Lib. IV ad Bonif., c. vin, n. 20, col
6. Op. imperf. cont. Jul.. liv. I, c. xu ; ibid., liv, II, c. n. — 7. Aug., ibid. 8. Lib. I et II cont. Jul., lib. IV ad Bonif., vin et seq.; De Prsed. SS.
c. xiv. n. 26 ; De don. Pers.t iv, v, xix, n. 7 et seq.
docteurs n'avoient fait rien autre chose a que de conserver dans l'Église ce qu'ils y avoient trouvé; d'enseigner ce qu'ils y avoient appris, et de laisser à leurs enfants ce qu'ils avoient reçu de leurs pères1. » Qu'on nous allègue après cela des variations sur ces matières. Mais quand on ne voudroit pas en croire saint Augustin, témoin si irréprochable en celte occasion, sans avoir besoin de discuter les passages particuliers qu'il a produits, personne ne niera ce fait public, que les pélagiens trouvèrent toute l'Église en possession de baptiser les petits enfants en la rémission des péchés, et de demander dans toutes ses prières la grâce de Dieu, comme un secours nécessaire, non-seulement à bien faire, mais encore à bien croire et à bien prier : ce qui étant supposé comme constant et incontestable, il n'y auroitriende plus insensé que de soutenir, après cela, que la foi de l'Église ne fut point parfaite sur le péché originel et sur la grâce.
Si maintenant on demande, avec le ministre, comment donc il sera vrai de dire que l'Église a profité par les hérésies; saint Augustin répondra pour nous , que « chaque hérésie introduit dans l'Église de nouveaux doutes, contre lesquels on défend l'Écriture sainte avec plus de soin et d'exactitude, que si on n'y étoit pas forcé par une telle nécessité (Lettre vi et vu). » Écoutez : on la défend avec « plus de soin ; » et non pas, on l'entend mieux dans le fond. Le célèbre Vincent de Lérins prendra aussi en main notre cause, en disant 2, « que le profit de la religion consiste à profiter dans la foi, et non pas à la changer; qu'on y peut ajouter l'intelligence , la science, la sagesse : mais toujours dans son propre genre, c'est-à-dire, dans le même dogme, dans le même sens, dans le même sentiment; » et ce qui tranche en un mot toute cette question, « que les dogmes peuvent recevoir avec le temps la lumière , l'évidence , la distinction ; mais qu'ils conservent toujours la plénitude, l'intégrité, la propriété; » c'est-à-dire, comme il l'explique, que « l'Église ne change rien; ne diminue rien, n'ajoute rien, ne perd rien de ce qui lui étoit propre, et ne reçoit rien de ce qui étoit étranger. » Qu'on nous dise après cela qu'elle varie.
Que si l'on nous presse encore, et qu'on nous demande en quoi donc ont profité à l'Église les nouvelles décisions, le même docteur répondra3, que « les décisions des conciles n'ont fait autre chose que de donner par écrit à la postérité ce que les anciens avoient cru par la seule tradition; que de renfermer en peu de mots le principe et la substance de la foi; et souvent, pour faciliter l'intelligence, d'exprimer par quelque termu nouveau , mais propre et précis , la doctrine qui n'avoit jamais été nouvelle : » en sorte, comme il venoit de l'expliquer encore plus précisément en deux mots, « qu'en disant quelquefois les choses d'une manière nouvelle, on ne dit néanmoins jamais de nouvelles choses : » ut cum dicas nove, non dicasnova.
Et c'est encore en ceci que se fait paroître la profonde ignorance de vctre savant, a L'évêque de Meaux nous dit-il (Lettre vu) , osera-t-il
1. Lib. II cont. Jul., c. x. n. 24, col. 549. — '2. Corn., i, 3. Vjnc. Lir. Corn., i.
bien me nier que la plus sûre marque dont les savants de l'un et de l'autre parti se servent pour distinguer les écrits supposés ou faussement attribués à quelques Pères, est le caractère et la manière de la théologie qu'on y trouve? La théologie chrétienne , poursuit-il , se perfectionnoit tous les jouis; et ceux qui sont un peu versés dans la ecture des anciens, reconnoissent aussitôt de quel siècle est un ouvrage : parce qu'ils savent en quel état étoit la théologie et les dogmes en chaque siècle. » 11 ne sait assurément ce qu'il veut dire, et confond ignora mment le vrai et le faux. Car s'il veut dire qu'on discerne ces ouvrages parce qu'il paroît dans les derniers de nouveaux dogmes qui ne fussent point dans les anciens, il compose le christianisme de pièces mal assorties, et il dément tous les Pères. Que s'il veut dire qu'après la naissance des erreurs on trouve l'Église plus attentive, et, pour ainsi dire, mieux armée contre elles; qu'on emploie des termes nouveaux, pour en confondre les auteurs, et qu'on répond à leurs subtilités par des preuves accommodées à leurs objections, il dit vrai; mais il s'explique mal, et ne fait rien pour lui, ni contre nous.
Que ce docteur, enflé de sa vaine science, apprenne donc des anciens maîtres du christianisme , que l'Église n'enseigne jamais des choses nouvelles; et qu'au contraire elle confond tous les hérétiques, en ce que, lorsqu'ils commencent à paroître, la surprise et Pétonnement où tous les peuples sont jetés, fait voir que leur doctrine est nouvelle, qu'ils dégénèrent de l'antiquité et de la croyance reçue. C'est la méthode de tous les Pères; et Vincent de Lérins, qui l'a si bien expliquée, n'a fait au fond que répéter ce que Tertullien, saint Athanase, saint Augustin, et les autres avoient dit aux hérétiques de leur temps, et par des volumes entiers. Je ne veux ici rapporter que ce peu de mots de saint Athanase : « La foi de l'Église catholique est celle que Jésus- Christ a donnée, que les apôtres ont publiée, que les Pères ont conservée : l'Église est fondée sur cette foi ; et celui qui s'en éloigne n'est pas chrétien K » Tout est compris en ces quatre mots : Jésus-Christ, les apôtres, les Pères, nous et l'Église catholique : c'est la chaîne qui Unit tout; c'est le fil qui ne se rompt jamais; c'est là enfin notre descendance, notre race, notre noblesse, si on peut parler de la sorte, et le titre inaltérable où le catholique trouve son extraction : titre qui ne manque jamais aux vrais enfants, et que l'étranger ne peut contrefaire.
Quand nous parlons des saints Pères, nous parlons de leur consentement et de leur unanimité : si quelques-uns d'eux ont eu quelque chose de particulier dans leurs sentiments, ou dans leurs expressions, tout cela s'est évanoui , et n'a pas fait tige dans l'Église : ce n'étoit pas là ce qu'ils y avoient appris, ni ce qu'ils avoient tiré de la racine. Ce qui demeure, ce qu'on voit passer en décision aussitôt qu'on trouble l'Église en le contestant; ce qu'on marque du sceau de l'Église, comme vérité reçue de la source, et qu'on transmet aux âges suivants avee cette marque : c'est ce qui a fait et fera toujours la règle certaine de la foi.
Selon cette méthode si simple et si sûre, toutes les fois qu'il parolt