‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 146 sur 210 · Conf. Argen. peror. Synt. Gen., 1 part , p · texte numérisé non relu

Conf. Argen. peror. Synt. Gen., 1 part , p

que les remontrants doivent se soumettre au concile de la réforme, parce qu'ils ne vouloient pas rompre, les protestants, qui témoignoient ne vouloir non plus se séparer de l'Église catholique, dévoient se soumettre à son concile.

j'1 ne faut pas oublier une réponse que fit tout un synode de la province de Hollande au déclinatoire des remontrants. C'est le synode tenu à Delpht, un peu avant celui de Dordrect1. Les remontrants objectaient que le synode qu'on vouloit assembler contre eux ne seroit pas infaillible comme l'étoient les apôtres, et ainsi ne les lieroit pas dans leur conscience. 11 falloit bien avouer cela, ou nier tous les principes, de la réforme; mais après l'avoir avoué, ceux de Delpht ajoutent ces mots2: « Jésus-Christ, qui a promis aux apôtres l'esprit de vérité dont les lumières les conduiroient en toute vérité, a aussi promis à son Église d'être avec elle jusqu'à la fin des siècles3, et de se trouver au milieu de deux ou trois qui s'assembleroient en son nom4; » d'où ils concluaient un peu après « que lorsqu'il s'assembleroit de plusieurs pays des pasteurs pour décider selon la parole de Dieu ce qu'il faudroit enseigner dans les Églises, il falloit avec une ferme confiance se persuader que Jésus-Christ seroit avec eux selon sa promesse. »

Les voilà donc enfin obligés à reconnoître deux promesses de Jésus- Christ pour assister aux jugements de son Église. Or les catholiques n'ont jamais eu d'autre fondement pour croire l'Église infaillible. Ils se servent du premier passage pour montrer qu'il est toujours avec elle considérée dans son tout. Ils se servent du second pour faire voir qu'on devroit tenir pour certain qu'il seroit au milieu de deux ou de trois, si on étoit assuré qu'ils fussent vraiment assemblés au nom de Jésus-Christ. Or ce qui est douteux de deux ou trois qui se seroient assemblés en particulier, est certain à l'égard de toute l'Église, lorsqu'elle est assemblée en corps : on doit donc alors tenir pour certain que Jésus-Christ y est par son esprit, et ainsi que ses jugements sont infaillibles; ou qu'on nous dise quel autre usage on peut faire de ces promesses, dans le cas où les applique le synode de Delpht.

Il est vrai que c'est dans le corps de l'Église universelle et de son concile œcuménique qu'on trouve l'accomplissement assuré de ces promesses. C'étoit aussi à un tel concile que les remontrants avoient appelé. On leur avoit répondu « qu'il étoit douteux si et quand on pourroit convoquer ce concile œcuménique; qu'en attendant le national convoqué par les états seroit œcuménique et général, puisqu'il seroit composé des députés de toutes les Églises réformées; que s'ils se trouvoient grevés par ce synode national, il leur seroit libre d'en appeler au concile œcuménique, pourvu qu'en attendant ils obéissent au concile national5. »

La réflexion qu'il faut faire ici, est que parler de concile œcuménique, c'étoit parmi les nouveaux réformés un reste du langage de l'E-

{. 24 oct. 1618. — 2. Syn. Delph. int. Act. Dordr., sess. 26. p. 86. 3. Matth., xxvili, 20. —4. Ibid., XVIII, 20. S. Praef. ad Ecc. ante Syn. Dordr*

glise. Car que vouloit dire ce mot dans ces nouvelles Églises? Elles n'osoient pas dire que les députés de toutes les Églises réformées fussent un concile œcuménique représentant l'Église universelle. C'étoit, dit-on, non pas un concile œcuménique, mais «comme un concile œcuménique. » De quoi devoit donc être composé un vrai concile œcuménique? Y falloit-il avec eux les luthériens qui les avoient excommuniés? ou les catholiques? ou enfin quelles autres Églises? C'est ce que les calvinistes ne savoient pas; et en l'état où ils s'étoient mis en rompant avec tout le reste des chrétiens, ce grand nom de concile œcuménique, si vénérable parmi les chrétiens, n'étoit plus pour eux qu'un nom en l'air, auquel il ne répondoit aucune idée dans leur esprit.

La dernière observation que j'ai à faire pour la procédure regarde les confessions de foi et les catéchismes reçus dans les Provinces- Unies. Les synodes provinciaux obligèrent les remontrants à y souscrire : ceux-ci le refusèrent absolument, parce qu'ils crurent qu'il y avoit des principes d'où suivoit assez clairement la condamnation de leur doctrine. On les avoit traités d'hérétiques et de schismatiques sur ce refus; et néanmoins on étoit d'accord dans les synodes provinciaux1, et il fut expressément déclaré dans le synode de Dordrect, que ces Confessions de foi, loin de passer pour une règle certaine, pouvoient être examinées de nouveau : de sorte qu'on obligeoit les remontrants à souscrire à une doctrine de foi, même sans y croire.

Nous avons déjà observé ce qui est marqué dans les actes, que les canons du synode contre les remontrants furent établis avec un consentement unanime de tous les opinants, « sans en excepter un seul2. » Les prétendus réformés de France n'avoient pas eu permission de se trouver à Dordrect, quoiqu'ils y fussent invités: mais ils en reçurent les décisions dans leurs synodes nationaux , et entre autres dans celui de Charenton en 1620, où l'on en traduisit en françois tous les canons; et la souscription en fut ordonnée avec serment en cette forme : «'. Je reçois, approuve et embrasse toute la doctrine enseignée au synode de Dordrect comme entièrement conforme à la parole de Dieu et confession de foi de nos Églises : la doctrine des arminiens fait dépendre l'élection de Dieu de la volonté des hommes, ramène le paganisme, déguise le papisme, et renverse toute la certitude du salut3. » Ces derniers mots font connoître ce qu'on jugeoit de plus important dans les décisions de Dordrect; et la certitude du salut y paroît comme un des caractères les plus essentiels du calvinisme.

Encore tout nouvellement, la première chose qu'on a exigée des ministres de ce royaume réfugiés en Hollande dans ces dernières affaires de la religion a été de souscrire aux actes du synode de Dordrect; et tant de concours, tant de serments, tant d'actes réitérés semblent faire voir qu'il n'y a rien de plus authentique dans tout ce parti.

Le décret même du synode montre l'importance de cette décision, puisque les remontrants y sont a privés du ministère, de leurs chaires

1. Syn. Delph. int. Art. Dordr., sess. 25, p. 91; sess, 32, pag. 123.

2. Sess. 125. 130. Prœf. ad Ecoles. — 3. Syn. de Char., c. 23.

de professeurs en théologie, et de toutes autres fonctions tant ecclésiastiques qu'académiques, jusqu'à ce qu'ayant satisfait à l'Église, ils lui soient pleinement réconciliés et reçus à sa communion l : » ce qui montre qu'ils étoient traités d'excommuniés, et que la sentence d'excommunication portée contre eux dans les églises et synodes particuliers étoit confirmée; après quoi le synode supplie les états «de ne souffrir pas qu'on enseigne une autre doctrine que celle qui venoit d'être définie , et d'empêcher les hérésies et les erreurs qui s'élevoient : » ce qui regarde manifestement les articles des arméniens, qu'on avoit qualifiés d' « erronés » et de « sources d'erreurs cachées. »

Toutes ces choses pourroient faire voir qu'on a regardé ces articles comme fort essentiels à la religion. Cependant M. Jurieu nous apprend bien le contraire : car après avoir supposé « que l'Église romaine du temps du concile de Trente étoit du moins dans les sentiments des arminiens, » il poursuit ainsi 2 : « Si elle n'eût point eu d'autres erreurs, nous eussions très-mal fait de nous en séparer : il eût fallu tolérer cela pour le bien de la paix; parce que c'est une Église dont nous faisons partie, et qui ne s'étoit pas confédérée pour soutenir la grâce selon la théologie de saint Augustin, » etc. Et c'est aussi ce qui lui fait conclure3, que ce qui fait oc qu'on a retranché les remontrants de la communion , c'est parce qu'ils n'ont pas voulu se soumettre à une doctrine, premièrement que nous croyons conforme à la parole de Dieu; secondement, que nous nous étions obligés par une confession confédérée de soutenir et de défendre contre le pélagianisme de l'Église romaine. »

Sans lui avouer ses principes, ni ce qu'il dit de l'Église romaine, il me suffit d'exposer ses sentiments, qui lui ont fait dire dans un autre endroit, que « les Églises de la Confession des Suisses et de Genève retrancheroient de leur communion un semi-pélagien et un homme qui soutiendroit les erreurs des remontrants; mais que ce ne seroit pourtant pas leur dessein de déclarer cet homme damné, comme si le semi -pélagianisme damnoit4. » Il demeure donc bien établi, parle sentiment de ce ministre, que la doctrine des remontrants peut bien exclure quelqu'un de la confédération particulière des Églises prétendues réformées; mais non pas en général de la société des enfants de Dieu : ce qui montre que ces articles ne sont pas de ceux qu'on appelle fondamentaux.

Enfin le même docteur, dans le Jugement sur les méthodes, où il travaille à la réunion des luthériens avec ceux de sa communion, reconnoît, que « pour arrêter un torrent de pélagianisme qui alloit inonder les Pays-Bas, le synode de Dordrect a dû opposer la méthode la plus rigide et la plus exacte à ce relâchement pélagien 5. » Il ajoute que dans cette vue a il a pu imposer à son parti la nécessité de soutenir la méthode de saint Augustin, et obliger non tous les membres

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