‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 192 sur 210 · De dec. fid Nie, tom. I, pag. 208. — 5. Ibid., n · texte numérisé non relu

De dec. fid Nie, tom. I, pag. 208. — 5. Ibid., n

6. Epist. ad Jov., sup. — 7. De dec. f\d. ]\ic. t. I, n. 27, p. 233.

422 PREMIER AVERTISSEMEN1

trop malheureux, si nous avions encore besoin qu'on nous le prouvât, ou qu'il fallût renouveler le procès avec M. Jureu et mettre en compromis la foi des premiers siècles, sur l'éternité du Fils de Dieu.

Mais ce fait de la nouveauté des ariens étant avéré, le même saint Athanase en conclut, dans un autre [endroit1, « que leur doctrine n'étant point venue des Pères, et au contraire, qu'ayant été inventée depuis peu y on ne les pouvoit ranger qu'au nombre de ceux dont saint Paul avoit prédit « qu'il viemïroit dans les derniers temps quelques gens qui abandonneroientlafoi, en s'attachant à des esprits d'erreur2 : » remarquez ces mots, a quelques gens, » et ces mots, « abandonnèrent la foi , » et ces mots, « dans les derniers temps. » Les hérétiques sont toujours des gens qui « abandonnent la foi; » je dis même leur « propre foi, » comme remarque ici saint Athanase, depuis qu'ils se séparent de leurs maîtres et de la foi qu'ils en avoient eux-mêmes reçue ; des gens qui par conséquent trouvent établi ce qu'ils quittent et ce qu'ils attaquent; qui sont donc, non pas le tout qui demeure, mais « quelques-uns » qui innovent et qui se détachent, qui viennent aussi a dans les derniers temps, » après tous les autres, dans les temps postérieurs, êv TOtç û<7xépot; xaipoî;, et qui n'ont pas été dès le commencement. Il n'en faut pas davantage pour les convaincre. Pour convaincre les ariens, avec toutes les autres sectes, qui vouloient gagner Théodose le Grand, un saint évêque coLseilla à cet empereur de leur demander s'ils s'en vouloient rapporter aux anciens Pères5: ce qu'ils refusèrent tous, tant ils étoient assurés d'y trouver leur condamnation; et dès qu'Arius parut, Alexandre d'Alexandrie, son évoque, lui reprocha la nouveauté de sa doctrine, et le chassa de l'Église commo « un inventeur de fables impertinentes; » reconnoissant hautement a qu'il n'y avoit qu'une seule Église catholique et apostolique, que tout le monde ensemble n'étoit pas capable de vaincre, quand il se réuniroit pour la combattre4. »

C'étoit donc, sans aller plus loin, et sans qu'il fût nécessaire de. remuer tant de livres, une preuve, courte et convaincante, delà nouveauté des hérétiques; c'en étoit, dis-je, une preuve, que, lorsqu'ils venoient, tout le monde se récrioit contre leur doctrine, comme on fait des choses inouïes. Pourquoi venez-vous nous inquiéter? leur disoit-on; avant vous on ne parloit point de votre doctrine, et vousmêmes vous avez cru comme nous. On disoit aux eutychiens: a Vous avez rompu avec tous les évêques du monde, avec nos Pères et avec tout l'univers* : » Que ne gardiez-vous la foi que vous aviez vousmêmes reçue avec nous? Pour nous, nous ne changeons pas: a nous conservons la foi dans laquelle nous avons été baptisés, et nous y voulons mourir comme nous y sommes nés : nous baptisons en cette foi, disoient les évêques, comme nous y avons été baptisés : c'est ce que

1. Orat. il, in Arian., nunc orat. i, n. 8, t. I, pag. 4(2. — 2. / Tim. rv, 1. 3. Soc, lib. V, cap. x, edit. Vales.

4» Alex, epist. Alexand. episc. apud. Theodoret., Hist. ecclec, liv. I, c. ni, pag. 533.

5. Conc. Chalc.y part. 3, n. 20, 26, 27; Labb., tom. IV, col. 820 et seq.

nous avons cru et ce que nous croyons encore. Le pape Léon croit ainsi : Cyrille croyoit de même : c'est la foi qui ne change pas, et qui jfemeure toujours'. » Il n'y a donc point de variations : « tout le monde est orthodoxe : qui sont ceux qui contredisent2? » À peine paraissentils dans le grand nombre des catholiques.

On en disoit autant à fîphèse aux nestoriens. Tout l'univers anathématise l'impiété des nestoriens. a Quoi! préférera-t-on un seul évêque à six mille évêques? » Et ailleurs, a Ils ne sont que trente qui s'opposent à tous ^'univers3. » On en dit autant à Nicée contre Arius et les siens: à peine avoient-ils cinq ou six évêques; encore ce peu d'évêques avoient-ils cru autrefois comme les autres : aussi ne prenoient-ils point d'autre parti <c que de mépriser la simplicité de tous leurs collègues, et de se vanter d'être les seuls sages, les seuls capables d'inventer de nouveaux dogmes4 : » louanges que les orthodoxes ne leur envioient pas.

Sur ce fondement inébranlable de l'antiquité de la foi et de l'innovation des hérétiques, justifiée si évidemment par leur petit nombre, les conciles prenoient aisément la résolution qu'ils dévoient prendre, qui étoit de confirmer l'ancienne foi, qu'ils avoient trouvée établie partout, lorsque les hérésies s'étoient élevées. On estimoit autant les derniers conciles que les premiers, parce qu'on savoit qu'ils alloient tous sur les mêmes vestiges. Dans cet esprit on disoit aux eutychiens : «C'est en vain que vous réclamez les anciens conciles : le concile de Chalcédoine vous doit suffire; puisque, par la vertu du Saint-Esprit, tous les conciles orthodoxes y sont renfermés5: » et si après cela on vouloit douter, ou faire de nouvelles questions, « c'en est assez, disoit-on; après que les choses ont été si bien discutées, ceux qui veulent encore chercher trouvent le mensonge6. »

Cette courte histoire des quatre premiers conciles ne contient que de? faits constants et incontestables, qui suffisent pour faire voir que loin que la foi de la Trinité et celle de l'incarnation fût « informe », comme on vous le dit, avant leurs décisions; au contraire, ces décisions la supposent déjà formée et parfaite de tout temps. On voit aussi très-clairement, par les mêmes faits, que les hérésies n'ont jamais été que des opinions particulières, puisqu'elles ont commencé par cinq ou six hommes; par a quelques-uns, » nous disoit saint Paul7, a qui abandonnoient la foi «qu'ils trouvoient reçue, enseignée, établie par toute la terre, et de tout temps; puisque les hérétiques mêmes, quelque effort qu'ils fissent, n'ont jamais pu marquer la date de son commencement, comme l'Eglise la montroit à chacun d'eux. De cette sorte, lorsque les hérésies se sont élevées, il n'a jamais pu être douteux quel parti l'Église avoit à prendre; personne ne pouvant douter raisonna-

I. Conc. Chalc ., n. 53 ; .ibid. act. n, iv. — 2. Ibid., act. iv.

3. Conc. Ephes., part. 2, act. î; Apol. Daim., Conc. Ephes., part. 2, edit. Rom., pag. 477 ; Labb., t. III ; Relat. ad imp., act. v.

4. Epist. Alex. Alexandrin, ad omn. ep. ap. Theod., lib. I Hist,t c. ni.

5. Conc. Chalc, p. 3, n. 30. — 6. Edict. Val. et Marc, ib., n. 3. 7. / Tim. îv, 1.

blement, comme dit Vincent de Lérins*, qu'on ne dût a préférer l'antiquité à la nouveauté, et l'universalité aux opinions particulières. »

Mais ce qui paroît dans ces hérésies, qui ont attaqué la foi de la Trinité et celle de l'incarnation , ne paroîtroit pas moins clairement dans les autres, s'il étoit question d'en faire l'histoire. Votre ministre apporte comme un exemple de variations, la doctrine du péché originel et de la grâce : mais c'est précisément sur cet article que saint Augustin, qu'il a cité comme favorable à sa prétention, lui dira que « la foi chrétienne et l'Église catholique n'ont jamais varié2. » En effet, on ne peut nier que lorsque Pelage et Gélestius sont venus troubler l'Église sur cette matière, « leurs profanes uouveautés n'aient fait horreur par toute la^terre, » comme parle saint Augustin3, « à toutes les oreilles catholiques; » et cela, « autant en Orient qu'en Occident, » comm2 dit le même Père4; puisque même ces hérésiarques ne se sauvèrent dans le concile de Diospolis en Orient, qu'en désavouant leurs erreurs : encore trouva-t-on mauvais que ces évêques d'Orient se fussent laissés surprendre aux équivoques de ces hérésiarques, et ne les eussent pas frappés d'anathème. Voilà le sort qu'eut l'hérésie de Pelage d'abord qu'elle commença de paroître : à peine put-elle gagner cinq ou six évêques, qui furent bientôt chassés par l'unanime consentement de tous leurs (collègues, avec l'applaudissement de tous les peuples et de toute l'Église catholique ; jusque-là que ces hérétiques étoient contraints d'avouer, comme ie rapporte saint Augustin, premièrement, « qu'un dogme insensé et impie avoit été reçu dans tout l'Occident5 : » et quand ils virent que l'Orient n'étoit pas moins déclaré contre eux, ils dirent en général « qu'un dogme populaire prévaloit, » que « l'Église avoit perdu la raison, 55 et que «la folie y avoit pris le dessus: ce qui étoit,» ajoutoient-ils, « la marque de la fin du monde6 : » tant eux-mêmes ils craignoient de dire que ce malheur y eût duré, ou y pût durer longtemps. Telle est la plainte commune de toute hérésie : et Julien le Pélagien la faisoit en ces propres termes, pour lui et ses compagnons; en sorte qu'il ne leur restoit que la malheureuse consolation de se dire eux-mêmes ce petit nombre de sages qu'il falloit croire plutôt que « la multitude, qui étoit pour l'ordinaire ignorante et insensée7 : » ce qui étoit, même en se vantant, un aveu formel de la singularité, et par conséquent de la nouveauté de leur doctrine. Aussi n'eut-on point de peine à les convaincre de s'être opposés à la doctrine des Pères. Saint Augustin leur en a produit des passages, où la foi de l'Église se trouve aussi claire, avant la dispute des pélagiens, qu'elle l'a été depuis8 : d'où ce grand homme concluoit très-bien qu'il n'y avoit jamais eu de variation sur ces articles, puisqu'il étoit bien constant que ces saints

Page 1