Var., liv. V; liv. XV
la présence réelle, de recevoir la raison et le sens humain à expliquer l'Écriture, portoit plus loin que cet article, et alîoit généralement à tous les mystères. La seconde, qu'en méprisant les siècles postérieurs et leurs décisions, les premiers ne seroient pas plus en sûreté; de sorte qu'il en faudroit enfin venir à renouveler toutes les questions déjà jugées, et à refondre, pour ainsi dire, le christianisme, comme si Ton n'y eût jamais rien décidé. C'est ainsi qu'on l'avoit prédit, et c'est ainsi qu'il est arrivé. Les sociniens se sont élevés sur le fondement du luthéranisme et du calvinisme, et sont sortis de ces deux sectes: le fait est incontestable, et nous en avons fait l'histoire ailleurs1. Mais il y a des opiniâtres et des entêtés qui ne veulent pas se rendre à ces preuves. La conduite que tient encore aujourd'hui votre ministre, ne leur laissera aucune réplique; puisque déjà il abandonne aux sociniens, dans les articles les plus pernicieux de leur doctrine, les siècles les plus purs de l'Église, et que par là il se voit contraint contre ses principes à tolérer leur erreur.
Quand je lui ai reproché, dans l'Histoire des Variations, son relâchement manifeste envers les sociniens, jusqu'à leur avoir donné place dans l'Église universelle, et à faire vivre des saints et des élus parmi eux; il s'est élevé contre ce reproche d'une manière terrible, et m'a donné un démenti outrageux. « J'avoue, dit-il (Lettre x), que j'ai besoin de toute ma patience pour m'empêeher de dire à M. Bossuet ses vérités tout rondement. Il ne fut jamais de fausseté plus indigne, ni de calomnie plus hardie. » Voilà comme il parle, quand il se modère, quand il craint que la patience ne lui échappe: mais il en faut venir au fond. N'est-il pas vrai qu'il a mis les sociniens dans le corps de l'Église universelle? La démonstration en est claire à l'endroit où il divise l'Église en deux parties, dont l'une s'appelle « le corps, » et l'autre « Pâme 2: » a la première est visible, et comprend tout ce grand amas de sectes qui font profession du christianisme dans toutes les provinces du monde. » Il poursuit: «Toutes les sectes du christianisme, hérétiques, orthodoxes, schismatiques, pures, corrompues, saines, malades, vivantes et mortes, sont toutes parties de l'Église chrétienne, et même en quelque sorte véritables parties, c'est-à-dire qu'elles sont parties de ce que j'appelle le corps de l'Église: » et enfin , « ces sectes qui ont rejeté, ou la foi, ou la charité, ou toutes les deux ensemble, sont des membres de l'Église, c'est-à-dire véritablement attachés à son corps, par la profession d'une même doctrine, qui est Jésus crucifié, Fils de Dieu, Rédempteur du monde: car il n'y a point de secte entre les chrétiens, qui ne confesse la doctrine chrétienne, au moins jusque-là. » Remarquez: il n'y a, dit-il, aucune secte qui ne le confesse: par conséquent les sociniens le confessent au moins « jusque-là,» comme les autres, et sont compris par le ministre parmi aies membres véritables de l'Église chrétienne. »
Mais peut-être distinguera-t-il le corps de l'Église chrétienne d'avec le corps de l'Église catholique ou universelle, dont il est parlé dans le