Ibid., c. xiv, eh. xxi, pag. 167 — 6. Act. xxi
7. Rom.t xi, 17, etc. — 8. Syst., ibid., ch. xx, pag. 167; Gai, v, 2, 4.
donne de l'Église chrétienne sous les apôtres, lorsque le sang de Jésus- Christ étoit, pour ainsi dire, encore tout chaud, sa doctrine toute fraîche, l'esprit du christianisme encore dans toute sa force. Quelle idée auront les impies, de la suite de l'Église, si ces commencements tant vantés sont fondés sur l'hérésie et sur le schisme, et qu'il faille étendre la corruption jusqu'à ceux qui avoient les prémices de l'esprit?
Il sembloit que notre ministre vouloit du moins exclure les sociniens de la société du peuple de Dieu, puisqu'il a dit si souvent qu'ils attaquoient directement les vérités fondamentales, et que les sociétés d'où on les ôte sont des sociétés mortes, qui ne peuvent donner à Dieu des enfants1. Mais tout cela n'étoit qu'un faux semblant, et le ministre méprisoit en son cœur ceux qui s'y laisseroient surprendre.
En effet, le principe fondamental de sa doctrine, c'est que «jamais la parole de Dieu n'est prêchée dans un pays, que Dieu ne lui donne efficace à l'égard de quelques-uns2. » Gomme donc très-constamment la parole de Dieu est prêchée parmi les sociniens, le ministre conclut très-bien, selon ses principes, que «si le socinianisme se fût autant répandu que l'est, par exemple, le papisme, Dieu auroit aussi trouvé les moyens d'y nourrir ses élus, et de les empêcher de participer aux hérésies mortelles de cette secte; comme autrefois il trouvoit bien moyen de conserver dans l'arianisme un nombre d'élus et de bonnes âmes, qui se garantirent de l'hérésie des ariens. »
Que si les sociniens dans l'état où ils se trouvent maintenant ne peuvent pas contenir les élus de Dieu , ce n'est pas à cause de leur perverse doctrine ; c'est que « comme ils ne font point nombre dans le monde, qu'ils y sont dispersés sans y faire figure, qu'en la plupart des lieux ils n'ont point d'assemblée, il n'est pas nécessaire de supposer que Dieu y sauve personne. » Cependant, puisqu'il est constant que les sociniens ont eu des églises en Pologne, et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie, onpourroit demander au ministre quelle quantité il en faut pour a faire figure. » Mais, quoi qu'il en soit, selon lui, il ne tient qu'aux princes de donner des enfants de Dieu à toutes les sociétés, quelles qu'elles soient, en leur donnant des assemblées: et si le diable achève son œuvre, si en prenant les hommes par le penchant des sens, et. en répandant par ce moyen les sociniens dans le monde, il trouve encore le moyen de leur procurer un exercice plus libre et plus étendu, il forcera Jésus-Christ a y former ses élus.
Le ministre répondra, sans doute, que s'il dit qu'on se peut sauver dans la communion des sociniens, ce n'est pas par voie de tolérance, mais par voie de discernement et de séparation : c'est-à-dire que ce n'est pas en présupposant que Dieu tolère le socinianisme, comme il fait les autres sectes qui ont conservé les fondements; mais au contraire en présupposant que ces associés des sociniens en discernant le
t. Préj. lég., pag. 4, 5, etc.-, Sijst., pag. 347, 149, etc. 2. Ibid., pag. 16 ; Syst., liv. I, c. xir, p. 98, 102 ; c. xix, pag. 149, etc. ; t. xx, p. 153, etc.
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bon d'avec le mauvais dans la prédication de cette secte, en rejetteront les blasphèmes dans leur cœur, encore qu'à l'extérieur ils demeurent unis avec elle.
Mais, de quelque sorte qu'il le prenne, sa réponse n'est pas moins pleine d'impiété Car premièrement il n'est pas moins d'accord avec lui-même sur la tolérance de ceux qui nient la divinité du Fils de Dieu, puisqu'il étend cette tolérance jusqu'aux ariens : a Damner, dit-il1, tous ces chrétiens innombrables qui vivoient sous la commu mon externe de Parianisme, dont les uns en détestaient les dogmes, les autres les ignoroient, les autres les tolér oient en esprit de paix. les autres étoient retenus dans le silence par la crainte et par l'autorité; damner, dis-je, tous ces gens-là, c'est une opinion de bourreau, et qui est digne de la cruauté du papisme. » Ainsi la miséricorde de M. Jurieu s'étend non-seulement jusqu'à ceux qui demeuroient dans la communion des ariens, parce qu'ils en ignoroient les sentiments, mais encore jusqu'à ceux qui les sa voient; et non-seulement jusqu'à ceux qui en les sachant et les détestant dans leur cœur ne les blâmoient point « par crainte, j> mais encore jusqu'à ceux qui « les toléroient en esprit de paix, » c'est-à-dire jusqu'à ceux qui jugeoient que nier la divinité de Jésus-Christ étoit un dogme tolérable. Qui empêche donc « qu'en esprit de paix » on ne tolère encore les sociniens comme on tolère les autres, et qu'on n'étende sa charité jusqu'à les sauver?
Mais quand le ministre se repentiroit d'avoir porté la tolérance jusqu'à cet excès, et que dans la communion des sociniens il ne voudroit sauver que ceux qui en détesteroient les sentiments dans leur cœur, sa doctrine n'en seroit pas meilleure pour cela; puisque enfin il faudroit toujours sauver ceux qui sachant le sentiment des sociniens ne laisseroient pas de demeurer dans leur communion externe, c'est-à-dire de fréquenter leurs assemblées , de se joindre à leurs prières et à leur culte, et d'assister à leurs prédications avec un extérieur si semblable à celui des autres, qu'ils passassent pour être des leurs. Si cette dissimulation est permise, on ne sait plus ce que c'est que l'hypocrisie, ni ce que veut dire cette sentence : a Retirez-vous des tabernacles des impies2. »
Que si le ministre répond que ceux qui fréquenteroient de cette sorte les assemblées des sociniens dirigeroient leur intention de manière qu'ils ne participeroient qu'à ce qu'il y a de bon parmi eux, c'està-dire à l'unité de Dieu et à la mission de Jésus-Christ, c'est encore une plus grande absurdité ; puisque rien n'empêche en ce sens qu'on ne vive encore dans la communion des juifs et des mahométans : car il n'y auroit qu'à penser qu'on ne participe avec eux que dans la croyance de l'unité de Dieu, en détestant dans son cœur, sans en dire mot, ce qu'ils prononcent contre Jésus - Christ ; et si l'on dit que c'est assez pour être damné de faire son culte ordinaire d'une assemblée où Jésus- Christ est blasphémé, les sociniens , qui blasphèment sa divinité et tant d'autres de ses vérités, ne sont pas meilleurs.
i. Préj. lég.y pag. 22. — 2. Num., xvi, 16.
Telles sont les absurdités du nouveau système : on ne s'y jette pas volontairement, et on ne prend pas plaisir à se rendre soi-même ridicule en avançant de tels paradoxes. Mais c'est qu'un abîme en attire un autre : on ne tombe dans ces excès que pour sauver d'autres excès où l'on étoit déjà tombé. La réforme étoit tombée dans l'excès de se séparer non-seulement de l'Église où elle avoit reçu le baptême, mais encore de toutes les Églises chrétiennes. Dans cet état, pressée de répondre où étoit l'Église avant les réformateurs, elle ne pouvoit tenir un langage constant; et l'iniquité se démentoit elle-même. Enfin, n'en pouvant plus, et peu contente de toutes les réponses qu'on avoit faites de nos jours, elle a cru enfin se dégager en disant que ace n'est point aux sociétés » particulières, aux luthériens, aux calvinistes qu'il faut demander la suite visible de leur doctrine et de leurs pasteurs; qu'il est vrai a qu'elles n'étoient pas encore formées il y a deux cents ans, » mais que l'Église universelle dont ces sectes font partie étoit visible dans les « communions qui composoient le christianisme, les Grecs, les Abyssins, les Arméniens, les Latins1, » et que c'est toute la succession dont on a besoin. Voilà le dernier refuge : c'est là tout le dênoûment. Mais toutes les sectes en diront autant, il en faut convenir. Il n'en est ni n'en fut jamais aucune, qui, à ne prendre en chacune que la profession commune du christianisme, ne trouve sa succession comme notre ministre a trouvé la sienne; de sorte que, pour donner une suite et une perpétuité toujours visible à son Église, il a fallu prodiguer la même grâce aux sociétés les plus nouvelles et les plus impies.
Le plus grand outrage qu'on puisse faire à la vérité est de la connoître, et en mêmp temps de l'abandonner, ou de Paffoiblir. M. Jurieu a reconnu de grandes vérités : Premièrement, que l'Église se prend ordinairement pour une société toujours visible; et je « vais même, » dit-il *, « sur ce sujet plus loin que M. de Meaux. » A la bonne heure: ce que j'avois dit étoit suffisant ; mais puisqu'il nous en veut donner davantage, je le reçois de sa main.
Secondement, il convient qu'on ne peut nier « que l'Église, laquelle le Symbole nous oblige de croire, ne soit une Église visible*. »
C'en étoit assez pour démontrer la perpétuelle visibilité de l'Église; puisque ce qu'on croit dans le Symbole est une éternelle et immuable vérité. Mais afin qu'il demeure pour constant que cet article de notre foi est fondé sur une promesse expresse de Jésus-Christ, le ministre nous accorde encore que l'Église, à qui Jésus-Christ avoit promis que Tenfer ne prévaudroit point contre elle, étoit « une Église confessante, jne Église qui publie la foi avec saint Pierre, une Église par conséquent toujours extérieure et visible4; » ce qu'il pousse si avant quMl assure sans hésiter que celui a qui auroit la foi sans la profession de la foi, ne seroit pas de l'Église*. »
C'est encore ce qui lui a fait dire, « qu'il est de l'essence de l'Église
i. Sy«*., liv. I, c. xxix, p. 226 ; liv. m, c. xvn. — 2. Ibid., pag. 21*. 3. Ibid., pag. 217. — 4. Ibid., pag. 215. — 5. Ibid,, pag. 2.
chrétienne qu'elle ait un ministère1. » Il approuve aussi bien que M. Claude que nous inférions de ces paroles de Notre-Seigneur, « Enseignez, baptisez, et je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles5, » qu'il y aura toujours des docteurs avec lesquels Jésus-Christ enseignera, et que la vraie prédication ne cessera jamais dans l'Église3. » Il en dit autant des sacrements, et il demeure d'accord que le lien des chrétiens par les sacrements est essentiel à l'Église; qu'il n'y a point de véritable Église sans sacrements4, » d'où il conclut qu'il en faut c avoir l'essence » et le fond pour être du corps de l'Église.
De tous ces passages exprès, le ministre conclut avec nous : que l'Église est toujours visible, nécessairement visible 5 ; » et ce qu'il y a de plus remarquable, non-seulement « selon le corps, * mais encore « selon l'âme, » comme il parle : parce que, dit-il, « quand je vois les sociétés chrétiennes où ia doctrine conforme à la parole de Dieu est conservée, autant qu'il est néce-ssaire pour l'essence de l'Église, je sais et je vois certainement qu'il y là des élus; puisque partout où sont les vérités fondamentales, elles sont salutaires à quelques gens. »
Après cette suite de doctrine, que le ministère confirme par tant de passages exprès, on croiroit qu'il n'y a rien de mieux établi dans son esprit par les Écritures, parles promesses de Jésus-Christ, par le Symbole des apôtres, que la perpétuelle visibilité de l'Église : et néanmoins il dit le contraire, non par conséquence, mais en termes formels ; puisqu'il dit en même temps que cette perpétuelle visibilité de l'Église x ne se prouve point par ces preuves qu'on appelle de droit6, » c'està-dire par l'Écriture, comme il l'explique, « qu'en supposant que Dieu se conserve toujours un nombre de fidèles cachés , une Église pour ainsi dire souterraine et inconnue à toute la terre : car une Église cachée et inconnue est tout aussi bien le corps de Jésus-Christ, son épouse, et son royaume, qu'une Église connue; et enfin que les promesses de Jésus-Christ demeureroient en leur entier, quand l'Église seroit tombée dans un si grand obscurcissement, qu'on ne pût marquer et dire, Là est la vraie Église, et là Dieu se conserve des élus. »
Que devient donc cet aveu formel, que l'Église dans l'Écriture est toujours visible ; que les promesses qu'elle a reçues de Jésus-Christ pour sa perpétuelle durée s'adressent à une Église visible, à une Église qui publie sa foi, à une Église qui a des élus et un ministère, à qui le ministère est essentiel, et qui n'est plus une Église, si la profession de la foi lui manque? On n'en sait rien : le ministre croit tout concilier en nous disant que pour lui, à la vérité, il croit l'Église toujours visible, et qu'on peut prouver par l'histoire qu'elle l'a toujours été7. Qui ne voit où il en veut venir? C'est qu'en un mot s'il arrive qu'un protestant soit forcé d'avouer selon sa croyance que l'Église ait cessé d'être visible, en tout cas il aura nié un fait; mais il n'aura pas renversé une promesse de Jésus-Christ. Mais c'est là trop grossièrement