crime?
A la vérité le synode semble vouloir préserver les vrais fidèles de quelques crimes, lorsqu'il dit qu'ils ne sont pas « délaissés jusqu'à tomber dans le péché à mort, ou contre le Saint-Esprit, que l'Ecriture nomme irrémissible : mais s'ils entendent par ces mots quelque autre péché que celui de l'impénitence finale, on ne sait plus ce que c'est; n'y ayant aucun pécheur, dans quelque désordre qu'il soit tombé, à qui on ne doive faire espérer la rémission de ses crimes. Laissons néanmoins au synode telle autre explication de ce péché qu'il voudra s'imaginer; c'est assez que nous voyions clairement, selon la doctrine, que tous les crimes qu'on peut nommer, par exemple un adultère aussi long et un homicide autant médité que celui d'un David, l'hérésie, l'idolâtrie même avec toutes ses abominations, où constamment, selon le synode, le vrai fidèle peut tomber, compatissent « avec la grâce de l'adoption et l'état de la justification.
Et il ne faut pas dire que par cet état le synode entende seulement le droit au salut qui reste toujours au vrai fidèle, c'est-à-dire selon le synode, au prédestiné, en vertu de la prédestination : car au contraire il s'agit ici du droit immédiat qu'on a au salut par la régénération et la conversion actuelle, et de l'état par lequel on est non pas destiné, mais en effet en possession tant de la vraie foi que de la justification. La question est, en un mot, non pas de savoir si on aura un jour cette grâce, mais si on en peut déchoir un seul moment après l'avoir eue: le synode décide que non. Remontrants, ne vous plaignez pas; on vous parle du moins franchement, comme vous l'avez désiré; et tout ce que vous dites qu'on croit de pernicieux dans le parti que vous ac-
i. Art. 4, 5, p. 271. — 2. Art. 6 et seq.
cusez, tout ce que vous y rejetez avec tant d'horreur, y est décidé en termes formels.
Mais pour ôter toute équivoque, il faut voir dans le synode ces mots essentiels, a totalement » et « finalement, » sur lesquels nous avons fait voir que rouloit toute la dispute ' : il faut voir, dis-je, si l'on permet aux remontrants d'assurer qu'un vrai fidèle puisse « déchoir et totalement et finalement de l'état de justification. » Le synode, pour ne nous laisser aucun doute de son sentiment contre la perte totale, dit que a la semence immortelle, par laquelle les vrais fidèles sont régénérés, demeure toujours en eux malgré leur chute. 55 Contre la perte finale le même synode dit qu'un jour réconciliés a ils sentiront a de nouveau la grâce'2: » ils ne la recouvreront pas; le synode se garde bien de dire ce mot : ils la « sentiront de nouveau. » De cette sorte, poursuit-il, il arrive que « ni ils ne perdent totalement la foi et la grâce, ni ils ne demeurent finalement dans leur péché jusqu'à périr. »
En voilà, cerne semble, assez pour l'inamissibilité. Voyons pour la certitude.
« Les vrais fidèles, dit le synode3, peuvent être certains, et le sont de leur salut et de leur persévérance, selon la mesure de la foi par laquelle ils croient avec certitude qu'ils sont et demeurent membres vivants de l'Église, qu'ils ont la rémission de leurs péchés, et la vie éternelle : certitude qui ne leur vient pas d'une révélation particulière, mais par la foi des promesses que Dieu a révélées dans sa parole, et par le témoignage du Saint-Esprit, et enfin par une bonne conscience, et une sainte et sérieuse application aux bonnes œuvres. »
On ajoute, pour ne rien laisser dire, que « dai-s les tentations et les doutes de la chair qu'on a à combattre, on ne sent pas toujours celte plénitude de la foi et cette certitude de la persévérance4; » afin que toutes les fois qu'on sent quelque doute, et qu'on n'ose pas se promettre avec une entière certitude de persévérer toujours dans son devoir, on se sente obligé de regarder ce doute comme un mouvement qui vient de la chair, et comme une tentation qu'il faut combattre.
On compte ensuite parmi les erreurs rejetées, « que les vrais fidèles puissent déchoir, et déchoient souvent totalement et finalement de la foi justifiante, de la grâce et du salut; et qu'on ne puisse durant cette vie avoir aucune assurance de la future persévérance sans révélation spéciale5 : » on déclare que cette doctrine ramène les doutes des papistes, parce qu'en effet cette certitude sans révélation spéciale étoit condamnée dans le concile de Trente6.
On demandera comment on accorde avec la doctrine de l'inamissibilité ce qui est dit dans le synode, que par les grands crimes les fidèles qui les commettent « se rendent coupables de mort7. C'est ce qu'il est bien aisé de concilier avec les principes de la nouvelle réforme, où l'on soutient que le vrai fidèle, quelque régénéré qu'il soit,
1. Ci-dessus, n. 27. — 2. Art. 7, 8, p. 272. — 3. Ibid., art. 9, p. 272, 273-