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soi. » Qui peut dire que Dieu est muable et divisible , peut lui attribuer toutes les passions, tous les défauts, et même tous les vices, avec les païens. S'il peut changer et devenir ce qu'il n'étoitpas, il n'est plus celui qui est, il tient plus du néant que de l'être : fl n'est plus la vérité même, la sainteté même; et il peut perdre tout ce qu'il peut acquérir : ainsi on peut lui ôter non-seulement son Fils et son Saint-Esprit, mais encore tous ses attributs et son propre être. C'est où vous conduit votre ministre; et il conclut cet étrange discours, en disant, a que cette belle et juste idée que nous avons aujourd'hui de l'Être parfait, quoique vérité venue de Dieu, n'a pas atteint toute sa perfection d'abord. »
Vous l'entendez, mes chers frères, l'idée de l'Être parfait est une idée d'aujourd'hui. Quand Tertuilien a dit que Dieu étoit « le souverain grand, et par là unique, sans pouvoir avoir son égal, autrement qu'il ne seroit point Dieu *; » quand tous les Pères des premiers siècles, aussi bien que de tous les autres, ont soutenu aux païens la même chose ; quand ils leur ont prouvé mille et mille fois l'unité de Dieu par la souveraineté et la singularité de sa perfection; quand ils ont dit que jamais nul n'avoit prononcé le nom de Dieu qu'en y attachant l'idée de la perfection, ils n'étoient pas entendus, et ils ne s'entendoient pas eux-mêmes : selon M. Jurieu, cette idée que nous avons « aujourd'hui, » n'est pas celle de l'antiquité; et il semble que ce ministre ne l'auroit pas eue, ou n'y auroit pas fait d'attention, si un philosophe moderne n'étoit venu lui apprendre que l'idée de Dieu étoit jointe à celle de l'Être parfait.
Quoi qu'il en soit, il est certain, selon lui, que les Pères, et même ceux des trois premiers siècles, ne l'avoient pas non plus que celles de l'éternité et de l'immutabilité de l'être de Dieu, ni des personnes divines, et les autres que nous avons vues. C'est ce que dit ce ministre dans la sixième lettre de cette année, qui est la première qu'il a opposée à l'Histoire des Variations. La seconde, qui est en ordre la septième, n'est pas moins pleine d'erreurs et d'égarements. Il la commence en répétant « qu'il y a trois vérités essentielles et fondamentales, imparfaitement expliquées par les plus anciens docteurs de l'Eglise , la trinité des personnes, l'incarnation de la seconde, et l'idée d'un Dieu unique, qui est l'être infiniment parfait (Lettre vu); » et l'on a vu que ce qu'il appelle explication imparfaite de ces dogmes, c'étoit les anéantir tout à fait, et établir en termes formels des dogmes contraires. Il est bien aisé de comprendre que le reste ne se soutient plus, après qu'on a renversé ces fondements. Aussi étoit-ce n l'opinion constante et régnante dans ces premiers siècles de l'Église, que Dieu avoit abandonné le soin de toutes les choses qui sont au-dessous du ciel, sans en excepter même les hommes, et ne s'étoit réservé la providence immédiate que des choses qui sont dans les cieux. » Ainsi la providence paiticulière tant célébrée dans l'Écriture, et poussée par Jésus-Christ même jusqu'au moindre de nos cheveux, étoit oubliée par les chré-
* Lib. I adv. Marcion., c. ni.
tiens, quoiqu'elle fût si sensible, que les philosophes platoniciens et stoïciens, mieux instruits que les chrétiens et que les martyrs, la reconnussent. 0 Dieu! quelle patience faut-il avoir pour entendre dire des choses si fausses et si avantageuses, non-seulement aux sociniens, mais encore à tout le reste des libertins et des impies! Ce n'est pas tout: « La grâce, qu'on regarde aujourd'hui, avec raison, comme l'un des plus importants articles de la religion chrétienne, étoit entièrement informe jusqu'au temps de saint Augustin. Avant ce temps les uns étoient stoïciens et manichéens, d'autres étoient purs pélagiens; les plus orthodoxes ont été semi-pélagiens. » Quoi ! même sans en excepter saint Gyprien, tant cité par saint Augustin contre ces hérétiques l ; quoiqu'il ait d<t en trois mots tout ce qu'il falloit pour les confondre, en disant si précisément, et en prouvant avec tant de force «qu'il ne faut se glorifier de rien, parce que nul bien ne vient de nous?» Les autres Pères n'en ont pas moins dit: et néanmoins, dit notre ministre, « tous en général ont discouru sur cette matière d'une manière à faire voir qu'ils n'y avoient fait aucune attention, r> quoique ce soit le fondement de la piété et de l'humilité chrétienne, « et n'avoient pas étudié l'Écriture là-dessus. » Mais quoique saint Augustin et les conciles de son temps eussent fait sur ce sujet, selon le ministre même, des décisions si justes, on n'a pas laissé de varier: « dans le sixième siècle et dans les suivants, l'Église romaine devint quasi péîagienne, » pendant que le pape saint Grégoire, un si fidèle disciple de saint Augustin, y présidoit: « l'article de la satisfaction de Jésus-Christ, celui de la justification et celui du péché originel, » sont mal enseignés par les anciens Pères: « le péché originel est conçu comme l'un des importants articles de la religion chrétienne; » cependant le ministre a me défie de lui faire voir cette importante vérité dans les Pères qui ont précédé saint Augustin, toute formée, toute conçue, comme elle a été depuis; » encore qu'il sache bien, pour ne pas citer ici tous les auteurs, qu'on la trouve dans un concile tenu par saint Cyprien 2 aussi constamment et aussi clairement posée que dans saint Augustin même; et quesur ce fondement du péché originel on y établisse la nécessité du baptême des petits enfants, en termes aussi forts qu'on l'a fait dans les conciles de Milôve et de Carthage.
Mais il ne s'agit pas ici de soutenir la doctrine de l'Église, il s'agit de manifester aux yeux du monde la basse idée que l'on en a dans la Réforme. « S'il y a, poursuit le ministre, quelque doctrine importante dans toute la religion, et qui soit clairement enseignée dans l'Écriture, c'est celle de la satisfaction de Jésus-Christ, qui a été mis en notre place et qui a souffert les peines que nous avons méritées. Ce dogme si important et si fondamental est demeuré si informe jusqu'au quatrième siècle, qu'à peine peut-on rencontrer un ou deux passages qui l'expliquent bien. » On trouve même dans saint Cyprien des choses
1. Lib. Ve doiio persev., c. xix, n. 48; Cont. Jul, liv. I, n. 22; et alibi II, n. 25; ad Bonif, lib. IV, c. 8 et seq., n. 25; et alibi, t. X; S. Cypr., Testim., lib. III, c. iv, edit. Baluz., p. 305.
2 Kpist. ad fiel. De infant, baptiz., pag. 97.
a très-injurieuses à cette doctrine; et pour la justification, les Pères n'en disent rien; ou ce qu'ils en disent est Faux, mal digéré et imparfait. y> Ainsi, de tous les articles qui servent de fondement à la piété, il ne s'en est trouvé aucun où la foi des trois premiers siècles ait été pure: que dis-je? aucun où il n'ait régné des erreurs essentielles: et ce n'é.toit pas seulement trois ou quatre auteurs qui se trompoient; le ministre répète encore que « c'étoit la théologie du siècle, » dont il rend cette raison : que « dans un temps où le savoir étoit rare entre les chrétiens, deux ou trois savants entraînoient la foule dans leurs opinions; » tant le fondement de la foi étoit foibîe et mai établi: en sorte que la théologie de ces siècles étoit non-seulement a imparfaite et flottante, » mais encore pleine d'erreurs capitales, sur tous les articles qu'on vient de voir, quoique ce soient sans difficulté les plus essentiels du christianisme.
Il ne faut pas s'en étonner: « C'est, dit le ministre, que la vérité n'a pris sa dernière forme que par une très-longue et très-attentive lecture de l'Écriture sainte; et, poursuit-il, il ne paroît pas que les anciens docteurs des trois premiers siècles s'y soient beaucoup attachés. » 0 Dieu, encore un coup, est-il bien possible que ces saints docteurs, un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément d'Alexandrie, un saint Cyprien, tant d'autres qui passoient les jours et les nuits à méditer l'Écriture sainte, dont leurs écrits ne sont qu'un tissu; qui en faisoient toutes leurs délices, et y trouvoient leur consolation durant tant de persécutions, ne s'y soient point attachés, ou qu'ils n'y aient point vu le mystère de la piété qu'on prétend y être si clair, qu'il ne faut à présent aux plus ignorants, aux artisans les plus grossiers, aux plus simples femmes, qu'ouvrir les yeux pour l'y trouver! C'est ainsi qu'on parle de ceux qui ont fondé après les apôtres l'Église chrétienne, non-seulement par leurs prédications et par leurs travaux, mais encore parleur sang. Non-seulement le savoir étoit rare parmi eux, comme on vient d'entendre, quoiqu'il y eût alors tant de philosophes, tant d'excellents orateurs, tant de doctes jurisconsultes, et en un mot tant de grands hommes de toutes les sortes, qui embrassoient le christianisme avec connoissance de cause: mais ce qu'il y a de plus étrange, c'étoit le savoir qui regardoit la religion et l'Écriture elle-même qui « étoit rare alors, » même parmi ceux qu'on regardoit comme les docteurs, a Ils sortoient, dit votre ministre, des écoles des platoniciens; ils étoient pleins de leurs idées; et ils en ont rempli leurs ouvrages, au lieu de s'attacher uniquement aux idées du Saint-Esprit. »
Il faut ici se souvenir que lorsque l'on accuse la théologie des anciens d'être imparfaite et sans forme, il ne s'agit pas seulement de certaines expressions précises qu'on a opposées depuis aux subtilités et aux faux-fuyants des hérétiques; il s'agit du fend de la doctrine, puisque le ministre soutient, comme on a vu, qu'on alloit jusqu'à détruire l'éternité et la trinité des personnes divines, l'immutabilité, la spiritualité, l'immensité, l'unité et la perfection de l'être divin; l'incarnation de Jésus-Christ, la corruption aussi bien que la réparation de notre nature, la providence, la grâce, jusqu'à être stoïcien et manichéen,
ou pélagien et demi-pélagien : je dis même a les plus orthodoxes, » en aorte qu'il n'y avoit aucune partie du mystère et de la doctrine de Jé- 3us-Christ, je ne dis pas qui fût demeurée en son entier, mais qui ne lût pas altérée dans son fond. C'est ainsi que la Réforme se défend. Attaquée dans ses variations, elle ne peut se défendre qu'en accusant l'antiquité, et surtout les trois premiers siècles, non-seulement de la plus grossière ignorance, mais encore des erreurs les plus capitales. M. Jurieu est l'auteur d'une si belle défense: au moins, dit-il, nous ne périrons pas tout seuls ; nous nous sauverons par le nom et la dignité de nos complices; et s'il faut que la Réforme soit convaincue d'instabilité, et par là de fausseté manifeste, elle entraînera tous les siècles précédents, et même les plus purs, dans sa ruine. N'importe que les sociniens gagnent leur cause : ils nous sont moins odieux que les papistes; et puisqu'il nous faut périr, périssent avec nous les plus saints de tous les Pères, et périsse, s'il le faut ainsi, toute la gloire du christianisme.
Nous avons observé ailleurs ' ce que ce ministre téméraire dit des Pères de ces trois siècles: que « c'étoient de pauvres théologiens qui ne marchoient que rez-pied rez-terre 2; » il n'excepte que le seul Origène, c'est-à-dire de tous ces docteurs celui dont les égarements sont les plus fréquents, et il laisse dans l'ordure et dans le mépris saint Justin, saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, un si sublime théologien; saint Cyprien, un si grand évêque et un martyr si illustre; Tertullien, un prêtre si docte et si vénérable, tant qu'il demeura dans le sein de l'Église; saint Ignace même, et saint Polycarpe, disciples de saint Pierre et de saint Jean, et toutes les autres lumières de ces tempslà. Encore si ces « pauvres théologiens » n'étoient qu'ignorants, quoique ce soit un grand crime à des docteurs d'avoir si profondément ignoré les principes de la piété; mais, pour comble dignominie, il leur faut attribuer des erreurs plus grossières et plus impies que celles des païens mêmes : et ceux qui ne se défendent que par de si grands outrages envers le christianisme osent encore se glorifier d'en être les réformateurs, et les seuls restaurateurs de la piété.
Mais ce n'est pas là tout le mal: en sortant de cette ignorance et de ces erreurs capitales des trois premiers siècles, et en venant au quatrième qui est le siècle de lumière, on n'en vaut pas mieux. On retombe en ce moment dans l'idolâtrie, et dans une idolâtrie la plus dangereuse de toutes, aussi bien que la plus grossière et la plus maligne, puisque c'est l'idolâtrie antichrétienne, où, sous le nom des saints, on rétablit les faux dieux et tout le culte des païens 3. Oui, dîton, c'est en sortant des trois premiers siècles, si grossiers et infecté;! de tant d'erreurs, qu'aussitôt on est replongé dans une si détestable idolâtrie; et ces grandes lumières du quatrième siècle, ces grands hommes, sous qui on avoue que la théologie chrétienne a du moins pris à la fin sa dernière forme, saint Basile, saint Ambroise, saint
1. Apoc, Avert. — 2. Jur., Ace. des Proph., 2 part., pag. 333. 3. Apoc, Avert.
Grégoire de Nazianze et saint Augustin, qui seul, dit-on, a renferme plus de théologie dans ses écrits que tous les Pères des premiers siècles » fondus ensemble, sont les auteurs de ce culte impie et de cette idolâtrie antichrétienne.
Ce ne sont point ici des conséquences que nous tirions de la doctrine de votre ministre : nous avons produit ailleurs ses termes exprès1, où il dit que tous ces grands hommes au quatrième siècle y ont fait régner l'idolâtrie; « qu'ils ont été séduits par les esprits abuseurs, pour rétablir le culte des démons2; » et enfin, que c'est sous eux que se sont formés l'impiété, les blasphèmes, les persécutions, et, pour tout dire en un mot, les idolâtries de l'Antéchrist.
C'est ce que j'appellerois, si je le voulois, des prodiges de témérité, d'impiété, d'ignorance; et je ferois retomber sur le ministre tous les outrages dont il me charge pour avoir dit seulement que la vérité chrétienne, comme un ouvrage divin, a eu d'abord sa perfection. Je pourrois dire ajuste titre, qu'on ne sait si on a affaire à un chrétien ou à un païen, lorsqu'on entend ainsi déchirer le christianisme, sans l'épargner dans ses plus beaux jours. Mais laissant à part toutes exagérations, considérons de sang-froid la constitution qu'on veut donnera l'Église chrétienne. Les derniers siècles, depuis mille ans, sont le règne de l'Antéchrist. Autrefois les protestants vantoient du moins le quatrième, comme le plus éclairé, et ils ne peuvent encore lui refuser cet honneur : mais cependant c'est la source de l'idolâtrie antichrétienne; c'est là qu'elle s'est formée, c'est là qu'elle règne. La Réforme poussée dans ce siècle, vouloit, ce semble, se faire un refuge dans les siècles des martyrs; et maintenant ce sont les plus infectés d'ignorance et d'erreurs : je dis même dans les points les plus essentiels; et dans le fond de la piété. Où est donc cette Église de Jésus-Christ contre laquelle « l'enfer ne devoit pas prévaloir3? » où est cet ouvrage des apôtres dont Jésus-Christ avoit dit : « Je vous ai choisis et je vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure*?» Cependant tout tombe, tout est renversé aussitôt après les apôtres.
Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que même en se redressant on laissoit en son entier la plus grande partie de l'erreur. Le mystère de la Trinité étoit encore « informe» au concile de Nicée, comme on a vu, et « jusqu'au concile de Constantinople, » qui est le second général; le mystère de l'incarnation n'a été formé que par de longues disputes avec les ariens, les nestoriens et les eutychiens, et ainsi il ne l'étoit pas au second concile général. Le sera-t-il du moins dans le troisième, qui est celui d'Éphèse, où, après la défaite des ariens, on triompha do Nestorius, ennemi de l'incarnation? Non, il faut encore essuyer les disputes avec Eutychès. La perfection de ce mystère étoit réservée au concile de Chalcédoine et au pape saint Léon, quoique ce soit l'Antéchrist. Mais le concile d'Éphèse a-t-il du moins expliqué en
1. Apoc. Avert. - 2. Ibid. - 33. Matth, xvi, 18. 4. Joan. xv, 16.
termes convenables le mystère de l'incarnation contre Nestorius, qui le détruisoit? On avoit cru jusqu'ici que ce saint concile de deux cents évoques assemblés de toute la terre, et auquel tout le reste de l'univers donnoit son consentement, avoit parlé convenablement contre cette erreur, en décidant que la sainte Vierge étoit vraiment mère de Dieu; car il n'y avoit rien de plus précis pour faire voir que Jésus- Christ étoit né Dieu, également Fils de Dieu et fils de Marie: ce qui ne laissoit aucune évasion à ceux qui divisoient sa personne , et ne vouloient pas avouer qu'un « enfant de trois mois » fût a Dieu. » C'étoit donc là de ces expressions inspirées de Dieu à son Eglise, comme le consubstantiel, comme les autres que tous les siècles suivants ont révérées. Mais écoutons M. Jurieu, l'arbitre des chrétiens et le censeur souverain des premiers conciles œcuméniques : a Ce fut, dit-il (Lettre xvi), aux docteurs du cinquième siècle une témérité malheureuse d'innover dans les termes, » en appelant la sainte Vierge « mère de Dieu; » terme qui n'étoit point a dans l'Écriture: » au lieu de se contenter de l'appeler « avec l'Écriture, mère de Jésus-Christ. » Le ministre continue: « Aussi Dieu n'a-t-il pas versé sa bénédiction sur la fausse sagesse de ces docteurs: au contraire, il a permis que la plus criminelle et la plus outrée de toutes les idolâtries de l'antichristianisme ait pris son origine de là; » il veut dire la dévotion à la sainte Vierge. Mais il faut bien avouer qu'elle étoit devant ce concile, puisque l'Église où il étoit assemblé, et qui sans doute étoit bâtie avant qu'il se tînt, s'appeloit Marie1, du nom de cette mère vierge, et que longtemps avant ce concile, saint Grégoire de Nazianze avoit raconté qu'une martyre du troisième siècle « avoit prié la sainte Vierge Marie d'aider une vierge qui étoit en péril2. » Le ministre devroit donc dire, selon ses principes, que ce fut en punition de cette idolâtrie du quatrième siècle, que Dieu livra le cinquième qui la suivit, à la téméraire entreprise d'appeler Marie, mère de Dieu. Mais quelle est donc cette faute des Pères du concile d'Éphèse, si hautement censurée par votre ministre? est-ce que la bienheureuse Vierge n'est pas en effet mère de Dieu? Le ministre n'ose le dire. C'est donc à cause que cette expression, si propre à confondre l'erreur qui partageoit Jésus-Christ, n'étoit pas dans l'Écriture. A ce coup, que deviendra Vhomoousios de Nicée et le Deus deDeo du même concile? Il deviendra, ce que dit Calvin3, une expression dure qu'il eût fallu supprimer; puisque même, selon cet auteur4, le Fils de Dieu est a Dieu lui-mêjie» comme son Père, et n'en reçoit pas l'essence divine. C'est ainsi que ces téméraires censeurs méprisent les plus saints conciles et toute l'antiquité ecclésiastique. Le concile d'Éphèse ne leur est plus rien; celui deNicée n'est pas plus ferme : en méprisant les expressions propres et précises, qui servoient de barrière aux dogmes contre les fuites et les équivoques des hérétiques, ils ouvrent la voie aux sociniens. En effet, ces téméraires doc-
1. Concil. Eplics., act. ij Labb., tom. III, col. ^45. i. Orat. in Cypr. et Just., tom. I, pag. 279.