Sffss. 3f, pag. 112.— 2. Art. 9, 10. Ibid
rédemption par un décret absolu , ni autrement que par sa faute; que Dieu, fléchi par son Fils, avoit fait un nouveau traité avec tous les hommes, quoique pécheurs et damnés *. » Ils disoient que par ce traité il s'étoit obligé envers tous à leur donner ces moyens suffisants dont ils avoient parlé ; qu'au reste « la rémission des péchés méritée à tous n'étoit donnée actuellement que par la foi actuelle, par laquelle on croyoit actuellement en Jésus-Christ : » par où ils faisoient entendre que qui perdoit par ses crimes la foi actuelle qui nous justifie, perdoit aussi avec elle la grâce justifiante et la sainteté. Enfin ils disoient encore que a personne ne devoit croire que Jésus-Christ fût mort pour lui, si ce n'est ceux pour lesquels il étoit mort en effet; de sorte que les réprouvés, tels que quelques-uns les imaginoient, pour lesquels Jésus-Christ n'étoit pas mort, ne dévoient pas croire qu'il fût mort pour eux2. » Cet article alloit plus loin qu'il ne paroissoit. Car le dessein étoit de montrer que seloa la doctrine de Calvin et des calvinistes, qui posoient pour dogme indubitable que Jésus-Christ n'étoit mort en aucune sorte que pour les réprouvés, il s'ensuivoit que pour dire : a Jésus-Christ est mort pour moi, » il falioit être assuré d'une certitude absolue de sa prédestination et de son salut éternel; sans que jamais on pût dire : « Il est mort pour moi; mais je me suis rendu sa mort et la rédemption inutiles : » doctrine qui renversoit toutes les prédications, où l'on ne cesse de dire aux chrétiens qui vivent mal, qu'ils se sont rendus indignes d'avoir été rachetés par Jésus-Christ. C'étoit aussi l'un de ces articles où les remontrants soutenoient qu'on renversoit dans la réforme toute la sincérité et la sainteté de la prédication, aussi bien que ce passage de saint Pierre : ce Ils ont renié le Seigneur qui les avoit rachetés, et se sont attiré une soudaine ruine3.
Sur les troisième et quatrième chefs, après avoir dit que la grâce étoit nécessaire à tout bien , non-seulement pour l'achever , mais encore pour le commencer, « ils ajoutoient que la grâce efficace n'étoit pas irrésistible4. C'étoit leur mot, et celui des luthériens dont ils se vanteient de suivre la doctrine. Ils vouloient dire qu'on pouvoit résister à toute sorte de grâces; et par là, comme chacun voit, ils prétendoient « qu'encore que la grâce fût donnée également. Dieu en donnoit ou en offroit une suffisante à tous ceux à qui l'Évangile étoit annoncé, même à ceux qui ne se convertissoient pas; et l'offroit avec un désir sincère et sérieux de les sauver tous, sans qu'il fît deux personnages, faisant semblant de vouloir sauver, et au fond ne le voulant pas, et poussant secrètement les hommes aux péchés qu'il défendoit publiquement5. » Ils en vouloient directement dans tous ces endroits aux auteurs de la réforme, et à la vocation peu sincère qu'ils attribuoient à Dieu, lorsqu'il appeloit à l'extérieur ceux que dans le fond il avoit exclus de sa grâce, les prédestinant au mal.
Pour montrer combien la grâce étoit ce résistible » (il faut permettre ces mots que l'usage avoit consacrés, pour éviter la longueur), ils
1. bess. 34, p. 115 et seq. — 2. Art. 4. Ibid. — 3, 1 Petr., n, 1. 4. Ead. sess., p. 116 et seq. — 5. Pag. 117.
avoient mis un article qui disoit que « l'homme pouvoit par la grâce du Saint-Esprit faire plus de bien qu'il n'en faisoit, et s'éloigner du mal plus qu'il ne s'en éloignoit * : » ainsi il résistoit souvent à la grâce, et la rendoit inutile.
Sur la persévérance ils décidoient « que Dieu donnoit aux vrais fidèles régénérés par sa grâce des moyens pour se conserver dans cet état; qu'ils pouvoient perdre la vraie foi justifiante , et tomber dans des péchés incompatibles avec la justification, même dans des crimes atroces, y persévérer, y mourir, s'en relever aussi par la pénitence, sans néanmoins que la grâce les contraignit à la faire2. » Voilà ce qu'ils pressoient avec plus de force, « détestant, disoient-ils, de tout leur cœur ces dogmes impies et contraires aux bonnes mœurs, qu'on réoandoit tous les jours parmi les peuples; que les vrais fidèles ne pouvoient tomber dans des péchés de malice, mais seulement dans des péchés d'ignorance et de foiblesse; qu'ils ne pouvoient perdre la grâce ; que tous les crimes du monde assemblés en un ne pouvoient rendre inutile leur élection, ni leur en ôter la certitude : chose, ajoutoientils, qui ouvroit la porte à une sécurité charnelle et pernicieuse ; qu'aucuns crimes, quelque horribles qu'ils fussent, ne leur étoient imputés; que tous péchés présents et futurs leur étoient remis par avance; qu'au milieu des hérésies, des adultères et des homicides pour lesquels on pourroit les excommunier, ils ne pouvoient totalement et finalement perdre la foi 3. »
Ces deux mots « totalement » et a finalement» étoient ceux sur lesquels principalement rouloit la dispute. Perdre la foi et la grâce de la justification « totalement, » c'étoit la perdre tout à fait un certain temps; la perdre « finalement, » c'étoit la perdre à jamais et sans retour. L'un et l'autre étoit tenu impossible dans le calvinisme; et les remontrants détestoient l'un et l'autre de ces excès.
Ils concluoient la déclaration de leur doctrine en disant que comme le vrai fidèle pouvoit dans le temps présent être assuré de sa foi et de sa bonne conscience, il pouvoit ainsi être assuré pour ce temps-là, s'il y mouroit, de son salut éternel; qu'il pouvoit aussi être assuré de pouvoir persévérer dans la foi, parce que la grâce ne lui manqueroit jamais pour cela: mais qu'il fût assuré de faire toujours son devoir, ils ne voyoient pas qu'il le « pût être, ni que cette assurance lui fût nécessaire4. »
Si l'on veut maintenant comprendre en peu de mots toute leur doctrine, le fondement en étoit qu'il n'y avoit point d'élection absolue, ni de préférence gratuite par laquelle Dieu préparât à certaines personnes choisies, et à elles seules, des moyens certains pour les conduire à la gloire: mais que Dieu offroit à tous les hommes, et surtout à tous ceux à qui l'Évangile étoit annoncé, des moyens suffisants de se convertir, dont les uns usoient, et les autres non, sans en employer aucun autre pour ses élus, non plus que pour les réprouvés; de sorte que l'élection
i. Art. 7. Ibid., 117. — 2. Ead. sess., p. 117, 118 et seq S. Art. 6. Ibid., p. 118. — 4. Art. 7 et 8. Ibid., 119.
n'étoit jamais que conditionnelle , et qu'on en pouvoit déchoir en manquant à la condition. D'où ils conciuoient, premièrement qu'on pouvoit perdre la grâce justifiante, et totalement, c'est-à-dire toute entière, et finalement, c'est-à-dire sans retour: secondement, qu'on ne pouvoit en aucune sorte être assuré de son salut.
Encore que les catholiques ne convinssent pas du principe, ils convenoient avec eux des deux dernières conséquences, qu'ils établissoient néanmoins sur d'autres principes qu'il ne s'agit pas d'expliquer ici : et ils convenoient aussi que la doctrine calvinienne contraire à ces conséquences étoit impie, et ouvroit la porte à toutes sortes de crimes.
Les luthériens convenoient aussi en ce point avec les catholiques et les remontrants. Mais la différence des catholiques et des luthériens est que les derniers, en niant la certitude ôe persévérer, reconnoissoient une certitude de la justice présente; en quoi ils étoient suivis par les remontrants : au lieu que les catholiques différoient des uns et des autres, en soutenant qu'on ne pouvoit être assuré ni de ses bonnes dispositions futures, ni même de ses bonnes dispositions présentes, dont au milieu des ténèbres de notre amour-propre nous avions toujours sujet de nous défier, de sorte que la confiance que nous avions du côté de Dieu n'ôtoit pas tout à fait le doute que nous avions de nousmêmes.
Calvin et les calvinistes combattoient la doctrine des uns et des autres, et soutenoient aux luthériens et aux remontrants que le vrai fidèle étoit assuré non-seulement du présent, mais encore de l'avenir; et assuré par conséquent de ne perdre jamais ni totalement, c'est-àdire tout à fait, ni finalement, c'est-à-dire sans retour, la grâce justifiante, ni la vraie foi une fois reçue.
L'état de la question et les différents sentiments sont bien entendus; et pour peu que le synode de Dordrect ait voulu parler clairement, on comprendra sans difficulté quelle en aura été la doctrine; d'autant plus que les remontrants après leur déclaration avoient sommé ceux qui se plaindroient qu'on expliquoit mal leur doctrine, de rejeter nettement tout ce dont ils se croiroient injustement accusés; et priant aussi le synode de s'expliquer précisément sur des articles dont on se servoit pour rendre toute la réforme odieuse !.
Si jamais il a fallu parler nettement, c'est après une telle déclaration et dans de semblables conjonctures. Écoutons donc maintenant la décision du synode.
Il prononce sur les cinq chefs proposés en quatre chapitres; car, comme nous avons dit, le troisième et le quatrième chefs alloient toujours ensemble. Chaque chapitre a deux parties : dans la première on établit; dans la seconde on rejette et on improuve. Voici la substance des canons ; car c'est ainsi qu'on appela les décrets de ce synode.
Sur la prédestination et élection l'on décidoit a que le décret en est absolu et immuable; que Dieu donne la vraie et vive foi à tous ceux