Sent. Syn. de Remonst., sess. 138, pag
2. Syst. de VEgl., liv. II, c. 3, pag. 255. — 3. Ibid., liv. II, c. 10, pag. 305. 4. Ibid., c. 3, pag. 249. — 5. Jug. sur les méth., sect. 18, Dag. 159, 160.
de sa société, mais au moins tous ses docteurs, prédicateurs, et autres gens qui se mêlent d'enseigner, sans pourtant obliger à la même chose les autres Églises et les autres communions. » D'où il résulte que le synode, loin d'obliger tous les chrétiens à ses dogmes, ne prétend pas même y obliger tous ses membres, mais seulement ses prédicateurs et ses docteurs : ce qui montre ce que c'est au fond que ces graves décisions de la nouvelle réforme, où, après avoir tant vanté l'expresse parole de Dieu, tout aboutit enfin à obliger les docteurs à enseigner d'un commun accord une doctrine que les particuliers ne sont obligés ni de croire ni de professer.
Et il ne faut pas répondre que c'est ici de ces dogmes qui ne doivent pas venir à la connoissance du peuple : car outre que tous les dogmes révélés de Dieu sont faits pour le peuple comme pour les autres, et qu'il y a certains cas où il n'est pas permis de les ignorer, celui qui fut défini à Dordrect devoit être plus que tous les autres un dogme très-populaire; puisqu'il s'agissoit principalement de la certitude que chacun devoit avoir de son salut : dogme où l'on mettoit dans le calvinisme le principal fondement de la religion chrétienne '.
Tout le reste des décisions de Dordrect aboutissant, comme on a vu, à ce dogme de la certitude, il n'étoit pas question de spéculations oiseuses, mais de la pratique qu'on jugeoit la plus nécessaire et la plus intime de la religion : et néanmoins M. Jurieu nous a parlé de cette doctrine, non tant comme d'un dogme principal, que « comme d'une méthode » qu'on a été obligé de suivre; et non pas comme étant la plus certaine, mais comme étant « la plus rigide : Pour arrêter, » disoit-il, « ce torrent de pélagianisme, » il a fallu lui opposer a la méthode la plus rigide et la plus exacte, » et décider, ajoute-t-il2, beaucoup de choses « au préjudice de la liberté , qui a toujours été de disputer pour et contre entre les réformés : » comme si c'étoit ici une affaire de politique, ou qu'il y eût autre chose à considérer dans les décisions de l'Église que la pure vérité révélée de Dieu clairement et expressément par sa parole, sur laquelle aussi, après qu'elle a été bien reconnue, il n'est plus permis de biaiser.
Mais ce qu'enseigne le mCme ministre en un autre endroit est encore bien plus surprenant, puisqu'il déclare aux arminiens : que ce n'est point proprement l'arminianisme, mais le socinianisme qu'on rejette en eux. «Ces messieurs les remontrants, dit-il3, ne se dor/ent pas étonner que nous offrions la paix aux sectes qui paroissent être dans les mômes sentiments qu'eux à l'égard du synode de Dordrect, et que nous ne la leur présentions pas. Leur semi-socinianisme sera toujours une muraille de séparation entre eux et nous. » Voilà donc ce qui fait la séparation. C'est « qu'aujourd'hui, » poursuit-il, aie socinianisme est entre >eux dans les lieux les plus élevés. » On voit bien que sans cet obstacle on pourroit s'unir avec les arminiens, sans s'embarrasser de « ce torrent de pélagianisme dont ils inondoient les Pays-Bas, » ni des décisions de
i. Ci-dessus. — 2. Jugement sur les méthodes, sect. 18, p. 55. 3. Ibid., sect. 16, p. 137.
Dordrect, ni même de la confédération de tout le calvinisme par les prétendus sentiments de saint Augustin.
M. Jurieu n'est pas le seul qui nous a révélé ce secret du parti. Le ministre Matthieu Bochart nous avoit appris avant lui que « si les remontrants n'eussent différé du reste des calvinistes que dans les cinq points décidés dans le synode de Dordrect, l'affaire eût pu s'accommoder1 : » ce qu'il confirme par les sentiments des autres docteurs de la secte 2, et par celui du synode même3.
Il est vrai qu'il dit en même temps, qu'encore qu'on fût disposé à tolérer dans les particuliers paisibles et modestes les sentiments opposés à ceux du synode, on n'eût pas pu les souffrir dans les ministres, qui doivent être mieux instruits que les autres : mais c'en est toujours assez pour faire voir que ces décisions a qu'on opposoit au pélagianisme1, » quoique faites dans le synode avec un si grand appareil et avec tant de fréquentes déclarations qu'on n'y suivoit autre chose que la pure et expresse parole de Dieu, ne sont pas fort essentielles au christianisme; et ce qui est le plus étonnant, qu'on répute pour gens modestes des particuliers qui après avoir connu la décision de tous les docteurs, et, comme parle M. Bochart, a de toutes les églises du parti autant qu'il y en a dans l'Europe5, » croient encore pouvoir mieux entendre la saine doctrine, non-seulement que chacune d'elles en particulier, mais encore qu'elles toutes ensemble.
Il est môma très-assuré que les docteurs dans lesquels on ne vouloit point tolérer les sentiments opposés à ceux du synode, se sont ouvertement relâchés sur ce sujet. Les ministres qui ont écrit dans les derniers temps, et entre autres M. de Beaulieu, que nous avons vu à Sedan un des plus savants et des plus pacifiques de tous les ministres, adoucissent le plus qu'ils peuvent le dogme de Pinamissibilité de la justice, et même celui de la certitude du salut6; el deux raisons les y portent : la première est l'éloignement qu'en ont eu les luthériens, à qui ils veulent s'unir à quelque prix que ce soit; la seconde est l'absurdité et l'impiété qu'on découvre dans ces dogmes, pour peu qu'ils soient pénétrés. Les docteurs peuvent bien s'y accoutumer en conséquence des faux principes dont ils sont imbus : mais les gens simples et de bonne foi ne croiront pas aisément que chacun pour être fidèle doive s'assurer qu'il n'a point à craindre la damnation, dans quelque crime qu'il se plonge ; encore moins qu'il soit assuré d'y conserver la sainteté et la grâce.
Toutes les fois que nos réformés désavouent ces dogmes impies, louons-en Dieu; et sans disputer davantage, prions-les seulement de considérer que le Saint-Esprit ne pouvoit pas être en ceux qui les ont enseignées; et qui ont fait consister une grande partie de la réforme dans de si indignes idées de la justice chrétienne.
1. Dial, c. vin, p. 126, etc. — 2. Ibid., 130. — 3. Ibid., 127. 4. Ibid., 126 et seq. — 5. Ibid., p. 127.
6. Thés, de art. just., part. 2, th. 42, 43; Item, th. an homo solis nat. vi> rï'6., etc. ; Coroîl. 2, 3, 4, 5, 6, etc.
Il résulte néanmoins de là qu'après tout ce grand synode a été inutile, et qu'il ne guérit ni les peuples, ni les pasteurs mêmes pour qui principalement il a été fait; puisque ce qu'on appelle pélagianisme dans la réforme, qui est ce que le synode a voulu détruire, demeure en son entier : car, je demande, qui est guéri de ce mai? Ce n'est pas déjàCSux qui n'en croient pas le synode; et ce n'est non plus ceux qui le croient: car, par exemple, M. Jurieu, qui est de ce dernier nombre, et qui paroît demeurer si ferme dans la confédération, comme il l'appelle, des églises calviniennes contre le pélagianisme, au fond ne î'improuve pas, puisqu'il soutient, comme on a vu1, qu'il n'est pas contraire à la piété. Il ressemble à ces sociniens qui interrogés s'ils croient la divinité éternelle du Fils de Dieu, répondent bien qu'ils la croient : mais si on les pousse plus loin, ils disent que la croyance contraire, au fond n'est pas opposée à la piété et à la vraie foi. Ceux-ià sont vrais ennemis de la divinité du Fils de Dieu, puisqu'ils en tiennent le dogme pour indifférent : M. Jurieu est pélagien, et ennemi de la grâce dans le même sens.
En effet, quel est le but de cette parole : « Dans les exhortations il faut nécessairement parler à la pélagienne ? » Ce n'est pas là le discours d'un théologien ; puisque si le pélagianisme est une hérésie qui rende inutile la croix de Jésus-Christ, comme on l'a tant prêché même dans la réforme2, il en faut être éloigné jusqu'à l'infini dans l'exhortation, loin d'y en consevrer la moindre teinture.
Ce ministre ne s'entend pas mieux lorsqu'il excuse les pélagiens ou les semi-pélagiens de la Confession d'Augsbourg avec les arminiens qui en suivent les sentiments; sous prétexte que « pendant qu'ils sont semi-pélagiens de parole et pour l'esprit, ils sont disciples de saint Augustin pour le cœur3 : » car ne sait-il pas que l'esprit gâté a bientôt corrompu le cœur? On est trop attaché à l'erreur quand on ne se réveille pas lors même que la vérité nous est présentée, principalement par un synode de toute la communion dont on est.
Quand donc M. Jurieu dit d'un côté que le pélagianisme ne damne pas4, et que de l'autre on ne « rendra jamais de vrais chrétiens et de vrais dévots, pélagiens et semi-pélagiens5; » tout subtil théologien qu'il est, il ne pouvoit pas montrer plus clairement qu'il ne songe pas à ce qu'il dit, et qu'en voulant tout sauver on perd tout.
Il croit aussi avoir évité ces excès de faire Dieu auteur du péché, où il prétend qu'on ne tombe plus dans son parti «. depuis cent ans6, et il y retombe lui-même dans le même livre où il prétend montrer qu'on les évite. Car enfin tant qu'on ôtera au genre humain la liberté de son choix, et qu'on croira que le libre arbitre subsiste avec une entière et inévitable nécessité, il sera toujours véritable que ni les hommes ni les anges prévaricateurs n'ont pas pu ne pas pécher; et qu'ainsi les péchés où ils sont tombés sont une suite nécessaire des dispositions où
i, Ci-dessu». — 2. Meth., sect. 15, p. 131. 3. Ibid., sect. 14, p. 113, 114. — 4. Ci-dessus. 5. Meth., sect. 15, p. 113, 121. — 6. Ci-4essus.
leur Créateur les a mis. Or M. Jurieu est de ceux qui laissent en leur entier cette inévitable nécessité, lorsqu'il dit que nous ne savons de notre âme, « sinon qu'elle pense, » et qu'on ne peut pas définir ce qu'il faut « pour être libre1. » Il avoue donc qu'il ignore si ce n'est point cette inévitable et fatale nécessité qui nous entraine au mai comme au bien; et il se replonge danc tous les excès des premiers réformateurs, dont il se vante qu'on est sorti depuis un siècle.
Pour éviter ces terribles inconvénients , il faut du moins savoir croire, si on n'est pas parvenu jusqu'à l'entendre, qu'on le peut admettre sans blasphème, et sans faire Dieu auteur du péché, cette invincible nécessité que les remontrants ont reprochée aux prétendus réformateurs, et dont le synode de Dordrect ne les a pas justifiés.
Et en effet, je remarque qu'on ne dit rien dans tout le synode contre ces damnables excès. On a voulu épargner les réformateurs, et sauver d'un blâme éternel les commencements de la réforme.
Mais du moins il ne falloit pas ménager les remontrants, qui opposoient aux excès des réformateurs des excès qui n'étoient pas moins criminels.
On imprima en Hollande en 1618, un peu devant le synode, un livre avec ce titre : État des controverses des Pays-Bas , où Ton fait voir que c'étoit la doctrine des remontrants, qu'il pouvoit survenir à Dieu quelques accidents; qu'il étoit capable de changement; que sa prescience sur les événements particuliers n'étoit pas certaine; qu'il agissent par discours et par conjecture en tirant comme .iOus une chose de l'autre2: et d'autres erreurs infinies de cette nature, où l'on prenoit le parti de ces philosophes qui, de peur de blesser notre liberté, ôtoient à Dieu sa prescience. On faisoit voir qu'ils s'égaroient jusqu'à faire Dieu corporel, jusqu'à lui donner trois essences ; et le reste, qu'on peut apprendre de ce livre qui est très-net et très-court. Ce livre fut composé pour préparer au synode qu'on alloit tenir la matière de ses délibérations : mais on n'y parla point de toutes ces choses, ni de beaucoup d'autres aussi essentielles que les remontrants remuoient On fut seulement soigneux de conserver les articles qui étoient particuliers au calvinisme, et on eut plus de zèle pour ces opinions que pour les principes essentiels du christianisme.
Les complaisances que nous avons vu qu'on avoit pour les luthériens n'en obtenoient rien pour l'union, et ils persistoient à tenir tout le parti des sacramentaires pour excommunié. Enfin les prétendus réformés de France, dans leur synode national de Charenton, firent ce décret mémorable où ils déclarent que « les Allemands et autres suivant la Confession d'Augsbourg, attendu que les églises de la confession d'Augsbourg conviennent avec les autres réformés aux principes et points fondamentaux de la vraie religion, et qu'il n'y a en leur culte ni idolâtrie, ni superstition, pourront, sans faire abjuration, être reçus à la sainte table, à contracter mariage avec les fidèles de notre con-