Cypr., De op. et eleern. p. 237 et seq. — 8. Epist. xxvi
StJR LES LETTRES DE M. JURIEtf. 41 7
tout ce qu'on fait n'a rien de parfait ni de suffisant en soi-même; puisqu'après tout, quoi que nous fassions, nous ne sommes que des serviteurs inutiles, et que nous n'avons pas même à nous glorifier du peu que nous faisons; puisque, comme nous l'avons déjà rapporté, tout nous vient de Dieu par Jésus-Christ, en qui seul nous avons accès auprès du Père !.
Voilà les paroles de saint Gyprien; et vous voyez bien, mes chers frères, que sa doctrine est la nôtre. Nous distinguons avec lui la grâce pleinement donnée dans le baptême, d'avec celle qu'il faut obtenir par de ajustes satisfactions, » comme parle le même Père2; et néanmoins qu'il ne faut attendre, dit-il encore dans le même endroit, a que de la divine miséricorde. »
Votre ministre vous a donc fait voir que saint Cyprien ne connoissoit pas. non plus que les autres Pères, la justification protestante. Il a raison, et il vous confirme ce que j'ai fait ailleurs3: que votre justification, par pure imputation, est un mystère inconnu à toute l'antiquité ; comme nous avons démontré que les protestants, et Mélanchthon même, le plus zélé défenseur de cette doctrine, en demeurent d'accord. Ainsi saint Cyprien n'avoit garde de parler en ce point-là comme vous faites; et tout ce qu'a gagné votre ministre en vous citant ce saint martyr, c'a été de vous montrer la condamnation, non d'une vérité vraiment chrétienne, mais d'un article particulier de votre Réforme.
Mais enfin, direz-vous encore, il cite un passage exprès de saint Augustin, où ce sublime théologien reconnoît qu'en combattant les hérétiques, «l'Église apprend tous les jours de nouvelles vérités; ce ne sont donc pas, conclut le ministre (Lettre vi), de nouvelles explications et de nouvelles manières que les hérétiques donnent moyen à l'Église d'apprendre, mais de nouvelles vérités. » Ce passage est concluant, direz-vous. Il est vrai : mais par malheur pour votre ministre, ces « nouvelles vérités 55 sont de son invention. Voici ce que dit saint Augustin dans le passage qu'il allègue: « Ily a 4, dit-il, plusieurs choses qui appartiennent à la foi catholique, lesquelles étant agitées par les hérétiques, dans l'obligation où l'on est de les soutenir contre eux, sont considérées plus soigneusement, plus clairement entendues, plus vivement inculquées; en sorte que la question émue par les ennemis de l'Église, est une occasion d'apprendre. » Voilà tout ce que dit saint Augustin, sans y rien ajouter ni diminuer. Si j'avois eu à choisir dans tous ses ouvrages un passage exprès contre ce ministre , j'aurois préféré celui-ci à tous les autres; puisqu'il est clair, selon les paroles de ce saint docteur, qu'apprendre, dans cet endroit, n'est pas découvrir de « nouvelles vérités, » comme le ministre l'ajoute du sien; mais se confirmer dans celles qu'on sait, s'y rendre plus attentif, les mettre dans un plus grand jour, les défendre avec plus de force : ce oui pré-
1. TesfAm. III, iv, p. 305; Testim. II, xxvn, p. 293 et "29%.