‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 186 sur 210 · il Tim. ni · texte numérisé non relu

il Tim. ni

tendement divin, qui, en se comprenant et s'entendant lui-même, a fait son image et son Verbe qui est son Fils : cela va bien jusque-là. * Remarquez, mes frères, ce blasphème: Dieu a fait son Fils. Que disoient de pis les ariens? mais le ministre l'approuve: « Tertullien , ditil, l'entend comme nous, et cela va bien jusque-là. » Cela va bien de dire que Dieu fait son Fils ; et que celui par qui Dieu a fait toutes choses, est lui-même au nombre des choses faites. Un homme qui ne rougit pas de se donner pour savant, tombe dans une erreur qu'un théologien de quatre jours auroit évitée; et vous ne voyez pas encore que ce téméraire théologien, dans les embarras où le jette la défense de votre cause, hasarde tout, et que l'heure est venue, où, comme disoit l'Apôtre, la folie de vos docteurs doit être connue de tout l'univers.

Il n'est pas ici question d'expliquer le sentiment de Tertullien : d'autres docteurs et des protestants l'ont fait devant nous, et ont très-bien justifié qu'il n'a jamais dit absolument que le Fils de Dieu eût été fait; ni autrement qu'il est écrit d'i Père même, « qu'il a été fait notre refuge, et 1 3 refuge du pauvre1. » Mais quand Tertullien se seroit trompé, selon M. Jurieu, avant que la foi de la Trinité eût été « formée; » maintenant que de son aveu elle a reçu sa forme, falloit-il encore errer avec lui, et mettre le FiLs de Dieu au rang des choses faites; et on lui laisse dire parmi vous toutes ces choses. Il n'en est pas moins ministre, pas moins professeur en théologie. Il adresse toutes ces erreurs à tousses frères, sous le titre le plus vénérable que pût prendre un vrai pasteur, sans que personne le contredise. Il a trouvé parmi vous des contradicteurs sur ses prétendues prophéties : on l'a traité sur cela de visionnaire; on s'est n:oqué de ce qu'il a dit sur ces prétendus prophètes de Vivarais et du Dauphiné, où toute la marque de l'Esprit de Dieu est de se laisser tomber par terre, et de crier de toute leur force, en fermant les yeux et faisant semblant de dormir. On lui a reproché publiquement qu'en autorisant ces illusions, il autorisoit la tromperie et le fanatisme, et exposoit le parti protestant à la risée de tout l'univers : on ne l'a pas épargné sur toutes ces choses. Il attaque le fondement de la foi; il impute à l'ancienne Église, dès l'origine du christianisme, des erreurs essentielles sur la Trinité; il les tolère, il les approuve, il les adopte : cependant on ne lui dit mot sur tout cela; et ses Lettres pastorales courent l'univers sans être, je ne dis pas notées par les Églises, mais reprises par aucun particulier : tantle soin de J'orthodoxie, si je puis parler de la sorte, est abandonné parmi vous. Vos gens, délicats sur l'esprit, craignent qu'on ne leur impute des visions et des foiblesses, et ils ne craignent pas qu'on leur impute des erreurs.

Si les anciens ont été si aveugles dans le mystère de la Trinité, ite n'auront pas mieux entendu celui de l'incarnation, dont la Trinité est le fondement: aussi votre ministre vous enseigne-t-il « que les anciens docteurs, et surtout ceux du troisième oiècle, et même ceux du quatrième, ont mêlé d'épaisses ténèbres les lumières qu'ils avoientsuf ce mystère; qu'ils ont confondu le Fils et le Saint-Esprit; qu'ils nous

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ont fait un Dieu converti en chair, selon l'hérésie qu'on a attribuée à Eutychès; et que ce n'est que par la voie des longues contentions, qu'enfin cette vérité venue de Dieu est arrivée à la perfection : » de sorte que loin d'y être d'abord, comme sont les œuvres où Dieu met la main d'une façon particulière, à peine y étoit-elle après quatre siècles.

Comment les anciens auroient-ils compris les vérités particulières au christianisme, puisque même ils ont ignoré ce que la raison naturelle a enseigné aux gentils? Ecoutez parler votre ministre : « Je voudrois bien, poursuit-il1, que l'évêque de Meaux me prouvât cette maxime (que la vérité venue de Dieu ne peut souffrir de variations, et qu'elle atteint d'abord toute sa perfection) seulement dans le dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout sage, tout bon, infini, et infiniment parfait. » Avons-nous bien entendu? Quoi! ce n'est plus l'immutabilité de l'être divin que ce ministre fait ignorer aux premiers chrétiens; c'est encore tous les autres attributs divins que nous venons de nommer. Répétons encore ces paroles, de peur de nous être trompés en lui faisant dire des nouveautés si étranges : « Je voudrois bien que l'évêque de Meaux me prouvât cette maxime (que la vérité arrive d'abord à sa perfection), seulement dans le dogme d'un Dieu unique, toutpuissant, tout sage, tout bon, infini et infiniment parfait. Il n'y a point d'endroit, continue-t-il, où les Pères de l'Église auroient dû être plus uniformes et plus exempts de variations que celui-là; puisque c'est celui qu'ils dévoient savoir le mieux, s'y exerçant perpétuellement dans leurs disputes contre les païens: » cependant ils ne le savoient qu'imparfaitement; car, poursuit-il, a combien trouve-t-on dans ces dogmes de variations et de fausses idées?» Ainsi l'unité de Dieu, qui étoit le dogme le plus éclatant du christianisme, n'étoit qu'imparfaitement connue par les fidèles des trois premiers siècles. Il le faut bien, puisqu'ils adoroient comme Dieu le Père, la personne du Fils et le Saint-Esprit, qui ne lui étoit, ni égal, ni coéternel; ce n'étoit donc pas un même Dieu, puisque Dieu ne peut être inégal à soi-même. .Les chrétiens, qui faisoient semblant de tant détester la multiplicité des dieux, en avoient trois bien comptés dans les premiers siècles; et afir de ne point errer sur ce seul article, selon eux, a la bonté de Dieu étoit un accident, comme la couleur; la sagesse de Dieu n'est pas sa substance : » et ce n'étoit pas seulement la pensée d'Athénagoras et de Tertullien; « c'étoit, 'dit-il, la théologie du siècle.» On ne croyoitpas « que Dieu fût partout, ni qu'il pût être en même temps dans le ciel et dans la terre : la plupart des anciens ont cru Dieu corporel et étendu, comme Tertullien; » afin que les sociniens, qui ont de Dieu cette basse idée, aient pour garants « la plupart » des saints docteurs. Quel prodige ne peut-on donc pas soutenir par l'autorité de l'Église primitive? et il ne faut pas s'en étonner, « puisqu'on y représentoit Dieu muable et divisible, changeant ce germe de son Fils en une personne, et divisant une partie de sa substance pour son Fils, sans la détacher de

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