Epist. xl, p. 54. — 3. Var., liv. V
4. S. Aug. De civ. Dei, lib. XVI, c. u, n. I, tom. VII, col 415.
RoSStIFT. - tU 11
suppose manifestement ces vérités déjà reconnues. Apres cela, fiezvous à votre ministre, quand il vous cite des passages. Non, mes frères, il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant : il y cherche des difficultés, et non pas des solutions; de quoi embrouiller les esprits, et non de quoi les instruire; et il n'épargne rien pour vous surprendre.
Comme quand pour vous faire accroire, que « la théologie des Pères étoît imparfaite » sur le mystère de la Trinité, il fait dire au P. Pétaua en propres termes, qu'ils ne nous en ont donné que les premiers linéaments. » Mais ce savant auteur dit le contraire à l'endroit que le ministre produit, qui est la préface du tome II des dogmes théologiques : car il entreprend d'y prouver que la doctrine catholique a toutours été constante sur ce sujet ; et dès le premier chapitre de cette préface, il démontre que le « principal » et la a substance du mystère » a toujours été bien connu par la tradition; que les Pères des premiers siècles « conviennent avec nous dans le fond, dans la substance, dans la chose même, quoique non toujours dans la manière de parler » : » ce qu'il continue à prouver au second chapitre, par le témoignage de saint Ignace, de saint Polycarpe, et de tous les anciens docteurs : enfin dans le troisième chapitre, qui est celui que le ministre nous objecte en parlant de saint Justin, celui de tous les anciens qu'on veut rendre le plus suspect, ce savant jésuite décide que ce saint martyr « a excellemment et clairement proposé ce qu'il y a de principal et de substantiel dans ce mystère: » ce qu'il prouve aussi d'Athénagoras, de Théophile d'Antioche, des autres, « qui tous ont tenu, » dit-il 2, « le principal et la substance du dogme, sans aucune tache; » d'où il conclut que s'il se trouve dans ces saints docteurs quelque passage plus obscur, c'est à cause qu'ayant à traiter a avec les païens et les philosophes, ils ne déclaroient pas avec la dernière subtilité et précision , l'intime et le secret du mystère dans les livres qu'ils donnoient au public; et pour attirer ces philosophes, ils le tournoient d'une manière plus conforme au platonisme qu'ils avoient appris, de même qu'on a fait encore longtemps après dans les Catéchismes, qu'on faisoit pour instruire ceux qu'on vouloit attirer au christianisme , à qui au commencement on ne donnoit que les premiers traits, ou, comme le ministre le traduit, les premiers linéaments des mystères : » non qu'ils ne fussent bien connus; mais parce qu'on ne jugeoit pas que ces âmes, encore infirmes, en pussent soutenir tout le poids; en sorte qu'on jugeoit à propos de les introduire dans un secret si profond, avec un ménagement convenable à leur foiblesse: voilà, « en propres termes, » ce qui dit ce Père. Votre ministre lui fait dire tout le contraire « en propres termes, o II lui fait dire que * la théologie étoit imparfaite, » à cause qu'il dit qu'elle se tempéroit, et qu'elle s'accommodoit à la capacité <5és ignorants; et il prend pour ignorance dans les maîtres le sage tempérament dont ils se servoient envers leurs disciples.
Et pour vous découvrir encore plus clairement les illusions doDt ol
i. Theol dogm., tom. II; Prœf.,c. i, n. 10. 12. — 2= Ibid., c. m.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEtî. 419
tâche de vous éblouir, y en a-t-il une plus grossière que celle d avoir voulu faire accroire que la foi de l'Église n'a été formée, que lorsqu'à l'occasion des hérésies survenues il a fallu en venir à des décisions expresses? Mais au contraire, oa n'a fait les décisions qu'en proposant la foi des siècles passés. Par exemple, votre ministre a osé vous dire que la foi de l'incarnation n'a été formée qu'après qu'on eut essuyé les disputes des nestoriens et des eutychiens, c'est-à-dire dans le concile de Chalcédoine : mais ce n'est pas ce qu'en a pensé le concile même. Cai par où a-t-on commencé cette vénérable assemblée; et par où a commencé saint Léon, qu'elle a eu pour conducteur? Par dire peut-être que jusqu'alors on n'avoit pas bien entendu ce mystère, ni assez pénétré ce qu'en avoit dit l'Écriture. A Dieu ne plaise: on commence par faire voir que les saints docteurs l'avoient toujours entendue comme on faisoit encore alors, et qu'Eutychès avoit rejeté la doctrine et les expositions des Pères. C'est par là que commença saint Léon; comme on le voit par ses divines lettres, que ce concile a admirées: c'est ce que fait ce concile même; et il n'approuve la lettre de saint Léon qu'à cause qu'elle est conforme à saint Athanase, à saint Hilaire, à saint Basile, à saint Grégoire de Nazianze, à saint Ambroise, à saint Chrysostome, *\ saint Augustin, à saint Cyrille, et aux autres que saint Léon avoit cités ,.
Mais peut-être qu'on crut ajouter la perfection qui manquoit aux décisions des conciles précédents? Point du tout: car on commence par les rapporter au long et à les poser pour fondement; puis le saint concile parle ainsi : « Cette sainte assemblée suit et embrasse la règle -o la foi établie à Nicée, celle qui a été confirmée à Constantwiople, celle qui a été posée à Éphèse, celle que suit saint Léon, homme apostolique et pape de l'Église universelle, et n'y veut ni ajouter ni diminuer 2. » »a foi étoit donc parfaite; et si l'on se fût avisé de dire à ces Pères, comme fait aujourd'hui votre ministre, qu'avant leur décision elle étoit a informe, » ils se seroient récriés contre cette parole téméraire, comme contre un blasphème. C'est pourquoi ils commencent ainsi leur définition de foi : a Nous renouvelons la foi infaillible de nos Pères qui se sont assemblés à Nicée, à Constantinople, à Éphèse, sous Célestin et Cyrille 3. » Pourquoi donc font-ils eux-mêmes une nouvelle définition de foi? est-ce que celle des conciles précédents n'étoit pas suffisante? Au contraire, « elle suffisoit, continuent-ils, pour une pleine déclaration de la vérité. Car on y montre la perfection de la Trinité et de l'incarnation du Fils de Dieu. Mais parce que les ennemis de la vérité, en débitant leurs hérésies, ont inventé de nouvelles expressions, les uns en niant que la sainte Vierge fût mère de Dieu, et les autres en introduisant une prodigieuse confusion dans les deux natures de Jésus- Christ : ce saint et grand concile enseignant que la prédication de la foi est dès le commencement toujours immuable, a ordonné que la foi des Pères demeureroit ferme, et qu'il n'y a rien a à y ajouter, » comme