Ci-dessus, liv. I. — 3. Sleid., liv. XVI, pag
ïbles; mais ils étoient dans les thèses de Luther, et on ies y voit enbre dans l'édition de ses œuvres *.
Il arriva dans ce temps un nouveau sujet ae querene. nerman, archevêque de Cologne, s'étoit avisé de réformer son diocèse à la nouvelle manière, et il y avoit appelé Mélanchthon et Bucer. C'étoit constamment le plus ignorant de tous les prélats; et un homme toujours entraîné où vouloient ses conducteurs. Tant qu'il écouta les conseils du docte Gropper, il tint de très-saints conciles pour la défense de l'ancienne foi, et pour commencer une véritable re formation des mœurs. Dans la suite les luthériens s'emparèrent de son esprit, et le firent donner à l'aveugle dans leurs sentiments. Comme le landgrave parloit une fois à l'empereur de ce nouveau réformateur: « Que réformera ce bon homme? lui répondit-il 2; à peine entend-il le latin. En toute sa vie il n'a jamais dit que trois fois la messe: je l'ai ouï deux fois; il n'en savoit pas le commencement. » Le fait étoit constant; et le landgrave, qui n'osoit dire qu'il sût un mot de latin, assura a qu'il avoit lu de bons livres allemands, et entendoit la religion. » C'étoit l'entendre, selon le landgrave, que de favoriser le parti. Comme le pape et l'empereur s'unirent contre lui, les princes protestants de leur côté, « lui promirent de le secourir si on l'attaquoit pour la religion 3. »
On en vint bientôt à la force ouverte. Plus l'empereur témoignoit que ce n'étoit pas pour la religion qu';l prenoit les armes, mais pour mettre à la raison quelques rebelles dont l'électeur de Saxe et le landgrave étoient les chefs; plus ceux-ci publioient dans leurs manifestes que cette guerre ne se faisoit que par la secrète instigation de l'Antéchrist romain et du concile de Trente 4. C'est ainsi que, selon les thèses de Luther, ils tAchoient de faire paroître licite la guerre qu'ils faisoient à l'empereur. Il y eut pourtant entre eux une dispute, comment on traiterait Charles V dans les écrits qu'on publioit. L'électeur, plus consciencieux, ne vouloit pas qu'on lui donnât le nom d'empereur: a autrement, » disoit-il, a on ne pourroit pas licitement lui faire la guerre s. » Le landgrave n'avoit point de ces scrupules; et d'ailleurs qui avoit dégradé l'empereur? qui lui avoit ôté l'empire? Vouloit-on établir cette maxime, qu'on cessât d'être empereur dès qu'on seroit uni avec le pape? C'étoit une pensée ridicule autant que criminelle. A la fin, pour tout accommoder, il fut dit que sans avouer ni nier que Charles V fût empereur, on le traiteroit comme se portant pour tel; et par cet expédient toutes les hostilités devinrent permises. Mais la guerre ne fut pas heureuse pour les protestants. Abattus par la fameuse victoire de Charles V près de l'Elbe, et par la prise du duc de Saxe et du landgrave, ils ne savoient à quoi se résoudre. L'empereur leur proposa, de son autorité, un formulaire de doctrine qu'on appela l'Intérim, ou le livre de l'empereur, qu'il leur ordonnoit de suivre par provision jusqu'au concile. Toutes les erreurs des luthériens y étoient rejetées: on
i. Tom. I Vit., 407. — 2. Sleid., lib. XVII, 276. 3. Epist. Vit. Theod., inter Ep. Calv., pag. 82. *• Sleid., liv. XVII, 289, 295, etc. — 5. Ibid., liv. XVII, pag. 297.
y toléroit seulement le mariage des prêtres qui s'étoient faits luthériens, et on laissoit la communion sous les deux espèces à ceux qui Pavoient rétablie, A Rome on blâma l'empereur d'avoir osé prononcer sur des matières de religion. Ses partisans répondoient qu'il n'avoit pas prétendu faire une décision ni une loi pour l'Église, mais seulement prescrire aux luthériens ce qu'ils pouvoient faire de mieux en attendant le concile. Cette question n'est pas de mon sujet: et il me suffit de remarquer, en passant, que Y Intérim ne peut point passer pour un acte authentique de l'Église, puisque ni le pape ni les évêques ne l'ont jamais approuvé. Quelques luthériens l'acceptèrent, plutôt par force qu'autrement: la plupart le rejetèrent; et le dessein de Charles V n'eut pas grand succès.
Pendant que nous en sommes sur ce livre, il n'est pas hors de propos de remarquer qu'il avoit déjà été proposé à la conférence de Ratis- >onne en 1541. Trois théologiens catholiques, Pflugius, évêque de Naûmbourg, Gropper et Eccius, y dévoient traiter, par l'ordre de l'empereur, de la réconciliation des religions avec Mélanchthon, Bucer et Pistorius, trois protestants. Eccius rejeta le livre; et les prélats avec les États catholiques n'approuvèrent pas qu'on proposât un corps de doctrine sans en communiquer avec le légat du pape, qui étoit alors à Ratisbonne *. C'étoit le cardinal Contarenus, très-savant théologien, e^, qui est loué même par les protestants. Ce légat ainsi consulté répond t qu'une affaire de cette nature devoit être « renvoyée au pape, pour ê <re réglée ou dans le concile général qu'on alloit ouvrir, ou par quel- ( ue autre manière convenable. »
Il est vrai qu'on ne laissa pas de continuer les conférences; et quand .es trois protestants furent convenus avec Pflugius et Gropper de quelques articles, on les appela les articles conciliés, encore qu'Eccius s'y fût toujours opposé. Les protestants demandoient que l'empereur autorisât ces articles, en attendant qu'on pût convenir des autres'. Mais les catholiques s'y opposèrent, et déclarèrent plusieurs fois qu'ils ne pouvoient consentir au changement d'aucun dogme ni d'aucun rit reçu dans l'Église catholique3. De leur côté les protestants, qui pressoient la réception des articles conciliés, y donnoient des explications à leur mode dont on n'étoit pas convenu; et ils firent un dénombrement des choses « omises dans les articles conciliés 4. » Mélanchthon, qui rédigea ces remarques, écrivit à l'empereur au nom de tous les protestants, qu'on recevroit les articles conciliés, «pourvu qu'ils fussent bien entendus b; » c'est-à-dire qu'ils les trouvoient eux-mêmes conçus en termes ambigus: et ce n'étoit qu'une illusion d'en presser la récep^ tion comme ils faisoient. Ainsi tous les projets d'accommodement demeurèrent sans effet : ce que je suis bien aise de remarquer par occa-
1. Sleid., lib. XIV. Act. coll. Ratisb. Argent., 1542, pag. 19S ; lbid., f32;Mel , lib. I, ep. 24, 25; Act. Ratisb., ibid , 136.