‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 178 sur 210 · liv. XIV · texte numérisé non relu

liv. XIV

3. Conc. Çarth., cap. 1 ; seu Conc. Afric, can. 77, 78 et seq. ; Labb., tom. II, col. 1664.

chés commis ; mais celle encore qui nous aide à n'en plus commettre », » non-seulement en nous « éclairant » dans l'esprit, mais encore en nous « inspirant la charité » dans le cœur, afin a que nous puissions accomplir les commandements de Dieu. » Or la grâce qui fait ces choses n'est pas une simple imputation; mais c'est encore un écoulement de la justice de Jésus-Christ : donc la grâce justifiante est autre chose qu'une telle imputation; et ce qu'on a dit dans le concile de Trente n'est qu'une répétition du concile de Carthage, dont les décrets ont paru d'autant plus inviolables aux Pères de Trente, que les Pères de Carthage ont senti en les proposant qu'ils ne proposoient autre chose sur cette matière que ce « qu'en avoit toujours entendu l'Église catholique répandue par toute la terre 2. »

Nos pères n'ont donc pas cru que pour détruire la gloire humaine, et tout attribuer à Jésus-Christ, il fallût ou ôter à l'homme la justice qui étoit en lui, ou en diminuer le prix, ou en nier l'effet : mais ils ont cru qu'il la falloit reconnoître comme uniquement venue de Dieu par une bonté gratuite; et c'est aussi ce qu'ont reconnu après eux les Pères de Trente, comme on l'a vu en plusieurs endroits de cet ouvrage3.

C'est en ce sens que l'Église catholique avoit toujours reconnu après saint Paul, que « Jésus-Christ nous étoit sagesse 4 , » non pas en nous imputant simplement la sagesse qui étoit en lui, mais en répandant dans nos âmes une sagesse découlée de la sienne; « qu'il nous étoit justice et sainteté » dans le même sens; et a qu'il nous étoit rédemption, » non pas en couvrant seulement nos crimes, mais en les effaçant entièrement par son Saint-Esprit répandu dans nos cœurs : au reste, que nous étions « faits justice de Dieu en Jésus-Christ» d'une manière plus intime que Jésus-Christ « n'avoit été fait péché pour nous*; » puisque Dieu l'avoit « fait péché, » c'est-à-dire victime pour le péché, en le traitant comme pécheur, quoiqu'il fût juste : au lieu qu'il nous àvoit a faits justice de Dieu en lui, » non pas en nous laissant nos péchés, et simplement en nous traitant comme justes; mais en nous ôtant nos péchés, et en nous faisant justes.

Pour faire cette justice inhérente en nous absolument gratuite, nos pères n'avoient pas cru qu'il fût nécessaire de dire qu'on ne peut pas s'y disposer par de bons désirs, ni l'obtenir par ses prières : mais ils avoient cru que ces bons désirs et ces prières étoient eux-mêmes inspirés de Dieu ; et c'est ce qu'a fait à leur exemple le concile de Trente 6 , lorsqu'il a dit que toutes nos bonnes ce dispositions » venoient « d'une grâce prévenante ; » que nous ne pouvions nous a disposer » et « nous préparer >» à la grâce qu'étant « excités et aidés par la grâce même;» que « Dieu étoit la source de toute justice, » et que c'étoit en cetta qualité qu'il le falloit aimer; et qu'on a ne pouvoit croire, espérer, aimer, ni se repentir comme il falloit, afin que la grâce de la justifia cation nous fût conférée, sans une inspiration prévenante du Saint- Esprit 7. » En quoi ce saint concile n'a fait autre chose que de répéter

1. Conc. Carth., cap. 3, 4, 5 ; seu Conc. Afric, can. 77, 78 et seq. ; Lbab., t. II, col. 1664. — 2. Ibid., c. 4. — 3. Ci-dessus, liv. III. — 4. / Cor. i, 29, 30, 31. 5. // Cor., v. 21. — 6. Sess., vi, cap. 5, 6. — 7. Can. 1.

ce que nous lisons dans le concile d'Orange, que nous ne a pouvons ni vouloir, ni croire, ni penser, ni aimer comme il faut, et comme il est utile, que par l'inspiration de la grâce prévenante ' ; » c'est-à-dire qu'on n'a voulu disputer ni contre les hérétiques ni contre les infidèles, ni même contre les païens, ni en un mot contre tous les autres qui s'imaginent aimer Dieu, et qui ressentent en effet des mouvements si semblables à ceux des fidèles. Mais, sans entrer avec eux dans la discussion impossible des différences précises de leurs sentiments d'avec ceux des justes, on se contente de définir que ce qui se fait sans la grâce n'est pas « comme il faut, » et qu'il ne plaît pas à Dieu; puisque « sans la foi il n'est pas possible de lui plaire2. »

Si le concile de Trente en défendant la grâce de Dieu a soutenu en même temps le libre arbitre, c'a encore été une fidèle répétition des sentiments de nos Pères lorsqu'ils ont défini, contre les pélagiens, que la grâce « ne détruisoit pas le libre arbitre, mais le délivroit, afin que de ténébreux il devînt rempli de lumière; de malade, siin; de dépravé, droit; et d'imprudent, prévoyant et sage 3 : » c'est pourquoi la grâce de Dieu étoit appelée « un aide et un secours du libre arbitre;» par conséquent quelque chose qui, loin de le détruire, le conservoit et lui donnoit sa perfection.

Selon une si pure notion, loin de craindre le mot de mérite, qui, en effet étoit naturel pour exprimer la dignité des bonnes œuvres, nos Pères le soutenoient contre les restes des pélagiens, dans le même concile d'Orange, par ces paroles répétées à Trente: « La bonté de Dieu est si grande envers tous les hommes, qu'il veut même que ce qu'il nous donne soit notre mérite4; » d'où il s'ensuit, comme aussi l'ont décidé les mêmes Pères d'Orange, que « toutes les œuvres et les mérites des saints doivent être rapportés à la gloire de Dieu, parce que personne ne lui peut plaire que par les choses qu'il a données 5. »

Enfin, si l'on n'a pas craint de reconnoître à Trente avec une sainte confiance que la récompense éternelle est due aux bonnes œuvres, c'est encore en conformité, et sur les mêmes principes qui avoient fait dire à nos Pères, dans le même concile d'Orange : « Que les mérites ne préviennent pas la grâce; et que la récompense n'est due aux bonnes œuvres qu'à cause que la grâce, quin'étoit pas due, lésa précédées6.»

Par ce moyen nous trouvons dans le chrétien une véritable justice; mais qui lui est donnée de Dieu avec son amour, et qui aussi lui fait accomplir ses commandements : en quoi le concile de Trente ne fait encore que suivre cette règle des Pères d'Orange : a. Qu'après avoir reçu la grâce par le baptême, tous les baptisés, avec la grâce et la coopération de Jésus-Christ, peuvent et doivent accomplir ce qui appartient au salut, s'ils veulent fidèlement travailler7; » où ces Pères ont uni la grâce coopérante de Jésus-Christ avec le travail et la fidèle correspon-

1, Conc. Araus. il, c. 6, 7, 25 ; Labb., tom. IV, col. 166 et seq.

2, Hebr. xi, 6. — 3. Auct. Sed. Âpost. de grat. interced. Cœlest. PP. 4. Conc. Araus. n. Conc. Trid*, sess vi, 16. — 5. Conc. Araus. n, c. 5.

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