Vinc. Lir., Comm. i. — 2. Ibid. — 3. / Cor. xiv
(t28 PREMIER AVERTISSEMENT
pie des Pères. Que si on nous dit, après cela, qu'il n'v a point de sûreté dans l'opinion de la multitude qui pour l'ordinaire est ignorante, nos Pères, ou plutôt l'Écriture même, ne nous ont pas laissés sans repartie : car ils nous ont appris à fermer la bouche à ceux qui ne cédoient pas à la multitude du peuple de Dieu, en leur disant : « Pourquoi méprisez-vous la multitude que Dieu a promise à Abraham? a Je te ferai, dit-il, le père, » non de plusieurs hommes , mais a de plusieurs nations ; et en toi seront bénis tous les peuples de la terre l. » Distinguez donc la multitude abandonnée à elle-même, et livrée à son ignorance par un juste jugement de Dieu, de la multitude choisie, de la multitude séparée, de la multitude promise et bénie, conduite par conséquent avec un soin spécial de Dieu et de son Esprit : ou, pour parler avec saint Athanase 2, «Distinguez la multitude qui défend l'héritage de ses pères, » telle qu'étoit la multitude que ce grand homme vient de nous montrer dans l'Église3, a d'avec la multitude qui est éprise de l'amour de la nouveauté, » et qui porte par ce moyen sa condamnation sur son front.
C'est par cette sûre méthode que tous nos pères, sans exception, ont fermé la bouche aux hérétiques. Si votre ministre avoit considéré, je ne dis pas seulement leur autorité, mais leurs raisons, il ne se seroit pas laissé séduire aux illusions des sociniens, et il ne leur auroit pas abandonné jusqu'aux premiers siècles de l'Église sur l'éternité de la personne du Fils de Dieu et l'immutabilité de son éternelle génération. Il n'auroit non plus accordé aux pélagiens et aux autres ennemis de la grâce chrétienne, que la foi en fût « imparfaite, flottante et informe» devant eux. Mais en prenant tous ces hérétiques dans le point de leur commencement et de leur innovation, ou, étant en si petit nombre, ils osoient rompre avec le tout, dans lequel eux-mêmes ils étoient nés, il les auroit convaincus que leur doctrine étoit une opinion particulière ; et la contraire, la foi catholique et universelle. Mais s'il, avoit suivi cette sûre et infaillible méthode, dont nul autre qu'un catholique ne se peut jamais servir, il auroit à la vérité confondu les sociniens; mais il se seroit aussi confondu lui-même, puisqu'aussitôt nous lui aurions objecté ce qu'il auroit objecté aux autres : c'est pourquoi il a mieux aimé, avec les sociniens, imputer des variations à l'Église catholique, que de les confondre en disant avec tous les saints, selon la promesse de Jésus-Christ, que la foi catholique est invariable.
Éveillez-vous donc ici, mes chers frères, et voyez où l'on vous mène pas à pas. Dès que vos auteurs ont paru, on leur a prédit, qu'en ébranlant la foi des articles déjà reçus, et l'autorité de l'Église et de ses décrets, tout jusqu'aux articles les plus importants, jusqu'à celui de la Trinité, viendroient l'un après l'autre en question3; et la chose étoit évidente pour deux raisons. La première, que la méthode dont on se servoit contre quelques points, comme, par exemple, contre celui de
i. Vinc. Lir., Comm.i.
2. Adv. eos qui ex sola mult. verit. dijudtc, t. II, pag. 561 et 562.