‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 18 sur 210 · Ibid., 143; Sleid., ibid. — 3. Ibid · texte numérisé non relu

Ibid., 143; Sleid., ibid. — 3. Ibid

4. Sleid., Resp. princ, 78. Annotata aut omissa in artic. Concil. 87, %. Lib., ep. 25, ad Carol. V.

sion , afin qu'on ne trouve pas étrange que je n'aie parlé qu'en passant d'une action aussi célèbre que la conférence de Ratisbonne.

Il s'en tint une autre dans la même ville et avec aussi peu de succès en 1546. L'empereur faisoit cependant retoucher à son livre, où Pflugius, évêque de Naûmbourg, Michel Helding, l'évêque titulaire de Sidon, et Islebius, protestants, mirent la dernière main l. Mais il ne fit que donner un nouvel exemple du mauvais succès aue ces décisions impériales avoient accoutumé d'avoir en matière de religion.

Durant que l'empereur s'efforçoit de faire recevoir son Intérim dans la viKe de Strasbourg, Bucer y publia une nouvelle Confession de foi *, où cette Église déclare qu'elle retient toujours immuablement sa première confession de foi présentée à Charles V à Augsbourg en 1530, et qu'elle reçoit aussi l'accord fait à Vitemberg avec Luther; o'est-àdire cet acte où il étoit dit que ceux mêmes qui n'ont pas la foi, et qui abusent du sacrement, reçoivent la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ.

Dans cette Confession de foi Bucer n'exclut formellement que la transsubstantiation, et laisse en son entier tout ce qui peut établir la présence réelle et substantielle.

Ce qu'il y eut ici de plus remarquable, c'est que Bucer, qui, en souscrivant les articles de Smalcalde, avoit souscrit en même temps, comme on a vu8, la Confession d'Augsbourg,. retint en même temps la Confession de Strasbourg; c'est-à-dire qu'il autorisa deux actes qui étoient faits pour se détruire l'un l'autre : car on se peut souvenir que ia Confession de a Strasbourg » ne fut dressée que pour éviter de souscrire celle a d'Augsbourg * , » et que ceux de la Confession d'Augsbourg ne voulurent jamais recevoir parmi leurs frères ceux de Strasbourg ni leurs associés. Maintenant tout cela s'accorde: c'est-à-dire qu'il est bien permis de changer dans la nouvelle réforme; mais il n'est pas permis d'avouer qu'on change. La réforme paroîtroit par cet aveu un ouvrage trop humain; et il vaut mieux approuver quatre ou cinq actes contradictoires, pourvu qu'on n'avoue pas qu'ils le sont, que de confesser qu'on a eu tort, surtout dans des Confessions de foi.

Ce fut la dernière action que Bucer fit en Allemagne. Durant les mouvements de l'Intérim, il trouva un asile en Angleterre parmi les nouveaux protestants qui se fortifioient sous Edouard. 11 y mourut en grande considération, sans néanmoins avoir pu rien changer dans les articles que Pierre Martyr y avoit établis; de sorte qu'on y demeura dans le pur zuinglianisme. Mais les sentiments de Bucer auront leur tour, et nous verrons les articles de Pierre Martyr changés sous Elisabeth.

Les troubles de VIntérim écartèrent beaucoup de réformateurs. On fut scandalisé dans le parti même de leur voir abandonner leurs Églises. Ce n'étoit pas leur coutume de s'exposer pour elles ni pour la réforme, et on a remarqué, il y a longtemps, qu'aucun d'eux n'y a laissé

1. Sleid., liv. XX, p. 344. — 2. Hosp., an. 1548, 204. — 3. Ci-dessus, liv. IV* %. Ci-dessus, liv. III.

la vie; si ce n'est Cranmer, qui fit encore tout ce qu'il put pour la sauver, en abjurant sa religion tant qu'on voulut. Le fameux Osiandre fut un de ceux qui prirent le plus tôt la fuite. Il disparut tout à coup à Nuremberg, Église qu'il gouvernoit il y avoit vingt-cinq ans, et dès le commmencement de la réforme; et il fut reçu dans la Prusse: c'étoit une des provinces les plus affectionnées au luthéranisme. Elle appartenoit à l'ordre Teutonique; mais le prince Albert de Brandebourg, qui en étoit le grand maître, conçut tout ensemble le désir de se marier, de se réformer, et de se faire une souveraineté héréditaire. C'est ainsi que tout le pays devint luthérien; et le docteur de Nuremberg y excita bientôt de nouveaux désordres.

André Osiandre s'étoit signalé parmi les luthériens par une opinion nouvelle qu'il y avoit introduite sur la justification. Il ne vouloit pas qu'elle se fît, comme tous les autres protestants le soutenoient, par l'imputation de la justice de Jésus-Christ; mais par l'intime union de la justice substantielle de Dieu avec nos âmes », fondé sur cette parole souvent répétée en Isaïe et en Jérémie: « Le Seigneur est notre justice 2. » Car de même que, selon lui, nous vivions par la vie substantielle de Dieu, et que nous aimions par l'amour essentiel qu'il a pour lui-même, ainsi nous étions justes par sa justice essentielle, qui nous étoit communiquée: à quoi il falloit ajouter la substance du Verbe incarné, qui étoit en nous par la foi, par la parole et par les sacrements. Dès le temps qu'on dressa la Confession d'Augsbourg, il avoit fait les derniers efforts pour faire embrasser cette prodigieuse doctrine par tout le parti, et il la soutint avec une audace extrême à la face de Luther. Dans l'assemblée de Smalcalde on fut étonné de sa témérité: mais comme on craignoit de faire éclater de nouvelles divisions dans le parti, où il tenoit un grand rang par son savoir, on le souffrit. Il avoit un talent tout particulier pour divertir Luther; et au retour de la conférence qu'on eût à Marpourg avec les sacramentaires, Mélanchthon écrivoit à Camérarius: « Osiandre a fort réjoui Luther et nous tous 3. »

C'est qu'il faisoit le plaisant, surtout à table, et qu'il y disoit de bons mots, mais si profanes que j'ai peine à les répéter. C'est Calvin qui nous apprend, dans une lettre qu'il écrit à Mélanchthon sur le sujet de cet homme, a que toutes les fois qu'il trouvoit le vin bon dans un festin, il le louoit en lui appliquant cette parole que Dieu disoit de luimême : Je suis celui qui suis 4. » Et encore : « Voici le Fils du Dieu vivant. » Calvin s'était trouvé aux banquets où il proféroit ces blasphèmes, qui lui inspiroient de l'horreur. Mais cependant cela se passoit sans qu'on en dît mot. Le même Calvin parle d'Osiandre comme « d'.un brutal et d'une bête farouche, incapable d'être apprivoisée. Pour lui, disoit-il, dès la première fois qu'il le vit, il en détesta l'esprit profane et les mœurs infâmes, et il l'avoit toujours regardé comme la honte du parti protestant. » C'en étant pourtant une des colonnes : l'Église de

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