‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 167 sur 210 · Syst.y pag. 61. — 4. Ibid., pag · texte numérisé non relu

Syst.y pag. 61. — 4. Ibid., pag

le fut pas tout à fait, puisque a les grandes assemblées des novatiens et des donatistes n'y furent point appelées. » Je ne veux que cet aveu pour conclure qu'on ne les regardoit donc pas alors comme partie de l'Église universelle, puisqu'on ne songea seulement pas à les appeler dans un concile convoqué exprès pour la représenter.

Et en effet, écoutons comme ce concile parle des novatiens ou ca- Ihares : « Ceux-là, » dit-il1 , a lorsqu'ils viendront à l'Église catholique. » Arrêtons; l'affaire est vidée : ils n'y sont donc point. 11 ne parle pas en autres termes des paulianistes, dont il improuve le baptême: « Touchant les paulianistes , lorsqu'ils demandent d'être reçus dans l'Église catholique5: »» encore un coup, ils n'y sont donc pas selon l'i iée de ces Pères, et le ministre en convient. Mais afin qu'il n'ose plus dire que ceux dont on reçoit le baptême sont dans l'Église catholique, et non pas ceux dont on le rejette, le concile met également hors de l'Église catholique tant ceux dont il approuve le baptême, comme les novatiens, que ceux qu'il fait rebaptiser, comme les pau~ lianistes; par conséquent, cette différence ne dépendoit point du tout de ce que les uns étoient réputés membres de l'Église catholique, et les autres non.

Il en faut dire autant des donatistes, dont le concile de Nicée ne reçut pas la communion ni les évêques; et au contraire, il reçut dans ses séances Cécilien, évêque deCarthage, dont les donatistes s'étoient séparés. Ce concile regardoit donc aussi les donatistes comme séparés de l'Église universelle.

Que le ministre nous vienne dire maintenant que les Pères de Nicée sont de son avis, ou que leur doctrine étoit nouvelle, ou que, lorsqu'ils prononcèrent contre les ariens cette sentence : a La sainte Église catholique et apostolique les frappe d'anathème , » ils les laissoient unis avec eux dans cette même Église catholique, et ne les chassoient seulement que d'une confédération volontaire et arbitraire qu'ils pouvoient étendre plus ou moins à leur gré : ces discours devroient paroître comme des prodiges.

Le ministre range parmi les Symboles que tout le monde reçoit, ceux des apôtres, de Nicée, et de Constantinople. On est d'accord en effet que ces trois symboles n'en font qu'un , et que celui de ces deux premiers conciles œcuméniques ne fait qu'expliquer celui des apôtres. Nous avons vu les sentiments du concile de Nicée. Le concile de Constantinople agit sur les mêmes principes, puisqu'il chasse toutes les sectes de son unité : d'où il conclut, dans sa lettre à tous les évêques, a que le corps de l'Église n'est pas divisé3; » et c'étoit dans ce même esprit qu'il avoit dit dans son symbole: <x Je crois une sainte Église, catholique et apostolique4, ajoutant ce mot aune » à ceux de sainte et de catholique, qui étoient dans le Symbole des apôtres, et le fortifiant (•ar celui « d'apostolique, » pour montrer que l'Église ainsi définie, et

1. Conc. iVic, can. 1. Labb. tom. II, col. 1 et seq. — 2. Can. 19. 3. Conc. CP. epist., ad omn. episc. Labb., tom. II, col. 965. k. Ibid., col. 953.

parfaitement une par l'exclusion de toutes les sectes, étoit celle que les apôtres avoient fondée.

Le lecteur intelligent attend ici ce que lui dira le hardi ministre sur le Symbole de apôtres, et sur l'article : « Je crois l'Église catholique. » On avoit cru jusqu'ici , et même dans la réforme, que ce Symbole, si unanimement reçu par tous les chrétiens, étoit un abrégé, et comme un précis de la doctrine des apôtres et de l'Écriture. Mais le ministre nous apprend tout le contraire : car après avoir décidé que les apôtres n'en sont point les auteurs, il ne veut pas même accorder, ce que personne jusqu'ici n'evoit nié, que du moins il ait élé fait entièrement selon leur esprit1. Il dit donc, a qu'il faut chercher le sens des articles du Symbole, non dans l'écriture, mais dans l'intention de ceux qui l'ont composé. » Mais, poursuit-il, le symbole n'a pas été fait tout d'un coup : l'article, « Je crois l'Église catholique , a été ajouté au quatrième siècle. » A quoi sert ce raisonnement, si ce n'est pour se préparer un refuge contre le Symbole, et ne lui donner que l'autorité du quatrième siècle? au lieu que tous les chrétiens l'ont regardé jusqu'ici comme la commune confession de foi de tous les siècles et de toutes les Églises chrétiennes depuis le temps des apôtres.

Mais voyons enfin, quoi qu'il en soit, comment il définit selon le Symbole la sainte Église catholique. Il rejette d'abord la définition qu'il attribue aux catholiques; il n'approuve pas davantage celle qu'il donne aux protestants. Pour lui, qui s'élève au-dessus des protestants ses confrères comme au-dessus des catholiques ses ennemis, ayant à définir l'Église de tous les temps, il le fera en disant que c'est le corps de ceux qui font profession de croire Jésus-Christ le véritable Messie : corps divisé en un grand nombre de sectes2; » il faut encore ajouter, qui s'excommunient les unes les autres, afin que toutes les hérésies frappées d'anathème, et encore tous les schismatiques, fussent-ils divisés d'avec leurs frères « jusqu'aux épées tirées, » pour nous servir de l'expression du ministre, aient le bonheur de se trouver dans l'Église du Symbole, et dans l'unité chrétienne qui nous y est enseignée. Voilà ce qu'on ose dire dans la réforme; et le royaume de Jésus-Christ y pArte dans sa propre définition le caractère de la division a par laquelle tout royaume est désolé, » selon l'Évangile3.

Le ministre devoit du moins se souvenir du Catéchisme qu'il a enseigné lui-même à Sedan durant tant d'années, où après qu'on a récité : « Je crois l'Église catholique, » on en conclut « que hors de l'Église il n'y a que damnation et que mort; et que tous ceux qui se séparent de la communauté des fidèles, pour faire secte à part, ne doivent espérer de salut4. » Il est bien certain qu'on parle ici de l'Église universelle : on peut donc faire secte à part à son égard: on peut se séparer de son unité. Je demande si en cet endroit, « faire secte à part » est un mot qui Jignifie l'apostasie. Celui qui fait secte à part, est-ce celui qui prend le turban, et qui renonce publiquement à son baptême? Est-ce

1. Préj. lég.y ch. n, pag. 27, 28 ; Syst., pag. 217. — 2. Ibid., pag. 29. * Luc, XI, 17. — 4. Cat. des nrét. réf., dim. 17.

ainsi que parlent les nommes ? Est-ce ainsi qu'il faut parler dans un Catéchisme à un enfant innocent, afin de lui embrouiller toutes ses idées, et qu'il ne sache plus à quoi s'en tenir?

Je crois travailler au salut des âmes en continuant le récit des égarements du ministre , les plus grands et les plus visibles où la défense d'une mauvaise cause ait peut-être jamais jeté aucun homme. Ce qu'il a fallu inventer, pour soutenir le système, est plus étrange, s'il se peut, et plus inouï que le système même. Il a fallu brouiller toutes les idées que nous donne l'Écriture. Elle nous parle du schisme de Jéroboam comme d'une action détestable, qui a commencé par une révolte »; qui s'est soutenue par une idolâtrie formelle, et en adorant des veaux d'or; qui a fait quitter jusqu'à l'arche; enfin qui a fait renoncer à la loi de Moïse, à Aaron, au sacerdoce, et à tout le ministère lévitique, pour conserver un faux sacerdoce « aux dieux étrangers et aux démons2. » Et toutefois il faut dire que ces schismatiques, ces hérétiques, ces déserteurs de la loi, ces idolâtres faisoient partie du peuple de Dieu. Les sept mille que Dieu s'étoit réservés, et le reste de l'élection dans Israël, adhéroient au schisme3. Les prophètes du Seigneur communiquoient avec ces schismatiques et ces idolâtres, et rompoient avec Juda, où étoit le lieu que Dieu avoit choisi; et un schisme si qualifié ne devoit pas être compté « parmi les péchés qui détruisent la grâce4. » Si cela est, toute l'Écriture ne sera plus qu'une illusion et que l'exagération la plus outrée qui se trouve dans tout le langage humain. Mais enfin, que faut-il dire aux passages qu'allègue M. Jurieu"? Tout, plutôt que d'avouer un si grand excès, et de mettre des idolâtres publics dans la société des enfants de Dieu : car ce n'est pas ici le lieu d'approfondir davantage cette matière.

L'Église chrétienne ne se sauve non plus des mains du ministre que l'Église judaïque : il l'attaque dans son fort et dans sa fleur, et jusque dans ces bienheureux temps où elle étoit gouvernée par les apôtres. Car, selon lui5, les juifs convertis (c'est-à-dire la plus grande partie de l'Église, puisqu'il y en a avoit tant de milliers» selon la parole de saint Jacques6, et constamment la plus noble, puisqu'elle comprenoit ceux sur lesquels les autres « étoient entés, la tige, la racine sainte d'où la bonne sève de l'olivier » étoit découlée sur les sauvageons 7) étoient hérétiques et schismatiques, coupables même d'une hérésie dont saint Paul a dit qu'elle « anéantissoit la grâce, » et a ne laissoit rien à espérer de Jésus-Christ 8. » Le reste de l'Église, c'est-à-dire ceux qui venoient des gentils, participoient au schisme et à l'hérésie en y consentant, et en reconnoissant comme saints et comme frères en Jésus- Christ ceux qui avoient dans l'esprit une si étrange hérésie, et dans le cœur une jalousie si criminelle; et les apôtres eux-mêmes étoient les plus hérétiques et les plus schismatiques de tous, puisqu'ils connivoient à de tels crimes et à de telles erreurs. Telle est l'idée qu'on nou*

1. // Reg. m, 12 ; II Par. n, 13. — 2. // Par. xr, 15. 3. Syst.y liv. I, c. xni. — 4. Ibid., c. xx, pag. 153.

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