‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 150 sur 210 · Ci-dessus. — 2. Ibid., liv. VIII. — 3. Ibid · texte numérisé non relu

Ci-dessus. — 2. Ibid., liv. VIII. — 3. Ibid

4. Epist., tit. de Praed. Conc, p. 617; Solida repetit., eod. tit.. pag. 804.

5. Daillé, Apol. tract., 2 p""t. ; Blond. , Act, auth., 8 et seq., p. 77 ; Jud. theol. Mag. Brit. de art. 2, int." Act. sjn. Dordr., 2 part., pag. 287 ; "Jud. Brem.t ibid., pag. 113 et seq.

les familles, lorsque le magistrat y mit la main. Du conseil des Vingt- Cinq la question fut portée à celui des Deux-Cents. Ces magistrats ne rougirent point de faire disputer leurs pasteurs et leurs professeurs devant eux, et s'érigèrent en juges d'une question de la plus fine théologie. Il vint de puissantes recommandations de la part des Suisses pour la grâce particulière contre la grâce universelle : un rigoureux décret partit, par lequel ]a dernière fut proscrite. On publia la formule d'un théologien que les Suisses avoient approuvée, où le système de la grâce universelle étoit déclaré « non médiocrement éloigné de la saine doctrine révélée dans les Écritures; » et afin que rien n'y manquât, le souverain magistrat ordonna que tous les ministres, docteurs et professeurs souscriroient à la formule avec ces mots : « Ainsi je le crois; ainsi je le professe; ainsi je l'enseignerai. » Ce n'est pas là une soumission de police et d'ordre ; c'est un pur acte de foi ordonné par l'autorité séculière : c'est à quoi se termine la réforme, à soumettre l'Église au siècle, la science à l'ignorance, et la foi au magistrat.

Cette formule helvétique avoit encore une autre partie, où sans se mettre en peine ni des Septante, ni des Targums, ni de l'original samaritain, ni de tous les vieux interprètes, et de toutes les anciennes leçons , on canonisoit jusques aux points du texte hébreu que nous avons , qu'on déclaroit net de toute faute de copistes , jusques aux moindres, et de toute atteinte du temps. Les auteurs de ce décret ne sentirent pas combien ils s'immoloient à la risée de tous les savants, même de leur communion; mais ils s'attachoient aux vieilles maximes de la réforme encore ignorante. Ils étoient fâchés de voir que les leçons de la Vulgate, qu'on avoit prises autrefois comme autant de falsifications, étoient tous les jours de plus en plus approuvées par les savants du parti : et en fixant le texte original, suivant que nous l'avons aujourd'hui, ils croyoient s'affranchir de la nécessité de la tradition; sans songer que sous le nom de texte hébreu, au lieu des traditions ecclésiastiques, et de celles de l'ancienne Synagogue, ils consacroient celles des rabbins.

Il s'est fait encore à Genève un autre décret sur la foi en 1675, où l'on confirma celui de 1649, par lequel on ajoutoit « deux nouveaux articles à la Confession de foi : x> l'un, pour dire a que l'imputation du péché d'Adam étoit antérieure à la corruption; » l'autre, pour dire « que, dans l'ordre des décrets divins; l'envoi de Jésus-Christ est après le décret de l'élection. » On ordonna que tous ceux qui refuseroient de souscrire à ces deux nouveaux articles de foi seroient exclus et déposés du ministère et de toute fonction ecclésiastique.

Cette décision fut trouvée étrange dans le parti même; et Turretin, ministre et professeur à Genève , en reçut de grands reproches de M. Claude, comme il paroît par une lettre de ce ministre du 20 juin 1675, que Louis Dumoulin, fils du ministre Pierre Dumoulin, et oncle du ministre Jurieu, a fait imprimer1.

M. Claude se plaint dans cette lettre de ce qu'on sollicite les Suisses

1* FOSC; epist. 1676, pag. 83, 94.

à « diesser un formulaire » conforme à celui de Genève, a contenant les mêmes points et les mêmes restrictions, pour être ajoutées à leur Confession de foi'1 ; » et on voit par une remarque de Dumoulin, insérée dans la même lettre 2, que les Suisses en effet ont « frappé ce coup » que M. Claude trouvoit « si terrible. »

Cependant le même ministre soutient qu'il « n'est pas permis d'ajouter ainsi de nouveaux articles de foi à ceux de sa Confession, et qu'il est dangereux de remuer les anciennes bornes qui ont été plantées par nos pères3. » Plût à Di<3u que nos réformés eussent toujours eu devant les yeux cette maxime du Sage4, où ils sont si souvent contraints de revenir pour terminer les divisions qu'ils voient naître incessamment dans leur sein ! M. Claude la propose à ceux de Genève, et s'étonne que cette Église « fasse ainsi de nouveaux articles de foi et de nouvelles lois de prédication5 : » il prétend qu'en user ainsi, c'étoit se faire soi-même « des dieux, » et rompre l'unité avec toutes les Églises qui ne sont pas de son sentiment, c'est-à-dire « avec celles de France, avec celles d'Angleterre, avec celles de Pologne, de Prusse et d'Allemagne6; » que ce n'est point ici une simple affaire de discipline où les Églises puissent varier; que c'est se désunir dans des «points de doctrine, immuables de leur nature; » qu'on « ne peut pas en bonne conscience enseigner diversement : » de sorte que ce n'est pas seulement a se faire un ministère particulier, » mais encore jeter « les semences d'une funeste division » dans la foi même, et en un mot « fermer son cœur » aux autres Églises '.

Si on veut maintenant savoir jusqu'où l'Église de Genève portoit sa rigueur, on l'apprendra dans la même lettre 8; car elle marque qu'on exigeoit la signature des articles avec une sévérité inconcevable; qu'on l'exigeoit même de ceux qui s'adressoient à Genève pour y recevoir la vocation, dans le dessein d'aller servir ailleurs ; qu'on leur imposoit la même nécessité de la souscription qu'à ceux de Genève même; qu'on .'exigeoit des pasteurs déjà reçus avec la même rigueur, bien qu'ils eussent déjà vieilli dans les travaux du ministère : » et cela, dit M. Claude y, c'est, «autant qu'il est en eux, ravir partout la charge à tous ceux qui sont de différents sentiments (c'est-à-dire à tout le reste des Églises), et se condamner eux-mêmes, comme ayant entretenu jusques ici une paix injuste avec des gens à qui il falloit déclarer la guerre 10. »

Toutes ces remontrances n'ont rien opéré : l'Église de Genève est demeurée ferme, aussi bien que celle des Suisses, persuadées l'une et l'autre que leurs déterminations étoient appuyées sur la parole de Die.* ce qui continue à faire voir que sous le nom de cette parole, c'est ses propres imaginations que chacun adore; que si l'on a quelque autre principe pour convenir du sens de cette parole, il n'y aura jamais entre les Églises qu'une union politique et extérieure , telle qu'elle est demeurée avec ceux de Genève, qui dans le fond avoient rompu avec

1. Fasc, epist. 1576, pag. 95. — 2. Ibid., pag. loi. — 3. Pag. 85.

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